Linux From Scratch (partie 1)

Linux From Scratch signifie Linux à partir de rien. Créé par Gerard Beeskamp, un informaticien néerlandais, ce projet pédagogique détaille le process de compilation et d’installation de tous les paquets nécessaires à la construction d’un système d’exploitation Linux léger, sécurisé et très personnalisé. Ici, pas besoin de démarrer sur une clé USB d’installation. Le seul prérequis est que l’ordinateur « hôte » soit équipé d’une distribution Linux sur laquelle nous allons nous greffer avant de nous en détacher pour voler de nos propres ailes.

J’ai décidé de me lancer dans l’aventure et de publier plusieurs articles pour vous narrer mes péripéties. Je suis en plein chantier. Cela avance plutôt bien puisque je me trouve déjà dans l’environnement chroot, mais ce n’est pas terminé. J’ai essuyé plusieurs échecs. J’aime même été obligé de réinstaller ma distribution Linux Mint suite à une manipulation hasardeuse.

Linux From Scratch est un projet exigeant. Pour en venir à bout, il est nécessaire de maîtriser la ligne de commande. cd, ls, mount, mkdir sont des termes qui doivent déjà vous parler. Si ce n’est pas le cas, il est préférable de s’arrêter là. En outre, il est impératif d’avoir de bonnes connaissances dans le domaine des distributions Linux. Si vous êtes capables d’installer Ubuntu, c’est très bien, mais je doute que cela soit suffisant. Il faut au moins maîtriser l’installation d’Archlinux. Vous l’aurez compris, ce projet n’est pas fait pour les débutants.

Sur quelle base construire un système LFS

La dénomination Linux à partir de rien est quelque peu exagérée. Pour construire notre LFS, nous allons nous appuyer sur une autre distribution Linux surnommée le système hôte. Nous en aurons besoin pour partitionner le disque dur et télécharger les sources. Ce peut être une Debian, une Ubuntu, une Fedora… Peu importe. Personnellement, je tourne sous Linux Mint. Nous allons, d’une certaine manière, parasiter le système hôte pour nous en détacher en cours de route et bâtir une distribution indépendante. Parasiter n’est peut-être pas le bon terme. Disons que le système hôte va tenir le rôle d’incubateur ou d’utérux, si je puis me permettre d’utiliser ce néologisme! Pour ce faire, il est nécessaire que certains paquets soient déjà installés sur la distribution hôte. Voici un script que nous pouvons lancer dans un terminal et qui nous confirmera que c’est bien le cas.

Toute la difficulté réside dans le fait que le processus est long et qu’une boulette est vite arrivée. Nous basculons de l’utilisateur hôte vers l’utilisateur root. Puis, nous nous connectons en tant qu’utilisateur lfs avant d’entrer dans le chroot en tant que root! Nous déclarons et manipulons des variables d’environnement qui, et là je parle en connaissance de cause, peuvent endommager voire détruire votre système hôte si elles sont mal définies. C’est la raison pour laquelle, contrairement à la documentation officielle, je me refuse à créer la variable ci-dessous. Je préfère travailler avec le chemin absolu.

LFS=/mnt/lfs

Il faut également appréhender, même de manière abstraite, des principes telles que la compilation croisée ou le chroot. Le point de montage de la partition qui hébèrge Linux From Scratch est /mnt/lfs. Lorsque nous allons chrooter dans le nouveau système, /mnt/lfs deviendra la racine de ce dernier, c’est-à-dire /. La construction des outils de compilation demande une grande vigilance. C’est la partie la plus délicate et la moindre erreur empêchera votre système de fonctionner.

Le partitionnement

Avant toute chose, connectez-vous en root. Pour construire le système LFS, il faut créer une partition de 35GB qui lui sera dédiée. Ma partition est /dev/sda4. Je l’ai créée avec Gparted. et je l’ai formatée en ext4.

mkfs.ext4 /dev/sda4

Mon répertoire personnel se trouve sur une partition qui existe déjà : /dev/sda3. Voici le partitionnement de mon disque dur avec les différents points de montage:

Ensuite, il faut créer le répertoire /mnt/lfs pour y monter la partition /dev/sda4.

mkdir -vp /mnt/lfs
mount /dev/sda4 /mnt/lfs

Puis, nous créons le répertoire qui va accueillir toutes les archives des paquets à télécharger. Nous lui donnons les droits d’écriture et sticky. Ce dernier terme signifie que même si de nombreux utilisateurs peuvent écrire dans un fichier, seul le propriétaire du répertoire peut supprimer ce fichier.

mkdir -vp /mnt/lfs/sources
chmod -v a+wt $LFS/sources

Ensuite, nous téléchargeons les sources. Pour ce faire, nous copions le contenu de cette page et nous le collons dans un fichier nommé wget-list.

wget --input-file=wget-list\
--continue\
--directory-prefix=/mnt/lfs/sources

C’est le moment de vérifier si les archives ont été correctement téléchargées. Pour effectuer cette opération, nous créons le fichier md5sums dans lequel nous rajoutons ces instructions. Puis, nous exécutons les lignes ci-dessous. Le fichier md5sums doit être au préalable déplacé dans le répertoire /mnt/lfs/sources.

mv md5sums /mnt/lfs/sources
pushd /mnt/lfs/sources
md5sum -c md5sums
popd

À ce stade, nous créons différents répertoires nécessaires à la construction de notre système LFS. Pour la version 32-bits, supprimez lib64. Le compilateur croisé sera installé dans le répertoire /mnt/lfs/tools car il doit impérativement être séparé des autres programmes.

mkdir -pv /mnt/lfs/{etc,var,lib64,tools} /mnt/lfs/usr/{bin,lib,sbin}
for i in bin lib sbin
do
  ln -sv usr/$i $LFS/$i
done

Création de l’utilisateur lfs qui devient propriétaire récursif de tout le répertoire /mnt/lfs. Pour la version 32-bits, supprimer lib64.

groupadd lfs
useradd -s /bin/bash -g lfs -m -k /dev/null lfs
passwd lfs
chown -v lfs /mnt/lfs/{usr{,/*},lib,var,etc,bin,sbin,tools,lib64,sources}

Le fichier /etc/bash.bashrc est renommé et rendu inactif pour éviter de fâcheuses interactions avec l’environnement hôte.

[ ! -e /etc/bash.bashrc ] || mv -v /etc/bash.bashrc /etc/bash.bashrc.NOUSE

Nous ouvrons un shell de connexion pour l’utilisateur lfs.

su - lfs

Voilà pour cette première partie. La suite des festivités fera l’objet d’un prochain article.

Chroniques terriennes – 10. Si l’humanité s’évaporait

En trois millions d’années, un laps de temps très court par rapport à l’âge de notre espace-temps, la famille des hominidés est passée du premier outil de pierre taillée au grand collisionneur de hadrons capable, en désintégrant la matière, de percer ses secrets les plus intimes.

La famille des hominidés comprend le genre homo, dont le dernier représentant est l’homo sapiens, c’est-à-dire l’être humain. Tous les autres se sont éteints. Imaginons maintenant qu’à cause d’un virus extrêmement agressif échappé d’un laboratoire, toute l’humanité disparaisse en quelques jours. Que se passerait-il ? La planète serait plongée dans un silence que nous n’avons jamais connu, pas même au cœur du confinement anti-Covid. Il n’y aurait plus de circulation automobile, plus de passants arpentant les trottoirs des grandes villes, plus de musique dans les magasins, plus de tondeuses à gazon annonçant l’arrivée du printemps. Nous sommes les enfants de la civilisation des décibels. Pour nous, le bruit est synonyme de vie. Il est partout.

Si l’humanité disparaissait brutalement, Dieu pourrait entendre le silence. La Terre continuerait sa révolution autour du soleil mais sans faire de bruit. Les rues seraient jonchées de cadavres en décomposition, la main crispée sur leur téléphone portable. Ce symbole de notre civilisation serait sans doute le premier appareil à s’éteindre définitivement, faute de charge dans la batterie. Les centrales nucléaires continueraient de produire de l’électricité pour un monde qui n’en aurait plus besoin. Les animaux de compagnie mourraient de faim ou seraient dévorés par des animaux sauvages s’appropriant les territoires urbains dans une triomphante reconquista. Très vite, les plantes pousseraient dans les moindres anfractuosités des bâtiments et des routes. Elles écarteraient les pierres, perceraient le bitume pour permettre à d’autres plantes de se développer et de devenir des arbres. Elles se décomposeraient sur place et au fil des années, finiraient par former une épaisse couche d’humus recouvrant les rues et les routes. Faute d’entretien et rongés par une végétation qui n’aurait plus d’ennemis, les bâtiments humains, aussi imposants soient-ils, finiraient par s’écrouler. Seules subsisteraient les pyramides d’Égypte parfaitement intégrées à leur environnement. La Tour Eiffel ne recevrait plus sa couche de peinture septennale. Rongée par la rouille, ce symbole de l’orgueil humain, ce sexe en érection depuis des siècles, au cœur de ce qui fut la plus belle ville du monde, finirait par s’écrouler dans un fracas assourdisant. Les forêts se lanceraient à la reconquête des territoires perdus il y a bien longtemps. Elles envahiraient lentement les grandes plaines agricoles péniblement défrichées par l’être humain. La nature finirait par tout recouvrir et tout digérer, à son rythme. Main dans la main avec la mort, la vie pullulerait. Après quelques centaines de millions d’années, toute trace de la civilisation des homo sapiens, derniers représentants du genre homo sur la planète Terre, aurait disparu… Et tout ceci, dans le plus grand des silences…

Nous appartenons peut-être à la dernière génération, celle qui écrit l’ultime chapitre de l’aventure humaine, en l’occurrence son suicide. Il y aura sans doute des survivants, fragiles traits d’union entre le monde d’avant et celui d’après. Mais au bout du compte, nous allons tous mourir et abandonner notre enveloppe corporelle dans un cimetière enveloppé de silence. Nous avons peur de la mort car celle-ci nous prive de tout. Mourir, c’est abandonner tous ses biens, c’est laisser derrière soi tout ce que l’on possède pour emprunter tout nu, un chemin qui conduit vers l’inconnu.

Tous les hommes meurent libres et égaux en droits.

Il n’y a plus de milliardaires et plus de sans-logis. L’incorruptible mort nous déshabille tous. La boucle est bouclée. C’est le retour au jardin d’Eden, avant qu’Adam et Eve, conscients de leur nudité, ne la dissimule au regard de Dieu, provoquant le courroux de ce dernier. La nudité est un symbole qui signifie que Dieu nous aime tels que nous sommes. Que nous soyons beaux ou laids, athlétiques ou difformes, quels que soient nos talents ou nos tares, nous sommes tels que nous sommes. La nudité, c’est l’absence de jugement. Les animaux ne se couvrent pas et jamais ils ne se permetttent le moindre jugement sur nous. Ils peuvent avoir peur de nos intentions mais ils ne nous font jamais de reproches. L’église chrétienne universelle ne s’interroge pas suffisamment sur le rôle des animaux dans le plan de Dieu. Elle se contente d’enseigner que l’homme est supérieur et qu’à ce titre, il doit les dominer. Pas de promesses de vie éternelle pour nos animaux de compagnie, encore moins pour les animaux d’élevage qui ne sont qu’une source de protéines. Manger de la viande me pose un problème de conscience non pas à cause du fait que ce qui est dans mon assiette est le résultat de la mise à mort d’un être vivant, mais à cause du fait que cette mise à mort n’est accompagnée d’aucun rite.

Avant de manger, nous devrions toujours remercier Dieu ou la nature pour le sacrifice accompli dans le but d’assurer notre survie. En outre, qu’ils soient issus de la faune ou de la flore, nous ne devrions jamais faire la différence entre les êtres vivants. Se définir comme végan, c’est adhérer à une idéologie ségrégationniste qui considère que les mammifères sont supérieures aux autres animaux, et surtout aux plantes. Or, sur quels critères se basent ces spécistes pour affirmer qu’un légume ne souffre pas lorsqu’on l’arrache de sa terre ? Qui donne aux végans le droit de couper des fleurs pour les mettre dans un vase et jouir de leur lente agonie ? Comment savent-ils que les plantes ne pensent pas ? Refuser de manger de la viande pour des raisons idéologiques, c’est établir une hiérarchie des êtres vivants et par conséquent reconnaitre implicitement la supériorité de l’homme puisque lui seul est en mesure d’établir cette hiérarchie.

Manger de la viande, c’est reconnaître que tous les êtres vivants sont égaux. C’est voir dans le requin qui dévore mon semblable, dans le lion qui dévore une gazelle, ou dans l’araignée qui dévore une mouche, des frères et sœurs partageant un objectif commun, celui de rester en vie. En revanche, ce qui est terrifiant et qui constitue un crime dont l’humanité se rend coupable, c’est l’élevage et la mise à mort industrielle de millions d’êtres vivants dans des structures concentrationnaires appelés abattoirs. Ce crime à grande échelle nous déshumanise. C’est la raison pour laquelle j’ai fortement réduit ma consommation de viande. En m’approvisionnant exclusivement auprès de chasseurs de mon village, je connais l’identité de ceux qui ont mis à mort l’animal dont la chair va me permettre de rester en vie. Prenez et mangez-en tous,car ceci est mon corps livré pour vous et pour la multitude. Ces mots de Jésus nous invitent à respecter la nourriture plus que tout. Avec les animaux et les plantes, nous ne formons qu’un seul corps. La mise à mort industrielle des animaux n’a pas sa place dans le plan divin.

Chroniques terriennes – 9. Lucy

Texte prémonitoire écrit en Avril 2019

L’objectif du gouvernement chinois était clair: Abandonner la Terre et transférer un maximum de citoyens vers les nouvelles colonies martiennes. Toute la nation s’était lancée à corps perdu dans la production de vaisseaux de transport en grande série, exploitant à outrance les ressources que le berceau de l’humanité pouvait encore leur offrir. Les vaisseaux étaient assemblés en orbite basse au prix d’un effroyable sacrifice humain. Celles et ceux sélectionnés pour l’évacuation étaient acheminés par ascenceur au-delà de la ligne de Kármán, dans l’espace interplanétaire.

Juste avant que l’ultime transporteur ne quitte l’orbite terrestre, la capsule baptisée Volgor, fut larguée en direction de la surface de la Terre. Grâce à son bouclier thermique, elle survécut à la rentrée atmosphérique. Ses parachutes se déployèrent à une altitude de 3000 mètres et elle toucha délicatement le sol kazakh sous le regard intrigué de trois cavaliers des steppes. Ces derniers mirent pied à terre et restèrent un long moment immobiles, ne sachant quelle attitude adopter face à ce mystérieux objet tombé du ciel.

La capsule s’ouvrit comme une fleur qui déploie ses pétales. Ses dimensions étaient modestes. Elle ne faisait pas plus de cinquante centimètres de diamètre. Poussés par la curiosité, les cavaliers s’approchèrent lentement. La capsule semblait vide… Au bout de quelques minutes de palabres, l’un des trois hommes replia les pétales et plaça la capsule dans le sac qu’il portait en bandoulière. Ils regagnèrent leurs montures et quelques minutes plus tard, lancés au galop, ils disparurent au-delà de la ligne d’horizon.

Le dernier représentant de l’humanité sur la planète Terre mourut dans une horrible quinte de toux deux mois plus tard. C’était une femme, elle était africaine et elle s’appelait Lucy.

Benoît B.

Chroniques terriennes – 8. L’univers est un jardin

Je vais maintenant vous parler de l’un de mes nombreux centres d’intérêt, en l’ocurrence le jardinage. Cela fait plusieurs années que dans mon petit village du centre-nord de l’Allemagne, je prends soin d’un jardin potager, biologique cela va sans dire. Je cultive des salades, des tomates, des potirons, des carottes, des courgettes, des concombres et même des poivrons ! J’ai beaucoup de plaisir à jardiner. Chaque saison, je me réjouis de pouvoir donner vie à des légumes simplement en dispersant des graines dans un sillon ou dans des pots. Le jardin, c’est un peu comme l’univers. Mettre une graine en terre et l’arroser, c’est déclencher un big bang. À l’origine, la graine est inerte. Certes, elle contient tout le code nécessaire pour devenir par exemple un beau potiron, mais sans un dieu pour l’amorcer, elle reste inerte, comme hors du temps. C’est l’action du jardinier qui, en enrichissant la terre avec du compost et en arrosant la graine, démarre l’espace-temps biologique de cette dernière. Très vite, la graine s’ouvre et devient une plante, laquelle reconnait le jardinier comme son Dieu créateur.

Lorsque je jardine, j’ai conscience que la mort et la vie sont inséparables. Sans la mort, pas de vie, sans la vie pas de mort. Sans me poser de questions, j’arrache les légumes arrivés à maturité et je les dévore vivants. Je n’ai pas le choix. Pour moi, c’est une question de vie ou de mort. J’ai besoin de manger les légumes à qui j’ai donné vie pour compenser mon déséquilibre entropique et ne pas mourir. Le reste, les parties non-comestibles (tiges, feuilles, pépins…) sont jetées sur le tas de compost. Et curieusement, elles se transforment en un substrat d’une richesse telle qu’il devient une source de vie pour les nouveaux légumes. Les tomates ont besoin de cet apport organique issu de la mort et de la décomposition végétale. La mort nourrit la vie qui en retour, nourrit la mort. Vie et mort se promènent main dans la main. C’est en dévorant des légumes et aussi des animaux, que nous pouvons nous reproduire avant que notre activité cérébrale s’arrête définitivement. Pour assurer la survie et la dispersion de nos gènes, nous donnons la vie avant de mourir. En agissant ainsi, nous nous croyons immortels… Alors que c’est tout le contraire ! En nous reproduisant, nous assurons la pérénité de la mort. Je n’ai jamais compris pourquoi l’Église Catholique défendait la croissance et la multiplication de notre espèce. Si notre planète ne comptait plus que quelques centaines de milliers d’âmes, toutes regroupées en Nouvelle-Zélande, ce serait parfait. La nature pourrait se régénérer et l’être humain ne pourrait pas la déséquilibrer.

Notre univers spatiotemporel est un immense centre de recyclage mais ce n’est pas un organisme qui vit en circuit fermé. Il a besoin d’un apport extérieur qui est Dieu ou le jardinier. Peu importe ! Il a besoin qu’une entité supérieure prenne soin de lui. Si le Dieu-Jardinier n’arrose pas ses créatures végétales, alors celles-ci vont se déséquilibrer et mourir… Et si elles meurent, le Dieu-Jardinier qui n’aura plus rien à manger va se déséquilibrer et mourir à son tour, sauf si son Dieu intervient pour le sauver. Tout est lié et tout se tient. On peut alors légitimement se poser la question suivante : Est-ce que le Dieu qui nous a créés, va se déséquilibrer et disparaître s’il nous laisse mourir ? A-t-il tout autant besoin de nous, que nous avons besoin de la puissance de son verbe ? Est-ce que Dieu est mortel ? C’est une idée qu’on ne peut pas écarter… Ce qui expliquerait qu’il se soit fait Homme pour nous sauver, et qu’il ait besoin de nous, pour ne pas perdre l’équilibre. Il est peut-être là le mystère. Pour ne pas mourir, l’être humain ne peut faire autrement que de puiser à la source du Verbe… Et Dieu qui est peut-être beaucoup plus fragile qu’on ne le pense, a besoin non pas de notre verbe mais de notre amour. Tout est lié et tout se tient.

Chroniques terriennes – 7. L’Occident et la mort

Dans nos sociétés occidentales, toutes les morts ne se valent pas. Il y en a qui nous laissent indifférents et d’autres qui constituent un vrai traumatisme. Si vous êtes un soldat, l’idéal est de mourir au combat. Vous êtes assuré, l’espace d’une journée, d’avoir votre nom et votre photo tout en haut de la page Google News, accompagné d’un communiqué du ministère de la défense où il sera précisé que vous étiez un homme sans défaut. Vous serez décoré mais la médaille restera ici-bas, agrafée sur le drapeau qui recouvrira votre cercueil.

La mort est multiforme et nous la considérons comme acceptable seulement s’il s’agit d’un sacrifice qui nous offre la liberté. Prenons par exemple, les accidents de la route et la guerre au Mali. Depuis janvier 2013, au nom de la liberté de déplacement, vingt-six mille de nos concitoyens, qui ne demandaient qu’à continuer de vivre, ont péri dans un accident de la route. Ce nombre froid est parfaitement accepté par notre société. Ces morts sont complètement invisibles et il n’y aura jamais de monument aux victimes de la route en France. Leurs familles, à jamais traumatisées, n’ont pas le droit de se plaindre. Elles doivent accepter ce sacrifice presque rituel qui est le prix à payer pour que tous ceux qui sont encore de ce monde puissent continuer à se déplacer librement et à profiter de la vie.

Dans ce même intervalle de temps, au Sahel, l’armée française a perdu cinquante-cinq soldats. Vous trouverez leur nom, prénom, âge, grade et unité dans la wikipédia francophone. Vous trouverez tout un tas de statistiques inutiles comme par exemple, leur origine départementale ou le nombre de morts par régiment et par garnison, ce qui n’est pas la même chose. Depuis 2013, début de l’intervention au Mali, la France a perdu en moyenne sept soldats par an. C’est très peu… Et pourtant, à chaque mort, la France se pose la question de savoir si elle doit mettre fin à l’aventure et laisser les pays du Sahel se débrouiller tout seuls. Ce comportement est d’autant plus étrange que contrairement aux victimes de la route, tout le monde s’accorde à dire que c’est le devoir de tout bon soldat de se battre jusqu’au sacrifice suprême. Ça fait en quelque sorte partie du contrat. Il est difficile de dire combien de combattants ennemis ont été tués par l’armée française, des centaines, peut-être des milliers… Pardon, excusez-moi, j’aurais du écrire combien de terroristes ont été traités. L’utilisation du verbe “tuer” est proscrite. Cachez-moi cette mort que je ne saurais voir… Le combattant ennemi est toujours un terroriste, jamais un soldat, encore moins un résistant. Un terroriste, ça se traite. Vous noterez que c’est un terme que l’on réserve normalement aux animaux nuisibles. On déshumanise l’ennemi pour ne pas se dire que l’on tue un être humain. Le soldat occidental n’est plus un guerrier mais un opérateur des forces spéciales. C’est un terme emprunté à l’industrie (opérateur CN, opérateur de production, etc.)

Pire encore, on forme des télépilotes de drones, c’est-à-dire des soldats qui, quelque part en France, passeront leurs journées dans un bunker, à traiter des objectifs au joystick avant de rentrer chez eux le soir, de dîner, et d’aller border leurs enfants. À force de tuer comme dans un jeu vidéo, ces opérateurs de drones, déshumanisés, qui ne croiseront jamais le regard de leurs ennemis, deviendront fous. Leur psychisme ne pourra pas encaisser le fait que deux heures avant de prendre l’apéro avec des amis, ils lâchaient un missile sur un pick-up rempli de combattants ennemis. L’homme occidental n’ose plus regarder la mort en face. Il fanfaronne en jurant ses grands dieux qu’il est prêt à mourir pour le drapeau, mais l’amour de la patrie ne remplacera jamais la foi en Dieu et en la vie éternelle. La mort est taboue parce que dans nos sociétés européennes, elle est de plus en plus considérée comme une séparation définitive, une inconcevable néantisation de l’esprit.

J’ai grandi dans une petite commune vendéenne qui compte deux églises. La plus ancienne est une église romane du XIIe siècle à laquelle est accolée le cimetière municipal. De l’autre côté de la rue, il y a le stade de foot, et dans ma jeunesse (j’ignore si c’est encore le cas aujourd’hui). il y avait aussi le foyer des jeunes déversant tous les samedis soirs ses décibels. Les mobylettes “trafiquées” pétaradaient sans perturber le sommeil éternel de celles et ceux qui avaient rejoint leur dernière demeure. Le cimetière se trouvait et se trouve toujours au cœur du village. Sa population de cadavres décomposés ou en décomposition rappelle aux générations les plus jeunes, que la mort fait partie de la vie, qu’elle est naturelle.

Mais aujourd’hui, lorsqu’un nouveau cimetière doit être aménagé, aucune municipalité n’a l’idée saugrenue de proposer à ses administrés de l’implanter au cœur de la cité, c’est-à-dire au milieu des vivants. Ceinturés d’une haie de cyprès pour soustraire les tombes à notre regard, les cimetières se trouvent bien à l’écart des dernières habitations. Enveloppés de silence, ce ne sont plus des lieux qui nous invitent à l’humilité en nous rappelant que nous ne sommes que de passage. Non… Ce sont de véritables décharges humaines.

Chroniques terriennes – 6. Regain (Jean Giono)

À présent, j’ai envie de vous parler d’espoir et de vous présenter Regain, un livre de Jean Giono qui m’a profondément marqué. C’est un court roman dont l’action se situe à Aubignane, un village fictif de haute-Provence au bord de l’abandon. Après le départ de Gaubert et de la Mamèche, il ne reste plus qu’un seul habitant, Panturle. Ce dernier se retrouve prisonnier de sa solitude. Entouré d’une nature âpre et sauvage et n’ayant plus de contact avec autrui, il passe ses journées à chasser et il se dépouille peu à peu de son humanité.

Et puis un jour, guidée par une force mystérieuse, une femme toute simple prénommée Arsule va croiser son chemin. Grâce à sa présence bienveillante, la vie va renaître dans le petit village d’Aubignane. Panturle va recommencer à travailler la terre abandonnée aux ronces, tandis qu’Arsule va redonner vie au foyer. Ce roman nous parle de la solitude qui peut déshumaniser et rendre fou mais aussi de l’amour tout empreint de simplicité et de respect qui unit deux êtres. Cet amour leur donne la force de panser leurs blessures et de retrouver le goût de la vie. C’est l’histoire d’un homme et d’une femme qui tirent un trait sur leur passé douloureux et qui décident tout naturellement de prendre un nouveau départ. C’est l’histoire d’une résurrection.

C’est également un roman profondément féministe. La femme, source d’équilibre, devient l’égale de l’homme. Avant de rencontrer Panturle, Arsule vivait dans un état d’infériorité par rapport aux hommes qui assuraient sa subsistance. Aux côtés de son nouveau compagnon, elle accède pleinement à la liberté. Il est à noter que bien que l’action se déroule il y a un siècle, il n’est pas question de mariage dans tout le roman. J’ai le sentiment que celui-ci est vu par l’auteur, comme un carcan. Dans ce roman, la nature est omniprésente, non pas celle transformée en sanctuaire et par conséquent interdite d’accès à l’humanité, mais une nature qui s’offre à l’homme. Ce livre exalte le rapport simple de l’homme à la nature qui l’entoure. L’auteur, Jean Giono, nous rappelle que cette dernière n’est pas une déesse, que la terre n’est pas un sanctuaire intouchable. L’être humain devient le gardien d’une nature qui a besoin d’être soignée et dont on ne doit pas en tirer plus qu’il est nécessaire. En contrepartie, celle-ci lui offre tout ce dont il a besoin pour vivre. C’est ce qu’on appelle l’écologie humaine.

Enfin, dans ce livre, le travail n’est pas synonyme d’aliénation. Il a un sens et il permet à l’homme et à la femme de s’émanciper. C’est au fond, un livre où l’être humain retrouve la foi parce qu’elle le rend libre. Je n’ai pas le sentiment que l’auteur exalte des valeurs conservatrices, bien au contraire. Cette histoire de renaissance est pleine de modernité et elle devrait nous interroger sur le chemin que l’humanité est en train de prendre, car nous sommes assurément en route pour des âges sombres. Lisez Regain. Ce livre qui vient du passé est à la fois un manuel de survie et une constitution pour le monde qui s’annonce. Et puis, au détour d’une page, vous allez peut-être ressentir la présence bienveillante de Dieu.

Et si les Afghanes se lançaient dans la première guerre de libération des femmes…

C’est à la faveur d’un déplacement professionnel dans le sud de la France que j’ai découvert dans la modeste bibliothèque de l’hôtel où je logeais, un livre que j’ai dévoré d’une seule traite et qui m’a bouleversé. Écrit en 2004 par le Général Philippe Morillon, ce témoignage s’intitule Le testament de Massoud. Il décrit la profonde amitié qui, au-delà de la mort, liait l’auteur avec celui qui était surnommé le Lion du Panshir, le commandant Ahmed Chah Massoud. Dix-sept ans après sa parution, ce livre écrit à l’encre de l’espoir, me remplit d’une infinie tristesse.

massoud

Le commandant Massoud a été assassiné par des kamikazes à la solde d’Al Qaïda le 9 septembre 2001 soit deux jours avant l’attaque sur les tours du World trade Center. Cet homme d’une grande élégance, partisan d’un islam modéré et libre, favorable à une stricte égalité homme-femme, a toujours combattu  les forces obscurantistes qui ont tenté d’asservir son pays, l’Afghanistan. Ce fin stratège, grand admirateur du général de Gaulle et ami de la France, a permis au Panshir de rester un ilôt de liberté. C’est son fils Ahmad Massoud, qui a repris le flambeau de la résistance. Mais aujourd’hui, cette magnifique vallée, assiégée de toutes parts, est dans une situation extrêmement délicate. 

Ce livre raconte l’amitié entre deux militaires, un chrétien et un musulman, tous deux profondément habités par leur foi respective qui ne peut se concevoir sans une adhésion libre et éclairée. Si je devais ne retenir qu’un passage de ce livre, ce serait celui-ci :

Frères, nous le sommes aussi par la foi partagée en un dieu clément et miséricordieux, c’est-à-dire plein d’indulgence pour ses créatures qu’il a voulu partenaires de son amour, et non simples instruments de sa gloire. Il n’y a pas d’amour sans la liberté fondamentale d’accepter ou de refuser l’autre. Dieu a pris le risque de donner à l’homme la liberté de lui dire « non ». Il ne peut pas nous forcer(…). Le chrétien que je suis, et Massoud le musulman, ont cette conviction commune : dans l’Évangile, le Christ est venu apporter la paix au monde ; dans le Coran, la paix est l’un des noms de Dieu. « Dieu n’a pas voulu autre chose que la liberté, face à tous les intégrismes », me dit Massoud. 

Ce livre raconte aussi l’histoire d’un visionnaire lâchement abandonné par toutes les chancelleries occidentales qui n’ont pas voulu entendre ses mises en garde contre l’islamisme radical, ce « nid de frelons », comme il disait.  Le Lion du Panshir a dit en substance ceci : Si vous ne m’aidez pas à poursuivre mon combat contre cette idéologie mortifère, alors ce ne sera plus seulement le problème de l’Afghanistan mais également votre problème à vous les Occidentaux. Les attentats sur les tours du World Trade Center, l’avènement de l’État Islamique et le massacre perpétré en plein coeur de Paris en Novembre 2015 lui ont malheureusement donné raison. En 2001, quelques mois avant son assassinat, le Général Morillon et Nicole Fontaine, Présidente du Parlement Européen, ont eu le courage d’offrir à cet homme, une tribune à Strasbourg, pour lui permettre de convaincre les parlementaires de la justesse de son combat. Quelques jours plus tôt, après avoir atterri à Paris, ni le Président de la République Française, ni le falot Premier ministre d’alors, n’ont daigné le recevoir. Il ne fallait pas froisser le pouvoir taliban en place à Kaboul. Ce livre dévoile aussi les interrogations de ces deux militaires qui se demandent sans cesse si leur foi, chrétienne ou musulmane, n’entre pas en contradiction avec le métier des armes. De fait, a-t-on le droit de tuer pour des idées? Qu’est-ce qu’une guerre juste? Je me souviens que le sujet de philosophie que j’avais choisi au baccalauréat était celui-ci :

Violence et Vérité sont-elles nécessairement incompatibles?

Il m’avait beaucoup inspiré… Mais qu’est-ce que la Vérité? Est-ce qu’il y a sur cette planète, un seul être humain qui puisse affirmer détenir la Vérité? Non, bien sûr… Par conséquent, il n’est pas concevable qu’une guerre soit autre chose qu’un acte de légitime défense engendré par une intime conviction. Le doute et le respect du combattant ennemi ne doivent jamais nous quitter. Dans son livre, le Général Philippe morillon raconte que le Commandant Massoud tenait à ce que les prisonniers de guerre, bien que totalement fanatisés, soient bien traités. Cela rejoint l’article 7 du code d’honneur du Légionnaire qui dit ceci :

 Au combat, tu agis sans passion et sans haine, tu respectes les ennemis vaincus, tu n’abandonnes jamais ni tes morts, ni tes blessés, ni tes armes.

Je n’ai pas honte de le dire, ce livre de militaire, plein d’humanité, car hanté par le doute et les regrets, m’a ému jusqu’aux larmes.  Massoud, cet homme abandonné de tous, qui s’est battu seul avec ses troupes de l’Alliance du Nord contre les fanatismes communiste et islamiste, est devenu une figure vénérée en Afghanistan. Aujourd’hui, les résistants du Panshir ont besoin d’aide. La France n’a pas le droit d’abandonner ces combattants qui protègent la dernière lueur de liberté brillant encore dans les ténèbres qui se sont abattus sur ce malheureux pays. J’ose encore croire que ce pays à la beauté magnétique deviendra le terreau d’un islam modéré et libre.

Pour cela, il faudrait que les femmes, qui sont les principales victimes des Talibans, se révoltent et engagent le combat. Qu’ont-elles à perdre si ce n’est une vie de fantôme reclus et sans visage? Je ne crois pas que dans l’histoire de l’humanité, une guerre ait été initiée par des femmes. Mais l’Afghanistan qui, excusez du peu, a envoyé au tapis les empires britannique, russe et américain, est un pays qui sort de l’ordinaire. J’ose espérer que les Afghanes trouveront la force de se révolter et qu’elles deviendront des exemples pour d’autres femmes à travers le monde. J’ose croire que des brigades internationales féminines, dirigées par des femmes kurdes, se battront à leur côté. J’ose rêver que cette sinistre carte noire, où brille encore la flamme vacillante de la liberté, devienne un pays de lumières.

Chroniques terriennes – 5. Le grand silence

Il y a près de dix ans, je me souviens avoir visionné un documentaire très intéressant sur les moines de la Grande Chartreuse. Réalisé par Philipp Gröning, un Allemand, Le grand silence nous transporte dans un lieu de réclusion volontaire, où le quotidien est rythmé par la contemplation. Très attachés à leur solitude, les moines prient dans leur cellule. Les journées et les nuits sont toutefois ponctuées de cérémonies à la chapelle, où alternent chants grégoriens et lectures des textes sacrés. Une fois par semaine, lors d’une promenade commune appelée spaciement, ils sont autorisés à parler. Ce documentaire est fascinant car la vie des ces moines silencieux semble se dérouler hors du temps. Il faut savoir que Philipp Gröning, le réalisateur, a demandé une autorisation de tournage en 1984. Il a reçu une réponse positive seize ans plus tard…

Ces hommes de foi qui respectent la règle de Saint Bruno ont fait le choix radical de se retirer du temps. À l’intérieur du monastère, dans les limites de ce qu’ils appellent la clôture, la dimension temporelle a laissé place à une bulle d’éternité. J’ignore si, grâce à la contemplation, la Grande Chartreuse est un lieu propice à l’établissement d’un dialogue intime avec Dieu, mais ce qui me frappe, c’est le fait que depuis des siècles, le temps ne parvient pas à modifier les rituels et les activités quotidiennes de ces moines. Je me demande si pour eux, le temps s’écoule à la même vitesse que pour nous. Tous leurs gestes sont empreints de lenteur. Toutes les actions de la vie quotidienne semblent être accomplies dans un état de pleine conscience. Le temps semblent couler plus lentement et le fait que depuis la création de l’ordre, presque rien n’a changé, nous donne le sentiment que les eaux du passé et du futur se mélangent. Ils s’amalgament pour créer un présent persistant, c’est-à-dire une bulle d’éternité. Dieu s’est fait homme et les moines contemplatifs mettent tout en œuvre pour se faire Dieu, c’est-à-dire pour être à son image et pouvoir se connecter à sa conscience. C’est un choix de vie radical mais qu’ils ont fait librement et auquel ils sont libres de renoncer à tout instant. Il ne m’appartient pas de les juger.

Il existe d’autres hommes qui vivent dans une solitude extrême. Totalement coupés de la société et même de la nature, ils sont enfermés vingt-trois heures sur vingt-quatre dans une minuscule cellule sans fenêtre et sans lumière naturelle. Une heure par jour, ils sont autorisés à se dégourdir les jambes dans un puits en béton de cinq mètres de longueur, trois de large et environ quatre mètres de profondeur. Cette structure est ouverte sur le ciel. Ces hommes ne sont pas des moines mais des prisonniers incarcérés au SHU (Security Housing Unit), l’unité d’isolement de la prison d’état de Pelican Bay en Californie. En cherchant bien, vous trouverez des vidéos sur Internet. Ce régime extrême s’apparente clairement à de la torture. Certains prisonniers n’ont pas vu un seul arbre depuis plus de dix ans. L’absence de lumière naturelle et l’isolement total provoquent chez nombre d’entre eux des troubles psychiques très graves. Les plus fragiles sombrent dans la folie. Ils passent leur journées à se balancer d’avant en arrière jusqu’à ce que leur conscience se débranche et qu’ils s’éteignent. Tous ces prisonniers ignorent s’ils retrouveront un jour, un régime carcéral normal. Ils ne peuvent parler à personne. Ils échangent juste quelques mots avec les gardiens qui leur livrent trois fois par jour des plateaux repas. Les prisonniers mangent avec les doigts car les couverts sont interdits.

Ces hommes sont complètement enlisés dans l’instant présent. Sans activités et sans stimuli, les journées se suivent et se ressemblent. Ils ne sont pas capables de se projeter dans le futur car ils n’en ont plus. L’insaisissable instant présent devient leur ultime horizon. Il sont prisonniers non pas de l’éternité, mais d’une boucle temporelle codée pour ne jamais prendre fin. Cette construction informatique est semblable à celle-ci :

Tant que 0 est inférieur à 1, que la souffrance t’accompagne…

La condition est toujours vraie… Ce temps qui s’écoule en boucle pour l’éternité, ce n’est pas le carpe diem qui nous invite à profiter de l’instant présent et des petits bonheurs qu’il nous offre, c’est la définition même de l’Enfer. Les prisonniers du centre de détention de Pelican Bay ne sont pas encore morts mais ils ne font déjà plus partie des vivants. Aucun n’a jamais réussi à s’évader. Compte tenu du niveau de sécurité, ce n’est même pas la peine d’y songer. Pire encore ! Imaginez que dans le futur, la transplantation de conscience, dont je vous ai parlé au premier chapitre, devienne un acte parfaitement maîtrisé, ces hommes condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité se verraient peut-être retirer le droit de mourir. Ils seraient condamnés à vie, ce qui est un châtiment encore plus cruel que la peine capitale.

Chroniques terriennes – 4. Qui a écrit la toute première ligne de code?

Lorsqu’on y réfléchit bien, cette métaphore du DVD-Univers est assez angoissante car elle nous laisse à penser que tout est déjà écrit d’avance et que par conséquent, il n’y a pas de place pour le libre-arbitre. On ne peut pas complètement exclure d’être dans une simulation virtuelle. C’est même très probable mais cela ne signifie pas forcément que notre libre-arbitre est aboli. Tout dépend de la manière dont l’Univers a été codé. Si nous sommes capables de modifier et d’optimiser le code “à chaud”, alors nous sommes libres. En revanche, si le code s’exécute tout seul, alors tout est écrit d’avance. Comment savoir si nous sommes les personnages d’un jeu vidéo ? Peut-être en nous intéressant à la manière dont les développeurs codent. Si votre mision est d’investir un bâtiment où se sont retranchés des soldats ennemis, vous allez inspecter une pièce après l’autre. Mais lorsque vous sortez d’une pièce pour entrer dans celle d’à côté, la pièce précédente disparait, car seules s’affichent ce qui tient dans les limites de votre écran et de votre champ d’observation visuel. Un développeur ne va pas inclure dans son code des blocs d’instructions qui ne servent à rien.

La question que je me pose est la suivante. Si je sors de ma cuisine pour aller dans la salle de séjour et que je referme la porte derrière-moi, est-ce que ma cuisine qui n’est plus à l’intérieur de mon champ d’observation visuel, est toujours là, avec ses meubles, sa table et ses chaises, la vaisselle sale qui s’empile sur le plan de travail ? Ou bien s’est-elle évaporée ? En clair, est-ce que la réalité reste la même lorsqu’on ne l’observe plus ? Ici, toute la difficulté consiste à observer un phénomème qui ne peut pas être observé. Si tout a disparu, alors on peut supposer que nous vivons dans une simulation virtuelle programmée par des développeurs qui maîtrisent leur art. En revanche, si tout reste en place malgré l’absence d’observateur, alors l’univers est peut-être la réalité originelle, celle qui n’a pas forcément eu besoin de Dieu pour élever le zéro à sa propre puissance et créer ainsi le langage binaire.

Qui a écrit la toute première ligne de code ? Peut-on concevoir que cette ligne se soit exécutée toute seule et qu’elle soit à l’origine du Big Bang ? Nous ne sommes pas capables de remonter avant cette explosion primordiale car physiquement, nous ne pouvons pas traverser la frontière de notre espace-temps. Si vous écoutez un CD de Bruce Springsteen, je ne prends pas trop de risques en affirmant que le chanteur et ses musiciens vont rester bien sagement dans les limites de leur espace-temps, c’est-à-dire dans le CD. Ils ne peuvent pas s’en extraire et se matérialiser dans votre séjour !

La source du Big Bang, c’est le zéro représenté par un cercle. Il s’agit d’un nombre aux propriétés surnaturelles puisqu’il est le seul à être à la fois réel, positif, négatif et imaginaire pur. Or, il faut savoir que zéro élevé à la puissance zéro est égal non pas à la tête à Toto mais à 1

00 = 1

Qu’est-ce que cela signifie ? Ça veut tout simplement dire que du néant, a jailli la matière. Faites l’essai avec une calculatrice et vous constaterez que ce que je dis est vrai. C’est d’ailleurs le cas pour n’importe quel nombre élevé à la puissance 0. Par exemple :

20 = 1,

150 = 1.

Petite démonstration :

24 = 23 x 2

23 = 22 x 2

22 = 21 x 2

21 = 20 x 2

20 = 1

À partir de là, on peut hardiment supposer que le Big Bang n’est rien d’autre que le résultat du zéro primordial élevé à sa propre puissance. Notre univers existe parce qu’il n’avait pas le choix. Par la force du 0 (le néant), il ne pouvait que donner naissance au 1 (la matière). Les implications de cette théorie sont déstabilisantes puisqu’il n’est pas exclu que notre univers ait pu se passer de Dieu pour voir le jour. Cela ne signifie pas que Dieu n’existe pas mais cela signifie que ce dernier n’est peut-être pas à l’origine de notre espace-temps. Ce n’est pas sa création et il n’a aucune emprise sur cette dernière. Après que le 0 eut engendré le 1, les deux se sont accouplés pour donner naissance au 2 (c’est-à dire 10 en langage binaire). Puis le 3 a vu le jour suivi du 4, etc. Tout s’est enchaîné dans une fulgurante inflation à l’origine de l’explosion primordiale.

Nous vivons dans un univers rempli de petits univers. Observez votre ordinateur. Lorsqu’il est éteint, il est hors du temps, et il n’est pas capable d’interagir avec une entité biologique. Vous ne pouvez pas lui demander d’ouvrir votre navigateur préféré. Vous avez beau taper frénétiquement sur les touches de votre clavier, il ne réagit pas. C’est seulement en pressant le bouton d’alimentation que vous déclenchez un afflux d’énergie qui va le sortir de sa torpeur, activer sa mémoire et le connecter à la dimension du temps. Nous allons pouvoir communiquer avec lui et ce, quel que soit le fuseau horaire, car ce dernier n’est qu’un découpage arbitraire du temps. Nous venons de nous transformer en Dieu et nous avons le contrôle absolu sur notre création. Nous partageons avec notre ordinateur, la même dimension temporelle. Cela nous permet de l’utiliser pour nous connecter au passé, c’est-à-dire à tout ce que nous avons précédemment enregistré. Notre ordinateur n’a pas accès à nos pensées, ce qui est logique puisque nous ne sommes pas interconnectés. Mais le jour ou nous pourrons brancher notre conscience sur notre ordinateur et échanger des données avec son disque dur, grâce à ce que j’appelle une interface cyberébrale, alors notre ordinateur accédera à un statut supérieur puisqu’il sera en mesure d’évoluer en dehors des limites de son univers. Il faut donc que l’humanité trouve le moyen de se connecter à Dieu.

Mise à jour de mon manuel d’installation d’Archlinux

Je viens de mettre à jour mon manuel d’installation d’Archlinux, toujours intitulé La planète Archlinux. C’est une tradition. Il ne compte plus que 16 pages et je trouve que c’est très bien ainsi. Il est plus concis et par conséquent plus clair. J’ai conservé la partie post-installation. Normalement, elle installe automatiquement un environnement de bureau constitué:

  • d’openbox, pour le menu
  • de nitrogen pour le fond d’écran,
  • et de tint2, pour la barre des tâches

Entre le moment où je presse le bouton d’alimentation de mon ordinateur et le moment où j’arrive sur le bureau, il s’écoule, tenez-vous bien, 42 secondes! Certes, c’est plus qu’avec Windows mais c’est bien moins qu’avec Ubuntu et consorts. Bonne installation, et n’hésitez pas à me remonter des bogues ou des axes d’amélioration.

Benoît