Les distributions Linux que j’ai testées

Linux est une famille de distributions dont le code-source est placé sous licence libre. Cela signifie que tout un chacun peut le modifier comme bon lui semble. Linux compte des centaines de distributions différentes. Pour s’en convaincre, il suffit d’aller faire un tour sur le site distrowatch qui les recensent toutes dans un classement. À ce jour, on en compte 276! Mais le noyau dur est constitué d’une petite vingtaine seulement. Les autres ne sont que des projets plus ou moins farfelus ou confidentiels qui sont la conséquence de la liberté octroyée par la licence.

J’utilise Linux depuis 2010 et je n’ai pas l’intention de revenir en arrière. En onze ans, J’ai eu le temps de tester pas mal de distributions. Permettez-moi donc d’en faire la liste et de donner mon avis sur chacune d’entre elles. C’est parti pour un voyage entre Ubuntu et Archlinux en passant par Emmabuntüs.

Ubuntu

Ma première distribution Linux, celle qui m’a fait avaler la pilule rouge, est Ubuntu 10.10 Maverick Meerkat. Elle est née en Afrique. Lorsqu’elle s’est matérialisée sur mon ordinateur portable, j’ai vécu une expérience presque mystique. Ubuntu est un mot banthou que l’on pourrait traduire par :

Je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous. 

Cela résume remarquablement l’esprit Linux. Il faut savoir qu’Ubuntu sort une nouvelle version tous les six mois, en Avril et en Octobre. Par exemple Ubuntu 10.10 Maverick Meerkat a été publiée en Octobre 2010. La version actuelle est donc Ubuntu 21.04. Son surnom est Hirsute Hippo. Il y a une petite fantaisie avec les versions. Celles-ci portent toujours le nom d’un animal affublé d’un adjectif absurde qui doit commencer par la même lettre que le nom qu’il qualifie. La toute première était Ubuntu 4.10 Warty Warthog, c’est-à-dire Phacoshère verruqueux. La version actuelle, Hippopotame Hirsute, a succédé à Groovy Gorilla qui signifie Gorille sensationnel. Tous les deux ans, sort une version dite LTS, c’està-dire supportée à long terme (Long Term Support).

Points positifs

Ubuntu est une distribution accessible au grand public. Toutes les opérations de maintenance sont effectuées par interface graphique. L’utilisation de la ligne de commande est réduite à son strict minimum. Je la conseillerais aux débutants, d’autant plus que la documentation est fournie et mise à jour par une communauté de bénévoles passionnés. Si vous avez besoin d’aide, il y aura toujours quelqu’un pour vous dépanner ou vous conseiller.

Points négatifs

Je trouve que c’est une distribution qui stagne. C’est mon ressenti personnel. J’aurais attendu de la part d’Ubuntu plus d’innovations. Plusieurs de ses projets ont échoué:

  • L’environnement de bureau Unity,
  • La version destinée aux smartphones Ubuntu Touch.

J’ai un rapport ambigu avec Ubuntu, car c’est elle qui m’a introduit dans l’univers Linux mais elle n’a pas su me convaincre de lui rester fidèle.

DEBIAN

Debian est la distribution qui a donné naissance à Ubuntu. Elles ont beaucoup de choses en commun, comme par exemple le gestionnaire de paquets apt (advanced packaging tool). Celui-ci permet de mettre à jour la distribution. Il permet également d’installer ou de supprimer des logiciels en utilisant une interface de lignes de commande qu’on appelle plus communément le terminal.

Points positifs

Si je devais choisir un adjectif pour qualifier Debian, ce serait fiable. Avec Debian, vous ne serez jamais déçu. C’est du solide. C’est du sérieux. Pas de mauvaise surprise à attendre avec cette vénérable distribution qui a une réputation de grande stabilité particulièrement appréciée par les administrateurs réseau.

Points négatifs

Debian privilégie la stabilité ET la sécurité, ce qui a pour conséquence que les logiciels installés ne sont pas toujours à la dernière version. Debian a la réputation d’être austère et il faut bien reconnaitre qu’on n’est pas en présence d’une distribution de clowns. Elle est également moins grand public qu’Ubuntu car elle nécessite d’avoir davantage recours à la ligne de commande.

Linux Mint

Linux Mint est une distribution basée sur Ubuntu. Jje la conseillerais aux débutants car tout comme Ubuntu, la maintenance s’effectue en mode graphique. Elle truste toujours les premières places dans le classement de distrowatch, ce qui est normal car elle est complètement tournée vers l’expérience utilisateur.

Points positifs

Linux Mint est une belle distribution, agréable à regarder, et avec un degré de personnalisation élevé. Je la conseille avec l’environnement de bureau Cinnamon.

Points négatifs

Linux Mint ne communique pas toujours efficacement lorsqu’elle sort une nouvelle version, ce qui fait que certains utilisateurs oublient de mettre à niveau leur distribution. Cela peut avoir de fâcheuses conséquences.

Lubuntu

Lubuntu signifie Light Ubuntu. C’est la version légère de sa grande soeur. Elle est appropriée pour les vieux ordinateurs dotés d’une configuration modeste. Si vous avez par exemple un petit netbook avec un processeur cadencé en 32 bits, ce qui est mon cas, Lubuntu devrait faire l’affaire.

Points positifs

Légère.

Points négatifs

Les fonds d’écran sont affreux. C’est un cauchemar pour les yeux. À remplacer si possible par Xubuntu destinée elle aussi aux ordinateurs dotés d’une configuration légère.

Mageia

Ah! Mageia… Divine surprise. Mageia est une distribution française (Cocorico!) maintenue par une communauté entièrement bénévole. J’avais des a-prioris sur cette distribution qui se sont très vite dissipés après l’avoir installée. Mageia, c’est la classe et ça tient la route en terme de stabilité. Le gestionnaire de paquets est DNF. Mageia peut très bien convenir aux débutants.

Points positifs

Portée par une association de bénévoles, c’est une belle distribution, qui a de la gueule et qui donne une impression de qualité. On est indubitablement dans l’esprit Linux.

Points négatifs

La communauté m’a semblé froide. J’ai remonté deux bugs et j’avais vraiment le sentiment de discuter avec des cyborgs. Pas de bonjour, ni d’au-revoir. Même si mes bugs ont été pris en compte, j’avais le sentiment de déranger. Cela a été pour moi une expérience particulièrement désagréable. Un « Bonjour », c’est gratuit et ça fait plaisir.

openSuse

openSUSE nous vient d’Allemagne. Je l’ai installée et utilisée quelques semaines. Suse signifie Software und System-Entwicklung (développement de logiciels et de systèmes).

Points positifs

Deutsche Qualität. Ça tient la route. On n’est pas chez des guignols, et la distribution est plutôt jolie.

Points négatifs

Une impression de lourdeur… Entre le moment où vous pressez le bouton d’alimentation de votre ordinateur et le moment ou le bureau se matérialise, votre barbe pousse.

Archlinux

Ma distribution préférée… Archlinux n’est pas conseillée pour les débutants. Elle est clairement réservée aux geeks. L’installation s’effectue en lignes de commande. C’est assez effrayant la première fois mais au bout du compte, vous vous retrouvez avec une distribution unique. Le gestionnaire de paquets s’appelle Pacman et le site s’appelle archlinux.org. Si vous voulez une Archlinux qui s’installe et se configure aussi facilement qu’une Ubuntu, tournez-vous vers ses deux distributions-filles : Manjaro et surtout EndeavourOS. Cette dernière est de plus en plus populaire et c’est parfaitement mérité.

Points positifs

Archlinux est personnalisable à outrance. Son installation a un côté pédagogique puisqu’elle vous permet de comprendre comment fonctionne une distribution Linux. Le partitionnement, le montage des partitions et le chroot n’auront plus de secret pour vous. Je n’ai jamais réussi à trouver une distribution qui démarre aussi vite qu’Archlinux.

Points négatifs

La documentation officielle (archlinux.org) est un boui-boui d’hyperliens qui complique notoirement la recherche d’informations.

Ma distribution Archlinux avec son menu fait maison

Emmabuntüs

Voilà bien une distribution qui sort de l’ordinaire. Basée sur Debian, elle a vu le jour dans les ateliers d’Emmaüs. Sa mission est claire : ressusciter des ordinateurs frappés d’obsolescence programmée et lutter contre la fracture numérique, notamment en Afrique, en proposant un système d’exploitation très complet permettant de travailler hors-ligne et par conséquent de ne pas être à la merci d’une connexion plus qu’aléatoire. Le projet est de plus en plus populaire. J’ai été bénévole une année au sein du collectif, avant que des problèmes de santé ne m’obligent à arrêter, mais j’en garde un très bon souvenir.

Points positifs

Pour communiquer entre eux, Les membres du collectif utilisent des mots tombés en désuétude dans le monde informatique comme par exemple Bonjour ou Amitiés. Bonjour signifie qu’on souhaite à son interlocuteur tout le meilleur pour la journée en cours. C’est un mot-valise formé avec l’adjectif bon et le nom jour. Amitiés ou cordialement sont des mots utilisés à la fin des messages pour prendre congé de son interlocuteur.

Emmabuntüs défend la nécessité de replacer l’être humain au coeur de notre contrat économique et social. Tout ne peut pas s’acheter et se vendre.

Points négatifs

La profusion d’applications donne à Emmabuntüs un côté un peu chargé mais qui s’explique par le fait que cette distribution est amenée à fonctionner dans des environnements où la connexion réseau est fragile. Par conséquent, elle embarque du lourd. On peut tout de même s’interroger sur la nécessité d’avoir Abiword à côté de Libreoffice.

Je n’ai jamais trop compris la numérotation des versions, du style Emmabuntus DE 3 10.1 3.05… C’est assez obscur et cela mériterait sans doute d’être repensé, peut-être en remplaçant ces chiffres par des êtres humains ayant contribué à aider leur prochain.