Et si les Afghanes se lançaient dans la première guerre de libération des femmes…

C’est à la faveur d’un déplacement professionnel dans le sud de la France que j’ai découvert dans la modeste bibliothèque de l’hôtel où je logeais, un livre que j’ai dévoré d’une seule traite et qui m’a bouleversé. Écrit en 2004 par le Général Philippe Morillon, ce témoignage s’intitule Le testament de Massoud. Il décrit la profonde amitié qui, au-delà de la mort, liait l’auteur avec celui qui était surnommé le Lion du Panshir, le commandant Ahmed Chah Massoud. Dix-sept ans après sa parution, ce livre écrit à l’encre de l’espoir, me remplit d’une infinie tristesse.

massoud

Le commandant Massoud a été assassiné par des kamikazes à la solde d’Al Qaïda le 9 septembre 2001 soit deux jours avant l’attaque sur les tours du World trade Center. Cet homme d’une grande élégance, partisan d’un islam modéré et libre, favorable à une stricte égalité homme-femme, a toujours combattu  les forces obscurantistes qui ont tenté d’asservir son pays, l’Afghanistan. Ce fin stratège, grand admirateur du général de Gaulle et ami de la France, a permis au Panshir de rester un ilôt de liberté. C’est son fils Ahmad Massoud, qui a repris le flambeau de la résistance. Mais aujourd’hui, cette magnifique vallée, assiégée de toutes parts, est dans une situation extrêmement délicate. 

Ce livre raconte l’amitié entre deux militaires, un chrétien et un musulman, tous deux profondément habités par leur foi respective qui ne peut se concevoir sans une adhésion libre et éclairée. Si je devais ne retenir qu’un passage de ce livre, ce serait celui-ci :

Frères, nous le sommes aussi par la foi partagée en un dieu clément et miséricordieux, c’est-à-dire plein d’indulgence pour ses créatures qu’il a voulu partenaires de son amour, et non simples instruments de sa gloire. Il n’y a pas d’amour sans la liberté fondamentale d’accepter ou de refuser l’autre. Dieu a pris le risque de donner à l’homme la liberté de lui dire « non ». Il ne peut pas nous forcer(…). Le chrétien que je suis, et Massoud le musulman, ont cette conviction commune : dans l’Évangile, le Christ est venu apporter la paix au monde ; dans le Coran, la paix est l’un des noms de Dieu. « Dieu n’a pas voulu autre chose que la liberté, face à tous les intégrismes », me dit Massoud. 

Ce livre raconte aussi l’histoire d’un visionnaire lâchement abandonné par toutes les chancelleries occidentales qui n’ont pas voulu entendre ses mises en garde contre l’islamisme radical, ce « nid de frelons », comme il disait.  Le Lion du Panshir a dit en substance ceci : Si vous ne m’aidez pas à poursuivre mon combat contre cette idéologie mortifère, alors ce ne sera plus seulement le problème de l’Afghanistan mais également votre problème à vous les Occidentaux. Les attentats sur les tours du World Trade Center, l’avènement de l’État Islamique et le massacre perpétré en plein coeur de Paris en Novembre 2015 lui ont malheureusement donné raison. En 2001, quelques mois avant son assassinat, le Général Morillon et Nicole Fontaine, Présidente du Parlement Européen, ont eu le courage d’offrir à cet homme, une tribune à Strasbourg, pour lui permettre de convaincre les parlementaires de la justesse de son combat. Quelques jours plus tôt, après avoir atterri à Paris, ni le Président de la République Française, ni le falot Premier ministre d’alors, n’ont daigné le recevoir. Il ne fallait pas froisser le pouvoir taliban en place à Kaboul. Ce livre dévoile aussi les interrogations de ces deux militaires qui se demandent sans cesse si leur foi, chrétienne ou musulmane, n’entre pas en contradiction avec le métier des armes. De fait, a-t-on le droit de tuer pour des idées? Qu’est-ce qu’une guerre juste? Je me souviens que le sujet de philosophie que j’avais choisi au baccalauréat était celui-ci :

Violence et Vérité sont-elles nécessairement incompatibles?

Il m’avait beaucoup inspiré… Mais qu’est-ce que la Vérité? Est-ce qu’il y a sur cette planète, un seul être humain qui puisse affirmer détenir la Vérité? Non, bien sûr… Par conséquent, il n’est pas concevable qu’une guerre soit autre chose qu’un acte de légitime défense engendré par une intime conviction. Le doute et le respect du combattant ennemi ne doivent jamais nous quitter. Dans son livre, le Général Philippe morillon raconte que le Commandant Massoud tenait à ce que les prisonniers de guerre, bien que totalement fanatisés, soient bien traités. Cela rejoint l’article 7 du code d’honneur du Légionnaire qui dit ceci :

 Au combat, tu agis sans passion et sans haine, tu respectes les ennemis vaincus, tu n’abandonnes jamais ni tes morts, ni tes blessés, ni tes armes.

Je n’ai pas honte de le dire, ce livre de militaire, plein d’humanité, car hanté par le doute et les regrets, m’a ému jusqu’aux larmes.  Massoud, cet homme abandonné de tous, qui s’est battu seul avec ses troupes de l’Alliance du Nord contre les fanatismes communiste et islamiste, est devenu une figure vénérée en Afghanistan. Aujourd’hui, les résistants du Panshir ont besoin d’aide. La France n’a pas le droit d’abandonner ces combattants qui protègent la dernière lueur de liberté brillant encore dans les ténèbres qui se sont abattus sur ce malheureux pays. J’ose encore croire que ce pays à la beauté magnétique deviendra le terreau d’un islam modéré et libre.

Pour cela, il faudrait que les femmes, qui sont les principales victimes des Talibans, se révoltent et engagent le combat. Qu’ont-elles à perdre si ce n’est une vie de fantôme reclus et sans visage? Je ne crois pas que dans l’histoire de l’humanité, une guerre ait été initiée par des femmes. Mais l’Afghanistan qui, excusez du peu, a envoyé au tapis les empires britannique, russe et américain, est un pays qui sort de l’ordinaire. J’ose espérer que les Afghanes trouveront la force de se révolter et qu’elles deviendront des exemples pour d’autres femmes à travers le monde. J’ose croire que des brigades internationales féminines, dirigées par des femmes kurdes, se battront à leur côté. J’ose rêver que cette sinistre carte noire, où brille encore la flamme vacillante de la liberté, devienne un pays de lumières.