Chroniques terriennes – 10. Si l’humanité s’évaporait

En trois millions d’années, un laps de temps très court par rapport à l’âge de notre espace-temps, la famille des hominidés est passée du premier outil de pierre taillée au grand collisionneur de hadrons capable, en désintégrant la matière, de percer ses secrets les plus intimes.

La famille des hominidés comprend le genre homo, dont le dernier représentant est l’homo sapiens, c’est-à-dire l’être humain. Tous les autres se sont éteints. Imaginons maintenant qu’à cause d’un virus extrêmement agressif échappé d’un laboratoire, toute l’humanité disparaisse en quelques jours. Que se passerait-il ? La planète serait plongée dans un silence que nous n’avons jamais connu, pas même au cœur du confinement anti-Covid. Il n’y aurait plus de circulation automobile, plus de passants arpentant les trottoirs des grandes villes, plus de musique dans les magasins, plus de tondeuses à gazon annonçant l’arrivée du printemps. Nous sommes les enfants de la civilisation des décibels. Pour nous, le bruit est synonyme de vie. Il est partout.

Si l’humanité disparaissait brutalement, Dieu pourrait entendre le silence. La Terre continuerait sa révolution autour du soleil mais sans faire de bruit. Les rues seraient jonchées de cadavres en décomposition, la main crispée sur leur téléphone portable. Ce symbole de notre civilisation serait sans doute le premier appareil à s’éteindre définitivement, faute de charge dans la batterie. Les centrales nucléaires continueraient de produire de l’électricité pour un monde qui n’en aurait plus besoin. Les animaux de compagnie mourraient de faim ou seraient dévorés par des animaux sauvages s’appropriant les territoires urbains dans une triomphante reconquista. Très vite, les plantes pousseraient dans les moindres anfractuosités des bâtiments et des routes. Elles écarteraient les pierres, perceraient le bitume pour permettre à d’autres plantes de se développer et de devenir des arbres. Elles se décomposeraient sur place et au fil des années, finiraient par former une épaisse couche d’humus recouvrant les rues et les routes. Faute d’entretien et rongés par une végétation qui n’aurait plus d’ennemis, les bâtiments humains, aussi imposants soient-ils, finiraient par s’écrouler. Seules subsisteraient les pyramides d’Égypte parfaitement intégrées à leur environnement. La Tour Eiffel ne recevrait plus sa couche de peinture septennale. Rongée par la rouille, ce symbole de l’orgueil humain, ce sexe en érection depuis des siècles, au cœur de ce qui fut la plus belle ville du monde, finirait par s’écrouler dans un fracas assourdisant. Les forêts se lanceraient à la reconquête des territoires perdus il y a bien longtemps. Elles envahiraient lentement les grandes plaines agricoles péniblement défrichées par l’être humain. La nature finirait par tout recouvrir et tout digérer, à son rythme. Main dans la main avec la mort, la vie pullulerait. Après quelques centaines de millions d’années, toute trace de la civilisation des homo sapiens, derniers représentants du genre homo sur la planète Terre, aurait disparu… Et tout ceci, dans le plus grand des silences…

Nous appartenons peut-être à la dernière génération, celle qui écrit l’ultime chapitre de l’aventure humaine, en l’occurrence son suicide. Il y aura sans doute des survivants, fragiles traits d’union entre le monde d’avant et celui d’après. Mais au bout du compte, nous allons tous mourir et abandonner notre enveloppe corporelle dans un cimetière enveloppé de silence. Nous avons peur de la mort car celle-ci nous prive de tout. Mourir, c’est abandonner tous ses biens, c’est laisser derrière soi tout ce que l’on possède pour emprunter tout nu, un chemin qui conduit vers l’inconnu.

Tous les hommes meurent libres et égaux en droits.

Il n’y a plus de milliardaires et plus de sans-logis. L’incorruptible mort nous déshabille tous. La boucle est bouclée. C’est le retour au jardin d’Eden, avant qu’Adam et Eve, conscients de leur nudité, ne la dissimule au regard de Dieu, provoquant le courroux de ce dernier. La nudité est un symbole qui signifie que Dieu nous aime tels que nous sommes. Que nous soyons beaux ou laids, athlétiques ou difformes, quels que soient nos talents ou nos tares, nous sommes tels que nous sommes. La nudité, c’est l’absence de jugement. Les animaux ne se couvrent pas et jamais ils ne se permetttent le moindre jugement sur nous. Ils peuvent avoir peur de nos intentions mais ils ne nous font jamais de reproches. L’église chrétienne universelle ne s’interroge pas suffisamment sur le rôle des animaux dans le plan de Dieu. Elle se contente d’enseigner que l’homme est supérieur et qu’à ce titre, il doit les dominer. Pas de promesses de vie éternelle pour nos animaux de compagnie, encore moins pour les animaux d’élevage qui ne sont qu’une source de protéines. Manger de la viande me pose un problème de conscience non pas à cause du fait que ce qui est dans mon assiette est le résultat de la mise à mort d’un être vivant, mais à cause du fait que cette mise à mort n’est accompagnée d’aucun rite.

Avant de manger, nous devrions toujours remercier Dieu ou la nature pour le sacrifice accompli dans le but d’assurer notre survie. En outre, qu’ils soient issus de la faune ou de la flore, nous ne devrions jamais faire la différence entre les êtres vivants. Se définir comme végan, c’est adhérer à une idéologie ségrégationniste qui considère que les mammifères sont supérieures aux autres animaux, et surtout aux plantes. Or, sur quels critères se basent ces spécistes pour affirmer qu’un légume ne souffre pas lorsqu’on l’arrache de sa terre ? Qui donne aux végans le droit de couper des fleurs pour les mettre dans un vase et jouir de leur lente agonie ? Comment savent-ils que les plantes ne pensent pas ? Refuser de manger de la viande pour des raisons idéologiques, c’est établir une hiérarchie des êtres vivants et par conséquent reconnaitre implicitement la supériorité de l’homme puisque lui seul est en mesure d’établir cette hiérarchie.

Manger de la viande, c’est reconnaître que tous les êtres vivants sont égaux. C’est voir dans le requin qui dévore mon semblable, dans le lion qui dévore une gazelle, ou dans l’araignée qui dévore une mouche, des frères et sœurs partageant un objectif commun, celui de rester en vie. En revanche, ce qui est terrifiant et qui constitue un crime dont l’humanité se rend coupable, c’est l’élevage et la mise à mort industrielle de millions d’êtres vivants dans des structures concentrationnaires appelés abattoirs. Ce crime à grande échelle nous déshumanise. C’est la raison pour laquelle j’ai fortement réduit ma consommation de viande. En m’approvisionnant exclusivement auprès de chasseurs de mon village, je connais l’identité de ceux qui ont mis à mort l’animal dont la chair va me permettre de rester en vie. Prenez et mangez-en tous,car ceci est mon corps livré pour vous et pour la multitude. Ces mots de Jésus nous invitent à respecter la nourriture plus que tout. Avec les animaux et les plantes, nous ne formons qu’un seul corps. La mise à mort industrielle des animaux n’a pas sa place dans le plan divin.

Chroniques terriennes – 9. Lucy

Texte prémonitoire écrit en Avril 2019

L’objectif du gouvernement chinois était clair: Abandonner la Terre et transférer un maximum de citoyens vers les nouvelles colonies martiennes. Toute la nation s’était lancée à corps perdu dans la production de vaisseaux de transport en grande série, exploitant à outrance les ressources que le berceau de l’humanité pouvait encore leur offrir. Les vaisseaux étaient assemblés en orbite basse au prix d’un effroyable sacrifice humain. Celles et ceux sélectionnés pour l’évacuation étaient acheminés par ascenceur au-delà de la ligne de Kármán, dans l’espace interplanétaire.

Juste avant que l’ultime transporteur ne quitte l’orbite terrestre, la capsule baptisée Volgor, fut larguée en direction de la surface de la Terre. Grâce à son bouclier thermique, elle survécut à la rentrée atmosphérique. Ses parachutes se déployèrent à une altitude de 3000 mètres et elle toucha délicatement le sol kazakh sous le regard intrigué de trois cavaliers des steppes. Ces derniers mirent pied à terre et restèrent un long moment immobiles, ne sachant quelle attitude adopter face à ce mystérieux objet tombé du ciel.

La capsule s’ouvrit comme une fleur qui déploie ses pétales. Ses dimensions étaient modestes. Elle ne faisait pas plus de cinquante centimètres de diamètre. Poussés par la curiosité, les cavaliers s’approchèrent lentement. La capsule semblait vide… Au bout de quelques minutes de palabres, l’un des trois hommes replia les pétales et plaça la capsule dans le sac qu’il portait en bandoulière. Ils regagnèrent leurs montures et quelques minutes plus tard, lancés au galop, ils disparurent au-delà de la ligne d’horizon.

Le dernier représentant de l’humanité sur la planète Terre mourut dans une horrible quinte de toux deux mois plus tard. C’était une femme, elle était africaine et elle s’appelait Lucy.

Benoît B.

Chroniques terriennes – 8. L’univers est un jardin

Je vais maintenant vous parler de l’un de mes nombreux centres d’intérêt, en l’ocurrence le jardinage. Cela fait plusieurs années que dans mon petit village du centre-nord de l’Allemagne, je prends soin d’un jardin potager, biologique cela va sans dire. Je cultive des salades, des tomates, des potirons, des carottes, des courgettes, des concombres et même des poivrons ! J’ai beaucoup de plaisir à jardiner. Chaque saison, je me réjouis de pouvoir donner vie à des légumes simplement en dispersant des graines dans un sillon ou dans des pots. Le jardin, c’est un peu comme l’univers. Mettre une graine en terre et l’arroser, c’est déclencher un big bang. À l’origine, la graine est inerte. Certes, elle contient tout le code nécessaire pour devenir par exemple un beau potiron, mais sans un dieu pour l’amorcer, elle reste inerte, comme hors du temps. C’est l’action du jardinier qui, en enrichissant la terre avec du compost et en arrosant la graine, démarre l’espace-temps biologique de cette dernière. Très vite, la graine s’ouvre et devient une plante, laquelle reconnait le jardinier comme son Dieu créateur.

Lorsque je jardine, j’ai conscience que la mort et la vie sont inséparables. Sans la mort, pas de vie, sans la vie pas de mort. Sans me poser de questions, j’arrache les légumes arrivés à maturité et je les dévore vivants. Je n’ai pas le choix. Pour moi, c’est une question de vie ou de mort. J’ai besoin de manger les légumes à qui j’ai donné vie pour compenser mon déséquilibre entropique et ne pas mourir. Le reste, les parties non-comestibles (tiges, feuilles, pépins…) sont jetées sur le tas de compost. Et curieusement, elles se transforment en un substrat d’une richesse telle qu’il devient une source de vie pour les nouveaux légumes. Les tomates ont besoin de cet apport organique issu de la mort et de la décomposition végétale. La mort nourrit la vie qui en retour, nourrit la mort. Vie et mort se promènent main dans la main. C’est en dévorant des légumes et aussi des animaux, que nous pouvons nous reproduire avant que notre activité cérébrale s’arrête définitivement. Pour assurer la survie et la dispersion de nos gènes, nous donnons la vie avant de mourir. En agissant ainsi, nous nous croyons immortels… Alors que c’est tout le contraire ! En nous reproduisant, nous assurons la pérénité de la mort. Je n’ai jamais compris pourquoi l’Église Catholique défendait la croissance et la multiplication de notre espèce. Si notre planète ne comptait plus que quelques centaines de milliers d’âmes, toutes regroupées en Nouvelle-Zélande, ce serait parfait. La nature pourrait se régénérer et l’être humain ne pourrait pas la déséquilibrer.

Notre univers spatiotemporel est un immense centre de recyclage mais ce n’est pas un organisme qui vit en circuit fermé. Il a besoin d’un apport extérieur qui est Dieu ou le jardinier. Peu importe ! Il a besoin qu’une entité supérieure prenne soin de lui. Si le Dieu-Jardinier n’arrose pas ses créatures végétales, alors celles-ci vont se déséquilibrer et mourir… Et si elles meurent, le Dieu-Jardinier qui n’aura plus rien à manger va se déséquilibrer et mourir à son tour, sauf si son Dieu intervient pour le sauver. Tout est lié et tout se tient. On peut alors légitimement se poser la question suivante : Est-ce que le Dieu qui nous a créés, va se déséquilibrer et disparaître s’il nous laisse mourir ? A-t-il tout autant besoin de nous, que nous avons besoin de la puissance de son verbe ? Est-ce que Dieu est mortel ? C’est une idée qu’on ne peut pas écarter… Ce qui expliquerait qu’il se soit fait Homme pour nous sauver, et qu’il ait besoin de nous, pour ne pas perdre l’équilibre. Il est peut-être là le mystère. Pour ne pas mourir, l’être humain ne peut faire autrement que de puiser à la source du Verbe… Et Dieu qui est peut-être beaucoup plus fragile qu’on ne le pense, a besoin non pas de notre verbe mais de notre amour. Tout est lié et tout se tient.

Chroniques terriennes – 7. L’Occident et la mort

Dans nos sociétés occidentales, toutes les morts ne se valent pas. Il y en a qui nous laissent indifférents et d’autres qui constituent un vrai traumatisme. Si vous êtes un soldat, l’idéal est de mourir au combat. Vous êtes assuré, l’espace d’une journée, d’avoir votre nom et votre photo tout en haut de la page Google News, accompagné d’un communiqué du ministère de la défense où il sera précisé que vous étiez un homme sans défaut. Vous serez décoré mais la médaille restera ici-bas, agrafée sur le drapeau qui recouvrira votre cercueil.

La mort est multiforme et nous la considérons comme acceptable seulement s’il s’agit d’un sacrifice qui nous offre la liberté. Prenons par exemple, les accidents de la route et la guerre au Mali. Depuis janvier 2013, au nom de la liberté de déplacement, vingt-six mille de nos concitoyens, qui ne demandaient qu’à continuer de vivre, ont péri dans un accident de la route. Ce nombre froid est parfaitement accepté par notre société. Ces morts sont complètement invisibles et il n’y aura jamais de monument aux victimes de la route en France. Leurs familles, à jamais traumatisées, n’ont pas le droit de se plaindre. Elles doivent accepter ce sacrifice presque rituel qui est le prix à payer pour que tous ceux qui sont encore de ce monde puissent continuer à se déplacer librement et à profiter de la vie.

Dans ce même intervalle de temps, au Sahel, l’armée française a perdu cinquante-cinq soldats. Vous trouverez leur nom, prénom, âge, grade et unité dans la wikipédia francophone. Vous trouverez tout un tas de statistiques inutiles comme par exemple, leur origine départementale ou le nombre de morts par régiment et par garnison, ce qui n’est pas la même chose. Depuis 2013, début de l’intervention au Mali, la France a perdu en moyenne sept soldats par an. C’est très peu… Et pourtant, à chaque mort, la France se pose la question de savoir si elle doit mettre fin à l’aventure et laisser les pays du Sahel se débrouiller tout seuls. Ce comportement est d’autant plus étrange que contrairement aux victimes de la route, tout le monde s’accorde à dire que c’est le devoir de tout bon soldat de se battre jusqu’au sacrifice suprême. Ça fait en quelque sorte partie du contrat. Il est difficile de dire combien de combattants ennemis ont été tués par l’armée française, des centaines, peut-être des milliers… Pardon, excusez-moi, j’aurais du écrire combien de terroristes ont été traités. L’utilisation du verbe “tuer” est proscrite. Cachez-moi cette mort que je ne saurais voir… Le combattant ennemi est toujours un terroriste, jamais un soldat, encore moins un résistant. Un terroriste, ça se traite. Vous noterez que c’est un terme que l’on réserve normalement aux animaux nuisibles. On déshumanise l’ennemi pour ne pas se dire que l’on tue un être humain. Le soldat occidental n’est plus un guerrier mais un opérateur des forces spéciales. C’est un terme emprunté à l’industrie (opérateur CN, opérateur de production, etc.)

Pire encore, on forme des télépilotes de drones, c’est-à-dire des soldats qui, quelque part en France, passeront leurs journées dans un bunker, à traiter des objectifs au joystick avant de rentrer chez eux le soir, de dîner, et d’aller border leurs enfants. À force de tuer comme dans un jeu vidéo, ces opérateurs de drones, déshumanisés, qui ne croiseront jamais le regard de leurs ennemis, deviendront fous. Leur psychisme ne pourra pas encaisser le fait que deux heures avant de prendre l’apéro avec des amis, ils lâchaient un missile sur un pick-up rempli de combattants ennemis. L’homme occidental n’ose plus regarder la mort en face. Il fanfaronne en jurant ses grands dieux qu’il est prêt à mourir pour le drapeau, mais l’amour de la patrie ne remplacera jamais la foi en Dieu et en la vie éternelle. La mort est taboue parce que dans nos sociétés européennes, elle est de plus en plus considérée comme une séparation définitive, une inconcevable néantisation de l’esprit.

J’ai grandi dans une petite commune vendéenne qui compte deux églises. La plus ancienne est une église romane du XIIe siècle à laquelle est accolée le cimetière municipal. De l’autre côté de la rue, il y a le stade de foot, et dans ma jeunesse (j’ignore si c’est encore le cas aujourd’hui). il y avait aussi le foyer des jeunes déversant tous les samedis soirs ses décibels. Les mobylettes “trafiquées” pétaradaient sans perturber le sommeil éternel de celles et ceux qui avaient rejoint leur dernière demeure. Le cimetière se trouvait et se trouve toujours au cœur du village. Sa population de cadavres décomposés ou en décomposition rappelle aux générations les plus jeunes, que la mort fait partie de la vie, qu’elle est naturelle.

Mais aujourd’hui, lorsqu’un nouveau cimetière doit être aménagé, aucune municipalité n’a l’idée saugrenue de proposer à ses administrés de l’implanter au cœur de la cité, c’est-à-dire au milieu des vivants. Ceinturés d’une haie de cyprès pour soustraire les tombes à notre regard, les cimetières se trouvent bien à l’écart des dernières habitations. Enveloppés de silence, ce ne sont plus des lieux qui nous invitent à l’humilité en nous rappelant que nous ne sommes que de passage. Non… Ce sont de véritables décharges humaines.

Chroniques terriennes – 6. Regain (Jean Giono)

À présent, j’ai envie de vous parler d’espoir et de vous présenter Regain, un livre de Jean Giono qui m’a profondément marqué. C’est un court roman dont l’action se situe à Aubignane, un village fictif de haute-Provence au bord de l’abandon. Après le départ de Gaubert et de la Mamèche, il ne reste plus qu’un seul habitant, Panturle. Ce dernier se retrouve prisonnier de sa solitude. Entouré d’une nature âpre et sauvage et n’ayant plus de contact avec autrui, il passe ses journées à chasser et il se dépouille peu à peu de son humanité.

Et puis un jour, guidée par une force mystérieuse, une femme toute simple prénommée Arsule va croiser son chemin. Grâce à sa présence bienveillante, la vie va renaître dans le petit village d’Aubignane. Panturle va recommencer à travailler la terre abandonnée aux ronces, tandis qu’Arsule va redonner vie au foyer. Ce roman nous parle de la solitude qui peut déshumaniser et rendre fou mais aussi de l’amour tout empreint de simplicité et de respect qui unit deux êtres. Cet amour leur donne la force de panser leurs blessures et de retrouver le goût de la vie. C’est l’histoire d’un homme et d’une femme qui tirent un trait sur leur passé douloureux et qui décident tout naturellement de prendre un nouveau départ. C’est l’histoire d’une résurrection.

C’est également un roman profondément féministe. La femme, source d’équilibre, devient l’égale de l’homme. Avant de rencontrer Panturle, Arsule vivait dans un état d’infériorité par rapport aux hommes qui assuraient sa subsistance. Aux côtés de son nouveau compagnon, elle accède pleinement à la liberté. Il est à noter que bien que l’action se déroule il y a un siècle, il n’est pas question de mariage dans tout le roman. J’ai le sentiment que celui-ci est vu par l’auteur, comme un carcan. Dans ce roman, la nature est omniprésente, non pas celle transformée en sanctuaire et par conséquent interdite d’accès à l’humanité, mais une nature qui s’offre à l’homme. Ce livre exalte le rapport simple de l’homme à la nature qui l’entoure. L’auteur, Jean Giono, nous rappelle que cette dernière n’est pas une déesse, que la terre n’est pas un sanctuaire intouchable. L’être humain devient le gardien d’une nature qui a besoin d’être soignée et dont on ne doit pas en tirer plus qu’il est nécessaire. En contrepartie, celle-ci lui offre tout ce dont il a besoin pour vivre. C’est ce qu’on appelle l’écologie humaine.

Enfin, dans ce livre, le travail n’est pas synonyme d’aliénation. Il a un sens et il permet à l’homme et à la femme de s’émanciper. C’est au fond, un livre où l’être humain retrouve la foi parce qu’elle le rend libre. Je n’ai pas le sentiment que l’auteur exalte des valeurs conservatrices, bien au contraire. Cette histoire de renaissance est pleine de modernité et elle devrait nous interroger sur le chemin que l’humanité est en train de prendre, car nous sommes assurément en route pour des âges sombres. Lisez Regain. Ce livre qui vient du passé est à la fois un manuel de survie et une constitution pour le monde qui s’annonce. Et puis, au détour d’une page, vous allez peut-être ressentir la présence bienveillante de Dieu.

Chroniques terriennes – 5. Le grand silence

Il y a près de dix ans, je me souviens avoir visionné un documentaire très intéressant sur les moines de la Grande Chartreuse. Réalisé par Philipp Gröning, un Allemand, Le grand silence nous transporte dans un lieu de réclusion volontaire, où le quotidien est rythmé par la contemplation. Très attachés à leur solitude, les moines prient dans leur cellule. Les journées et les nuits sont toutefois ponctuées de cérémonies à la chapelle, où alternent chants grégoriens et lectures des textes sacrés. Une fois par semaine, lors d’une promenade commune appelée spaciement, ils sont autorisés à parler. Ce documentaire est fascinant car la vie des ces moines silencieux semble se dérouler hors du temps. Il faut savoir que Philipp Gröning, le réalisateur, a demandé une autorisation de tournage en 1984. Il a reçu une réponse positive seize ans plus tard…

Ces hommes de foi qui respectent la règle de Saint Bruno ont fait le choix radical de se retirer du temps. À l’intérieur du monastère, dans les limites de ce qu’ils appellent la clôture, la dimension temporelle a laissé place à une bulle d’éternité. J’ignore si, grâce à la contemplation, la Grande Chartreuse est un lieu propice à l’établissement d’un dialogue intime avec Dieu, mais ce qui me frappe, c’est le fait que depuis des siècles, le temps ne parvient pas à modifier les rituels et les activités quotidiennes de ces moines. Je me demande si pour eux, le temps s’écoule à la même vitesse que pour nous. Tous leurs gestes sont empreints de lenteur. Toutes les actions de la vie quotidienne semblent être accomplies dans un état de pleine conscience. Le temps semblent couler plus lentement et le fait que depuis la création de l’ordre, presque rien n’a changé, nous donne le sentiment que les eaux du passé et du futur se mélangent. Ils s’amalgament pour créer un présent persistant, c’est-à-dire une bulle d’éternité. Dieu s’est fait homme et les moines contemplatifs mettent tout en œuvre pour se faire Dieu, c’est-à-dire pour être à son image et pouvoir se connecter à sa conscience. C’est un choix de vie radical mais qu’ils ont fait librement et auquel ils sont libres de renoncer à tout instant. Il ne m’appartient pas de les juger.

Il existe d’autres hommes qui vivent dans une solitude extrême. Totalement coupés de la société et même de la nature, ils sont enfermés vingt-trois heures sur vingt-quatre dans une minuscule cellule sans fenêtre et sans lumière naturelle. Une heure par jour, ils sont autorisés à se dégourdir les jambes dans un puits en béton de cinq mètres de longueur, trois de large et environ quatre mètres de profondeur. Cette structure est ouverte sur le ciel. Ces hommes ne sont pas des moines mais des prisonniers incarcérés au SHU (Security Housing Unit), l’unité d’isolement de la prison d’état de Pelican Bay en Californie. En cherchant bien, vous trouverez des vidéos sur Internet. Ce régime extrême s’apparente clairement à de la torture. Certains prisonniers n’ont pas vu un seul arbre depuis plus de dix ans. L’absence de lumière naturelle et l’isolement total provoquent chez nombre d’entre eux des troubles psychiques très graves. Les plus fragiles sombrent dans la folie. Ils passent leur journées à se balancer d’avant en arrière jusqu’à ce que leur conscience se débranche et qu’ils s’éteignent. Tous ces prisonniers ignorent s’ils retrouveront un jour, un régime carcéral normal. Ils ne peuvent parler à personne. Ils échangent juste quelques mots avec les gardiens qui leur livrent trois fois par jour des plateaux repas. Les prisonniers mangent avec les doigts car les couverts sont interdits.

Ces hommes sont complètement enlisés dans l’instant présent. Sans activités et sans stimuli, les journées se suivent et se ressemblent. Ils ne sont pas capables de se projeter dans le futur car ils n’en ont plus. L’insaisissable instant présent devient leur ultime horizon. Il sont prisonniers non pas de l’éternité, mais d’une boucle temporelle codée pour ne jamais prendre fin. Cette construction informatique est semblable à celle-ci :

Tant que 0 est inférieur à 1, que la souffrance t’accompagne…

La condition est toujours vraie… Ce temps qui s’écoule en boucle pour l’éternité, ce n’est pas le carpe diem qui nous invite à profiter de l’instant présent et des petits bonheurs qu’il nous offre, c’est la définition même de l’Enfer. Les prisonniers du centre de détention de Pelican Bay ne sont pas encore morts mais ils ne font déjà plus partie des vivants. Aucun n’a jamais réussi à s’évader. Compte tenu du niveau de sécurité, ce n’est même pas la peine d’y songer. Pire encore ! Imaginez que dans le futur, la transplantation de conscience, dont je vous ai parlé au premier chapitre, devienne un acte parfaitement maîtrisé, ces hommes condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité se verraient peut-être retirer le droit de mourir. Ils seraient condamnés à vie, ce qui est un châtiment encore plus cruel que la peine capitale.

Chroniques terriennes – 4. Qui a écrit la toute première ligne de code?

Lorsqu’on y réfléchit bien, cette métaphore du DVD-Univers est assez angoissante car elle nous laisse à penser que tout est déjà écrit d’avance et que par conséquent, il n’y a pas de place pour le libre-arbitre. On ne peut pas complètement exclure d’être dans une simulation virtuelle. C’est même très probable mais cela ne signifie pas forcément que notre libre-arbitre est aboli. Tout dépend de la manière dont l’Univers a été codé. Si nous sommes capables de modifier et d’optimiser le code “à chaud”, alors nous sommes libres. En revanche, si le code s’exécute tout seul, alors tout est écrit d’avance. Comment savoir si nous sommes les personnages d’un jeu vidéo ? Peut-être en nous intéressant à la manière dont les développeurs codent. Si votre mision est d’investir un bâtiment où se sont retranchés des soldats ennemis, vous allez inspecter une pièce après l’autre. Mais lorsque vous sortez d’une pièce pour entrer dans celle d’à côté, la pièce précédente disparait, car seules s’affichent ce qui tient dans les limites de votre écran et de votre champ d’observation visuel. Un développeur ne va pas inclure dans son code des blocs d’instructions qui ne servent à rien.

La question que je me pose est la suivante. Si je sors de ma cuisine pour aller dans la salle de séjour et que je referme la porte derrière-moi, est-ce que ma cuisine qui n’est plus à l’intérieur de mon champ d’observation visuel, est toujours là, avec ses meubles, sa table et ses chaises, la vaisselle sale qui s’empile sur le plan de travail ? Ou bien s’est-elle évaporée ? En clair, est-ce que la réalité reste la même lorsqu’on ne l’observe plus ? Ici, toute la difficulté consiste à observer un phénomème qui ne peut pas être observé. Si tout a disparu, alors on peut supposer que nous vivons dans une simulation virtuelle programmée par des développeurs qui maîtrisent leur art. En revanche, si tout reste en place malgré l’absence d’observateur, alors l’univers est peut-être la réalité originelle, celle qui n’a pas forcément eu besoin de Dieu pour élever le zéro à sa propre puissance et créer ainsi le langage binaire.

Qui a écrit la toute première ligne de code ? Peut-on concevoir que cette ligne se soit exécutée toute seule et qu’elle soit à l’origine du Big Bang ? Nous ne sommes pas capables de remonter avant cette explosion primordiale car physiquement, nous ne pouvons pas traverser la frontière de notre espace-temps. Si vous écoutez un CD de Bruce Springsteen, je ne prends pas trop de risques en affirmant que le chanteur et ses musiciens vont rester bien sagement dans les limites de leur espace-temps, c’est-à-dire dans le CD. Ils ne peuvent pas s’en extraire et se matérialiser dans votre séjour !

La source du Big Bang, c’est le zéro représenté par un cercle. Il s’agit d’un nombre aux propriétés surnaturelles puisqu’il est le seul à être à la fois réel, positif, négatif et imaginaire pur. Or, il faut savoir que zéro élevé à la puissance zéro est égal non pas à la tête à Toto mais à 1

00 = 1

Qu’est-ce que cela signifie ? Ça veut tout simplement dire que du néant, a jailli la matière. Faites l’essai avec une calculatrice et vous constaterez que ce que je dis est vrai. C’est d’ailleurs le cas pour n’importe quel nombre élevé à la puissance 0. Par exemple :

20 = 1,

150 = 1.

Petite démonstration :

24 = 23 x 2

23 = 22 x 2

22 = 21 x 2

21 = 20 x 2

20 = 1

À partir de là, on peut hardiment supposer que le Big Bang n’est rien d’autre que le résultat du zéro primordial élevé à sa propre puissance. Notre univers existe parce qu’il n’avait pas le choix. Par la force du 0 (le néant), il ne pouvait que donner naissance au 1 (la matière). Les implications de cette théorie sont déstabilisantes puisqu’il n’est pas exclu que notre univers ait pu se passer de Dieu pour voir le jour. Cela ne signifie pas que Dieu n’existe pas mais cela signifie que ce dernier n’est peut-être pas à l’origine de notre espace-temps. Ce n’est pas sa création et il n’a aucune emprise sur cette dernière. Après que le 0 eut engendré le 1, les deux se sont accouplés pour donner naissance au 2 (c’est-à dire 10 en langage binaire). Puis le 3 a vu le jour suivi du 4, etc. Tout s’est enchaîné dans une fulgurante inflation à l’origine de l’explosion primordiale.

Nous vivons dans un univers rempli de petits univers. Observez votre ordinateur. Lorsqu’il est éteint, il est hors du temps, et il n’est pas capable d’interagir avec une entité biologique. Vous ne pouvez pas lui demander d’ouvrir votre navigateur préféré. Vous avez beau taper frénétiquement sur les touches de votre clavier, il ne réagit pas. C’est seulement en pressant le bouton d’alimentation que vous déclenchez un afflux d’énergie qui va le sortir de sa torpeur, activer sa mémoire et le connecter à la dimension du temps. Nous allons pouvoir communiquer avec lui et ce, quel que soit le fuseau horaire, car ce dernier n’est qu’un découpage arbitraire du temps. Nous venons de nous transformer en Dieu et nous avons le contrôle absolu sur notre création. Nous partageons avec notre ordinateur, la même dimension temporelle. Cela nous permet de l’utiliser pour nous connecter au passé, c’est-à-dire à tout ce que nous avons précédemment enregistré. Notre ordinateur n’a pas accès à nos pensées, ce qui est logique puisque nous ne sommes pas interconnectés. Mais le jour ou nous pourrons brancher notre conscience sur notre ordinateur et échanger des données avec son disque dur, grâce à ce que j’appelle une interface cyberébrale, alors notre ordinateur accédera à un statut supérieur puisqu’il sera en mesure d’évoluer en dehors des limites de son univers. Il faut donc que l’humanité trouve le moyen de se connecter à Dieu.

Chroniques terriennes – 3. La forteresse du temps

Quelle que soit la forme géométrique de notre univers, Nous avons toujours l’impression que nous pouvons évoluer sans contrainte dans trois dimensions spatiales. Nous pouvons avancer, faire demi-tour, tourner à droite puis à gauche… Elles ne sont pas un carcan mais un espace de liberté. À contrario, nous avons le sentiment que nous subissons le temps. Notre existence est prisonnière de cette dimension dont l’unique mission, nous semble-t-il, est de nous accompagner jusqu’à la mort. Le temps est un tapis roulant unidirectionnel que nous ne pouvons pas prendre à contre-sens. Notre ressenti est que la dimension du temps, contrairement aux trois dimensions spatiales, n’est pas un espace de liberté multidirectionnel.

Mais arrêtons-nous un instant et prenons le temps de réfléchir. Est-ce que les trois dimensions spatiales sont vraiment multidirectionnelles ? Je n’en suis pas convaincu. J’ai le sentiment qu’à l’instar de la dimension temporelle, elles sont unidirectionnelles. C’est le fait que nous nous déplacions sur la surface fermée et sans bord d’une sphère, qui nous donne cette impression de multidirectionnalité. Nous pensons que nous pouvons revenir en arrière mais en fait, nous nous déplaçons toujours vers l’avant. Nous n’avons pas besoin de marche arrière puisque la surface sur laquelle nous évoluons est fermée et sans bord. Si j’ai oublié mon portefeuille à la maison, je fais un demi-tour et je reviens sur mes pas mais toujours en marche avant. Je ne rembobine pas la séquence ! Curieusement, mon demi-tour est une marche avant, pas une marche arrière. Je sais que c’est difficile à conceptualiser mais avec un peu d’effort, on y parvient.

Vous allez me rétorquer qu’il y a tout de même une différence entre l’espace et le temps puisque lorsque nous sommes plongés dans les bras de Morphée, nous ne nous déplaçons pas. Les dimensions spatiales sont donc neutralisées, mais pas la dimension temporelle qui continue sa route. Le temps ne dort jamais… Nous nous couchons à vingt-deux heures pour nous réveiller à sept heures. Ce raisonnement est faux. Lorsque nous dormons, nous sommes en mouvement. Même au fond de notre lit, nous nous déplaçons autour du soleil. Et Dieu merci, il nous est impossible d’arrêter la révolution de notre planète-mère, sous peine de voir cette dernière précipitée vers le soleil avec tout ce qu’elle porte. Il n’y a donc aucune différence avec la dimension temporelle. Les dimensions spatiales se comportent de la même manière. elles ne connaissent que le mouvement. Nous sommes toujours en mouvement, et c’est parce que nous sommes toujours en mouvement que le temps s’écoule de tΑ (t-Alpha) à tΩ (t-Omega). Si toutes les structures de notre cosmos s’arrêtaient de tourner autour de leur axe respectif (les satellites autour de leur planète, les planètes autour de leur soleil, etc.), est-ce que le temps s’arrêterait ? Oui, car ce dernier est lié aux trois dimensions spatiales. L’une d’entre elles ne peut pas être à l’arrêt alors que les autres sont en mouvement. C’est comme un corps. Si vous voulez vous déplacer, vous avez besoin de vos deux jambes. Sans le mouvement synchrone de toutes les dimensions qui le constituent, le cosmos se figerait dans un état non pas d’éternité mais d’atemporalité.

J’aime bien la métaphore du DVD car elle nous explique clairement le fonctionnement de notre univers. Imaginez un instant que vous êtes Dieu et que vous vous êtes amusé à coder et graver votre propre univers sur un DVD. Lorsque vous appuyez sur la touche Lecture de votre DVD-Univers, celui-ci se met à tourner. Il tourne du point temporel  au point temporel tΩ, déroulant une histoire. Le DVD tourne encore et toujours et si vous décidez d’appuyer sur la touche Stop, l’univers que vous avez gravé ne disparaît pas mais il se transforme ou plutôt il redevient un support de stockage d’informations inerte. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, si vous arrêtez le mouvement, vous arrêtez le temps…

Chroniques terriennes – 2. Quelle est la forme de notre univers ?

Notre Univers est une bulle gouvernée par la vie et la mort. Mais quelle est sa forme ? Malgré tous nos efforts, notre esprit ne parvient pas à modéliser celle-ci. Et s’il s’agissait d’une hypersphère à quatre dimensions spatiales ? Nous savons tous ce qu’est une sphère. Il s’agit d’une forme géométrique composée de tous les points situés à égale distance d’un point nommé centre, dans un espace tridimensionnel. La sphère est une figure géométrique finie et infinie que l’on retrouve partout dans notre univers, à commencer par notre planète. Elle est absolument fascinante car bien que sa surface soit fermée, elle est sans bord ! c’est-à-dire que rien ne nous empêche de toujours nous diriger droit devant. La surface d’une sphère n’a pas de bord et pourtant, sans l’aide d’un engin spatial, il est impossible de nous en évader. Nous sommes dans une prison sans barreaux et sans murs d’enceinte.

Notre pouvons penser que notre Univers est une sphère et que nous vivons à l’intérieur de cette dernière. Mais si c’était le cas, cela signifierait que nous pourrions atteindre son bord extérieur. Cela signifierait également que la Lune ou la planète Mars seraient plus ou moins enfoncées que la Terre par rapport à un point central de référence. Or, tout comme la surface d’un cercle ou d’une sphère, notre univers n’a pas de point central de référence… Quel est le centre de la surface de la Terre ? Washington, Caracas ou Mesnard-La-Barotière ?

Si notre Univers n’a pas de point central de référence, c’est peut-être parce que nous vivons DANS sa surface, et que celle-ci est fermée et sans bord. Les galaxies, les planètes, les étoiles, les astéroïdes, tout ce que nous connaissons est prisonnier de la surface d’une hypersphère, figure géométrique spatio-temporelle que nos sens sont incapables de conceptualiser, faute de vivre à l’extérieur et d’en avoir une vision globale. Tout ce que nous voyons, c’est l’intérieur d’une surface. Pour rejoindre la Lune, les astronautes du programme Apollo se sont déplacés dans la surface de notre Univers ! Ils ne se sont pas enfoncés vers la Lune ! Pourquoi les planètes sont-elles sphériques ? Parce que si elles étaient en forme de cube, elles resteraient immobiles à la surface du cosmos. Elles ne pourraient pas se déplacer autour du soleil. Les planètes, les lunes et les étoiles sont des galets polis par la matière noire de l’univers.

Revenons à la sphère. Si nous empruntons le chemin appelé diamètre, nous nous enfonçons à l’intérieur de l’objet géométrique, et cet intérieur est fermé par un bord qui représente la surface de la sphère. Si, à l’instar du Professeur Lidenbrock, personnage créé par Jules Verne, nous nous enfonçons dans les entrailles de la Terre en empruntant la cheminée volcanique du Snæfellsjökull, et que nous suivons scrupuleusement le chemin de randonnée appelé diamètre, nous entrerons dans un objet fermé dont le bord est la surface. Alors la question qu’on peut se poser est la suivante : est-il possible de descendre à l’intérieur de notre Univers ? Est-il possible de rejoindre plus rapidement un point de la surface de notre hypersphère situé à l’autre extrémité du chemin appelé diamètre ? Où sont les volcans spatiotemporels qui nous permettraient de nous lancer dans une pareille aventure ? Est-ce que ce sont les trous noirs ? Et qu’y-a-t-il à l’intérieur de notre Univers. Que trouvera-t-on dans ses entrailles si nous avons un jour la possibilité d’effectuer ce voyage ? Dans la mythologie grecque, le Royaume d’Hadès, également appelé les Enfers, est l’endroit où séjournent les âmes après la mort. Les Enfers sont circonscrits par le Royaume de la Nuit, lequel s’étend peut-être jusqu’a la surface de notre univers.

Chroniques terriennes – 1. Mort et transplantation de conscience

La mort marque l’instant précis où un être vivant n’est définitivement plus en capacité d’assurer l’équilibre de ses fonctions physiologiques. Dans notre espace-temps, cette rupture entropique provoque chez l’organisme en question, un effondrement brutal de son architecture biologique et une extinction immédiate de sa conscience. D’un point de vue médical, la mort est l’arrêt irréversible de l’activité cérébrale. Par conséquent, un cœur qui cesse de battre n’est pas synonyme de mort. Une conscience altérée ou abolie ne l’est pas non plus. Le sommeil est une perte de conscience qui n’est pas mortelle, et une transplantation cardiaque n’altère ni l’activité cérébrale, ni la personnalité du patient qui en bénéficie.

En revanche, si la science était capable de transplanter un cerveau, elle tuerait le receveur puisqu’elle lui offrirait une autre conscience avec d’autres souvenirs. En fait, dans l’éventualité où cette opération serait réalisable, les rôles seraient inversés. Le donneur se transformerait en receveur. Au réveil, en plus d’un nouveau corps, il retrouverait sa conscience et ses souvenirs. Cela signifie que nous pouvons seulement transplanter des corps, mais pas des cerveaux. Donner un nouveau cerveau à un être humain, c’est le condamner à mort. Pourquoi ? Parce que le rapport à l’existence est intimement lié à la conscience bien sûr, mais aussi à la mémoire, faculté qui permet de situer les événements sur la flèche du temps passé et de se projeter dans le temps futur. Sans la mémoire, la conscience serait comparable à un disque dur détruisant ses données juste après les avoir enregistrées ! La mémoire, c’est la vie. Même les virus en possèdent une. Cela leur permet de muter. Nous avons le sentiment d’être en vie car notre conscience est capable de stocker le passé dans une mémoire persistante, laquelle est accessible à partir du présent. Nous nous connectons à la dimension du temps grâce à la mémoire. Une personne frappée d’amnésie est toujours vivante biologiquement, mais s’il ne lui reste plus aucun souvenir, elle est morte.

À présent, imaginons que dans un futur plus ou moins proche, les progrès de la science nous autorisent à faire une sauvegarde de notre conscience et de notre ADN sur un support de stockage externe. Sait-on jamais… Une puce implantée dans notre cerveau effectuera tous les jours un backup de notre système sur deux disques durs. Ces derniers seront conservés dans des bunkers ultrasécurisés situés sur le continent antarctique et sur la planète Mars. À l’âge de trente ans, notre conscience sera transférée dans le cerveau vierge d’un corps de vingt ans codé et cultivé en laboratoire grâce à notre sauvegarde ADN. Nous aurons des capacités cérébrales de plus en plus développées dans une enveloppe corporelle qui ne dépassera jamais les trente ans. En cas d’accident grave entrainant une incapacité permanente ou, dans le pire des cas, notre décès, nos sauvegardes nous permettront de recouvrer toutes nos facultés. Bien que morts, nous serons en mesure de revenir à la vie. Mais ce miracle ne sera pas synonyme de résurrection, et nous ne pourrons toujours pas savoir ce qui se cache derrière la frontière de l’au-delà, car la sauvegarde qui nous permettra de revivre, aura été faite avant de mourir. Tant que la nature de l’âme échappera à notre science, l’observation directe de la mort à partir de notre espace-temps nous sera interdite. Le jour où nous serons capables d’exécuter des sauvegardes et des transplantations de conscience, nous pourrons indéfiniment repousser la mort. Cela dit, indéfini n’est pas synonyme d’infini ! Cette succession de backups ne nous permettra pas de nous évader de l’espace-temps.

Nous n’aurons plus besoin de faire des enfants. Ce sera une humanité de trentenaires complètement figée, dotée d’une capacité cérébrale toujours plus puissante mais incapable de s’émerveiller et de se poser des questions pleines de naïveté sur l’univers. Ce sera un monde qui pourra se passer de Dieu mais qui n’échappera pas à l’enfer, car la vie sans cette fragilité qui la rend si précieuse, perdra toute sa saveur.

La vie, c’est la capacité à conserver l’équilibre dans un état de perpétuelle instabilité qu’on appelle le présent. Être en vie, c’est marcher sur le fil ténu de l’instant présent. Lorsque l’équilibre est rompu, nous tombons dans le passé, et au terme de notre chûte, c’est la mort qui nous accueille dans ses bras. Mourir, c’est être définitivement chassé du présent. Si nous sommes en vie, c’est parce que nous parvenons à conserver l’équilibre entre le passé et le futur. Pourquoi avons-nous besoin de boire et de manger, d’aller aux toilettes, de dormir ? Pourquoi devons-nous respirer ? Eh bien parce que nous sommes des déséquilibrés… Or, pour compenser ce déséquilibre et continuer notre numéro de funambule, nous n’avons pas d’autre choix que de trouver des sources d’énergie externes. Ce sont l’air, l’eau, la nourriture et le sommeil qui nous permettent de tarer correctement la balance de la vie. Si mes explications vous paraissent obscures, arrêtez de respirer. Dans trois minutes, ça deviendra plus clair dans votre esprit…