Linux, c’est aussi pour les seniors

Image illustrant l’article : Sergei Tokmakov Terms.Law de Pixabay

J’ai passé plusieurs semaines de vacances chez mes parents, lesquels ont profité de ma présence pour me prier de bien vouloir ausculter leur ordinateur. Celui-ci était, selon leurs dires, frappé d’une lenteur anormale. Je l’ai mis sous tension et j’ai rapidement constaté que leur machine équipée du système d’exploitation Windows 8 était en effet bien poussive.

Je n’ai pas essayé de procéder à un nettoyage en profondeur car cela n’aurait sans doute rien changé. J’ai pris le temps d’expliquer à mes parents que leur ordinateur était en train de se pétrifier lentement mais qu’il existait une solution gratuite pour ressusciter ce dernier. Je pouvais leur installer Linux Mint… J’ai tout de suite vu dans leurs yeux briller une étincelle de méfiance car ils savent que depuis plus de dix ans, l’informatique est une de mes passions. Je bricole pas mal et quelques fois ça pète… Mes parents n’ont aucune idée de ce qu’est Linux, mais à cause de mon côté geek, ils se sont tout de suite imaginés que j’allais leur installer un système compliqué, certainement hors de portée de leurs compétences en informatique, ce qui était faux. Mon projet était réfléchi. Je n’ai pas choisi Linux Mint par hasard.

J’ai donc commencé par les rassurer en leur disant que j’allais installer « Linusque » à côté de Windows 8. Au démarrage, ils allaient pouvoir choisir entre les deux systèmes : l’ancien, bien pourri et de plus en plus dangereux, ou le nouveau, léger et rapide. Bien sûr, je ne leur ai pas parlé de dual boot et de GRUB. Ce genre de précisions techniques est à éviter car il a tôt fait de vous transformer en sorcier. Le maître-mot est ras-su-rer. Inutile d’étaler sa science. Il faut bien comprendre que la plupart des seniors nés à la fin de la seconde guerre mondiale, ont des capacités en informatique qui ne sont pas celles de leurs enfants, encore moins de leurs petits enfants. Il faut respecter cette différence et ne surtout pas briser leurs habitudes. Mes parents se servent de leur ordinateur principalement pour surfer sur internet et pour communiquer par Skype avec moi. Il s’agit d’une utilisation basique mais quotidienne et essentielle pour eux.

C’est la raison pour laquelle j’ai bien insisté sur ce point : ils seraient libres de revenir à l’ancien système au cas où Linux Mint ne répondrait pas à leurs attentes. J’ai également précisé qu’il n’était pas nécessaire d’installer un antivirus car une distribution Linux, de par son architecture, est déjà très sécurisée. Enfin, pour l’anecdote, j’ai dit à mes parents que je leur offrirais une bouteille de champagne, le jour où une fenêtre popup à caractère publicitaire surgirait sur leur bureau. Avec Windows 8, ce genre d’intrusion était quotidien (Avast, CCleaner etc…). Avec Linux, toujours rien…

Pour ce qui est des mises à jour, évidemment, il n’est pas question que mes parents ouvrent un terminal pour lancer un sudo apt-get update suivi d’un sudo apt-get dist-upgrade. Certes, Linux Mint propose une interface graphique pour effectuer ce genre d’opérations mais elle est à mon avis, encore trop compliquée. J’ai donc préféré automatiser la procédure en créant le script ci-dessous.

#!/bin/bash

date > /home/$1/.config/system_update.txt
apt-get clean >> /home/$1/.config/system_update.txt
apt-get autoclean >> /home/$1/.config/system_update.txt
apt-get update >> /home/$1/.config/system_update.txt
apt-get -y upgrade >> /home/$1/.config/system_update.txt
apt-get autoremove >> /home/$1/.config/system_update.txt
chown $1:$1 /home/$1/.config/system_update.txt

Il s’exécute en prenant le nom de l’utilisateur en argument, par exemple :

system_update.sh parents

Il est lancé toutes les deux heures, en root, grâce à la commande crontab :

*/2  * * * /home/parents/.config/system_update.sh parents

Vous pouvez modifier ce fichier crontab, toujours en root, en entrant la commande suivante dans un terminal.

crontab -e

Le résultat du script /home/parents/.config/system_update.sh est retourné dans le fichier texte ci-dessous. Cela permet de vérifier que la mise à jour s’est bien déroulée :

/home/parents/.config/system_update.txt

Télémaintenance

Autre point important, j’habite à l’étranger, à plus de mille kilomètres du domicile de mes parents. Je suis donc obligé d’avoir recours à la télémaintenance pour corriger d’éventuels dysfonctionnements ou installer une nouvelle application. Mon choix s’est porté sur DWSservice, une application estonienne à laquelle j’avais déjà consacré un article par le passé.

Sur le bureau, j’ai placé un lanceur qu’il suffit d’ouvrir pour accéder à un numéro d’identification et à un mot de passe. Après m’avoir envoyé ces informations par courriel, je peux prendre le contrôle de l’ordinateur.

J’ai tout fait pour ne pas perturber les habitudes de mes parents. Le nombre et l’emplacement des raccourcis sur le bureau sont identiques. Sur Linux Mint, pour se connecter ou pour sortir de veille, il faut valider le mot de passe en pressant la touche Entrée. J’ai remplacé cette action par un clic de souris comme sur Windows 8. Et pour finir, j’ai rédigé un mode opératoire de quatre pages consacré à la mise en route de l’ordinateur.

Conclusion

Mes parents sont tout à fait satisfaits de Linux Mint. Cette distribution répond parfaitement à leurs attentes en terme de simplicité d’utilisation. Mon choix ne s’est pas porté sur Emmabuntüs car je trouve cette dernière trop fournie en logiciels et dotée d’une profusion de fenêtres de post-installation qui peut décontenancer des seniors débutants. Mon choix aurait pu se porter sur Ubuntu mais je persiste à croire que pour des débutants, Linux Mint version Cinnamon reste la distribution idéale car elle marie à merveille esthétisme et simplicité d’utilisation.

Linux From Scratch (partie 3)

Mon script d’installation personnalisé

Source de l’image illustrant l’article

ATTENTION! Tout comme la procédure officielle, cette procédure personnalisée présente un risque pour le système hôte installé sur votre ordinateur. Il est vivement recommandé d’utiliser une machine de test.

Je me suis permis de prendre quelques libertés avec la procédure officielle d’installation du système Linux From Scratch. En fait, je souhaite rassembler la totalité des instructions dans un seul script (start.sh) et avec un système de balises déplaçables, donner la possibilité à l’utilisateur de n’exécuter que des parties bien précises du code. Je ne sais pas encore si mon projet est réaliste mais les premiers tests sont prometteurs. Voici comment j’ai procédé:

Avant de lancer le script, j’ai créé un nouvel utilisateur nommé lfs. Je l’ai immédiatement ajouté au groupe sudo et j’ai redémarré mon ordinateur pour prendre en compte les changements:

sudo groupadd lfs
sudo useradd -s /bin/bash -g lfs -m -k /dev/null lfs
sudo usermod -aG sudo lfs
reboot

Je me suis reconnecté en tant qu’utilisateur lfs. Puis, j’ai copié les scripts suivants dans le répertoire /home/lfs:

  • start.sh (fichier lanceur)
  • wget-list (liste des paquets à télécharger sous forme d’archives)
  • md5sums (sommes de contrôle)

J’ai rendu l’utilisateur lfs récursivement propriétaire de son répertoire avec la commande suivante:

sudo chown -R lfs:lfs /home/lfs

J’ai donné le droit d’exécution au script start.sh.

chmod +x /home/lfs/start.sh

J’ai lancé ce script en tant que superutilisateur lfs (sudo). Le code s’est exécuté de la balise n° 1 à la balise n° 2. Il s’est interrompu automatiquement à la commande source /home/lfs/.bash_profile.

J’ai relancé le script après avoir DECOMMENTÉ la balise ouvrante n° 1 et la balise fermante n° 2. Cela a eu pour effet de créer un commentaire multilignes qui a neutralisé l’exécution de cette partie du code. Le code s’est exécuté seulement à partir de la balise n° 2.

Ne JAMAIS neutraliser les instructions suivantes:

export MAKEFLAGS=-j`nproc --all`
cd /mnt/lfs/sources

Si vous utilisez la même procédure que moi, à partir de la balise n° 2 (décompression des archives et installation des paquets), vous pouvez très bien exécuter le script en renvoyant les erreurs de compilation dans un fichier errors.txt. Cela facilite grandement le débogage.

/home/lfs/start.sh 2> /home/lfs/errors.txt

Vous pouvez également déplacer les balises END_COMMENT comme bon vous semble et exécuter le script en plusieurs fois ou bien exécuter seulement une partie du script.

Compilation croisée des outils temporaires

Dans le chapitre précédent, nous avons construit une chaîne de compilation croisée. Nous avons en quelque sorte fabriqué un outil qui va nous servir à compiler et installer des paquets nécessaires à l’élaboration de notre système Linux From Scratch. Ces paquets seront réinstallés définitivement à l’intérieur de l’environnement chroot.

m4-1.4.19

Nous allons commencer par le paquet m4-1.4.19. Il s’agit d’un macroprocesseur qui remplace du texte dans les applications de programmation, en utilisant des macros définis par l’utilisateur. Voici un petit exemple :

define(WEBSITE,`Miamondo<https://miamondo.org>')    

WEBSITE
Miamondo<https://miamondo.org>

ncurses-6.2

ncurses-6.2 est une bibliothèque qui offre à l’utilisateur plusieurs fonctionnalités telles qu’une interface couleur, des menus déroulants, la possibilité d’utiliser sa souris dans un mode semi-graphique, etc… Voici un exemple d’interface utilisateur générée par ncurses :

Bash-5.1.8

Le Bourne-Again shell est un interpréteur de commandes qui selon la définition de Wikipédia, permet d’accéder aux fonctionnalités internes du système d’exploitation. Toujours selon Wikipédia, Bash exécute quatre opérations fondamentales:

  1. Il fournit une liste de commandes permettant d’opérer sur l’ordinateur (lancement de programmes, copie de fichiers, etc.) ;
  2. Il permet de regrouper ces commandes dans un fichier unique appelé script ;
  3. Il vérifie la ligne de commande lors de son exécution ou lors d’une éventuelle procédure de vérification et renvoie un message d’erreur en cas d’erreur de syntaxe ;
  4. En cas de validation, chaque ligne de commande est interprétée, c’est-à-dire traduite dans un langage compréhensible par le système d’exploitation, qui l’exécute alors.

Bash s’utilise notamment dans un émulateur de terminal tel que lxterminal ou xterm. Voici un exemple de la mise à jour d’une distribution Linux Mint avec la commande Bash apt update.

Coreutils-8.32

Coreutils-8.32 est un paquet très important puisqu’il fournit de nombreuses fonctionnalités basiques telles que rm, chmod, chown, mkdir, ls, etc… Ces commandes sont nécessaires à la bonne marche d’un système d’exploitation de type Unix. Cliquez sur le lien en début de paragraphe pour accéder au contenu de ce paquet.

DiFFUTILS-3.8

Le paquet Diffutils-3.8 contient les programmes montrant les différences entre fichiers ou répertoires. Voici les détails.

File-5.40

Le paquet file-5.40 contient un outil pour déterminer le type d’un fichier ou des fichiers donnés.

Voici le reste des outils temporaires qui vont eux aussi être compilés :

Findutils-4.8.0

Gawk-5.1.0

Grep-3.7

Gzip-1.10

Make-4.3

Patch-2.7.6

Sed-4.8

Tar-1.34

Xz-5.2.5

Binutils-2.37 — Passe 2

GCC-11.2.0 — Passe 2

Linux From Scratch (partie 2)

Dans la partie 1, nous avons installé les bases de notre futur système LFS. Nous avons:

  • créé une partition dédiée,
  • téléchargé les archives dans le répertoire /mnt/lfs/sources,
  • créé quelques répertoires nécessaires à la construction,
  • ajouté un nouvel utilisateur (lfs)
  • ouvert un shell de connexion pour l’utilisateur lfs.

Nous en sommes à ce stade. À présent, nous sommes connectés en tant qu’utilisateur lfs, et dans cette partie, nous allons commencer par configurer un environnement de travail sain. Nous allons remplacer le shell en cours par un nouveau shell bien plus propre. Nous n’aurons pas à craindre qu’une variable provenant du système hôte interfère avec notre système « cible » et l’endommage. C’est la commande exec env -i qui se charge de l’opération.

cat > ~/.bash_profile << "EOF"
exec env -i HOME=$HOME TERM=$TERM PS1='\u:\w\$ ' /bin/bash
EOF

Dans cette optique de sécurité, nous créons également un nouveau fichier .bashrc. Il est important de séparer le système cible du système hôte le plus tôt possible.

cat > ~/.bashrc << "EOF"
set +h
umask 022
LFS=/mnt/lfs
LC_ALL=POSIX
LFS_TGT=$(uname -m)-lfs-linux-gnu
PATH=/usr/bin
if [ ! -L /bin ]; then PATH=/bin:$PATH; fi
PATH=$LFS/tools/bin:$PATH
CONFIG_SITE=$LFS/usr/share/config.site
export LFS LC_ALL LFS_TGT PATH CONFIG_SITE
EOF

Enfin, nous chargeons le nouveau profil de l’utilisateur lfs.

source ~/.bash_profile

Entrons à présent dans le vif du sujet. Nous allons déballer les archives et construire une chaîne de compilation croisée. C’est assez difficile à comprendre, mais il faut faire un effort parce que ce concept est important. Tout d’abord, qu’est-ce qu’un compilateur? Eh bien, il s’agit d’un outil de programmation informatique qui transforme un code source écrit par un être humain dans un langage de haut niveau, en un code binaire exécutable par une machine. En ce qui concerne la chaîne de compilation croisée, le chapitre du manuel censé fournir des explications claires et précises sur ce concept est, je suis désolé de le dire, absolument incompréhensible! J’ai donc préféré consulter Wikipédia. L’encyclopédie en ligne nous explique qu’une chaîne de compilation croisée est construite pour fonctionner sur une machine hôte, mais les programmes qu’elle va compiler seront installés sur un autre ordinateur qualifié de machine-cible.

Voici les éléments qui constituent une chaîne de compilation. Je cite Wikipédia:

binutils : Une collection d’utilitaires utilisés pour le traitement des fichiers binaires. Ce paquetage contient notamment l’assembleur qui transforme le pseudo-code généré par la compilation en instructions comprises par le processeur cible, et l’éditeur des liens pour lier les bibliothèques utilisées par un programme.

gcc : les compilateurs C et C++ de la collection.

glibc : La bibliothèque C du système utilisée pour les appels au noyau et le traitement des processus de bas-niveau.

Avant de débuter la compilation, nous allons déclarer la variable d’environnement suivante.

export MAKEFLAGS=-j`nproc --all`

Elle retourne le nombre de processeurs présents sur l’ordinateur et réduit le temps de compilation en effectuant un make parallèle.

Construisons notre chaîne de compilation croisée. Pour ce faire, déplaçons-nous tout d’abord dans le répertoire /mnt/lfs/sources.

cd /mnt/lfs/sources

Le processus de compilation es toujours le même. Nous commençons par décompresser l’archive tar.xz ou tar.gz et nous nous déplaçons dans le répertoire nouvellement créé.

tar -xf binutils-2.37.tar.xz
cd binutils-2.37

Ce n’est pas toujours le cas mais pour ce paquet, nous devons créer un répertoire build et nous déplacer à l’intérieur.

mkdir -v build
cd build

Nous préparons la compilation.

../configure --prefix=/mnt/lfs/tools \
    --with-sysroot=/mnt/lfs          \
    --target=$LFS_TGT                \
    --disable-nls                    \
    --disable-werror

Nous compilons et nous installons le paquet selon les instructions du manuel.

make $MAKEFLAGS
make install -j1

Ensuite, nous revenons dans le répertoire /mnt/lfs/sources. Comme nous étions dans /mnt/lfs/sources/binutils-2.37/build, nous devons entrer cette commande.

cd ../..

Enfin, après nous être connectés en root, nous supprimons le répertoire binutils-2.37 (pas l’archive binutils-2.37.tar.xz!) et nous nous connectons de nouveau en tant qu’utilisateur lfs.

su
rm -r binutils-2.37
exit

Nous enchaînons sur les paquets suivants en utilisant le même process. Nous effectuons cette opération pour :

La suite des festivités dans un prochain article!

Linux From Scratch (partie 1)

Linux From Scratch signifie Linux à partir de rien. Créé par Gerard Beeskamp, un informaticien néerlandais, ce projet pédagogique détaille le process de compilation et d’installation de tous les paquets nécessaires à la construction d’un système d’exploitation Linux léger, sécurisé et très personnalisé. Ici, pas besoin de démarrer sur une clé USB d’installation. Le seul prérequis est que l’ordinateur « hôte » soit équipé d’une distribution Linux sur laquelle nous allons nous greffer avant de nous en détacher pour voler de nos propres ailes.

J’ai décidé de me lancer dans l’aventure et de publier plusieurs articles pour vous narrer mes péripéties. Je suis en plein chantier. Cela avance plutôt bien puisque je me trouve déjà dans l’environnement chroot, mais ce n’est pas terminé. J’ai essuyé plusieurs échecs. J’aime même été obligé de réinstaller ma distribution Linux Mint suite à une manipulation hasardeuse.

Linux From Scratch est un projet exigeant. Pour en venir à bout, il est nécessaire de maîtriser la ligne de commande. cd, ls, mount, mkdir sont des termes qui doivent déjà vous parler. Si ce n’est pas le cas, il est préférable de s’arrêter là. En outre, il est impératif d’avoir de bonnes connaissances dans le domaine des distributions Linux. Si vous êtes capables d’installer Ubuntu, c’est très bien, mais je doute que cela soit suffisant. Il faut au moins maîtriser l’installation d’Archlinux. Vous l’aurez compris, ce projet n’est pas fait pour les débutants.

Sur quelle base construire un système LFS

La dénomination Linux à partir de rien est quelque peu exagérée. Pour construire notre LFS, nous allons nous appuyer sur une autre distribution Linux surnommée le système hôte. Nous en aurons besoin pour partitionner le disque dur et télécharger les sources. Ce peut être une Debian, une Ubuntu, une Fedora… Peu importe. Personnellement, je tourne sous Linux Mint. Nous allons, d’une certaine manière, parasiter le système hôte pour nous en détacher en cours de route et bâtir une distribution indépendante. Parasiter n’est peut-être pas le bon terme. Disons que le système hôte va tenir le rôle d’incubateur ou d’utérux, si je puis me permettre d’utiliser ce néologisme! Pour ce faire, il est nécessaire que certains paquets soient déjà installés sur la distribution hôte. Voici un script que nous pouvons lancer dans un terminal et qui nous confirmera que c’est bien le cas.

Toute la difficulté réside dans le fait que le processus est long et qu’une boulette est vite arrivée. Nous basculons de l’utilisateur hôte vers l’utilisateur root. Puis, nous nous connectons en tant qu’utilisateur lfs avant d’entrer dans le chroot en tant que root! Nous déclarons et manipulons des variables d’environnement qui, et là je parle en connaissance de cause, peuvent endommager voire détruire votre système hôte si elles sont mal définies. C’est la raison pour laquelle, contrairement à la documentation officielle, je me refuse à créer la variable ci-dessous. Je préfère travailler avec le chemin absolu.

LFS=/mnt/lfs

Il faut également appréhender, même de manière abstraite, des principes telles que la compilation croisée ou le chroot. Le point de montage de la partition qui hébèrge Linux From Scratch est /mnt/lfs. Lorsque nous allons chrooter dans le nouveau système, /mnt/lfs deviendra la racine de ce dernier, c’est-à-dire /. La construction des outils de compilation demande une grande vigilance. C’est la partie la plus délicate et la moindre erreur empêchera votre système de fonctionner.

Le partitionnement

Avant toute chose, connectez-vous en root. Pour construire le système LFS, il faut créer une partition de 35GB qui lui sera dédiée. Ma partition est /dev/sda4. Je l’ai créée avec Gparted. et je l’ai formatée en ext4.

mkfs.ext4 /dev/sda4

Mon répertoire personnel se trouve sur une partition qui existe déjà : /dev/sda3. Voici le partitionnement de mon disque dur avec les différents points de montage:

Ensuite, il faut créer le répertoire /mnt/lfs pour y monter la partition /dev/sda4.

mkdir -vp /mnt/lfs
mount /dev/sda4 /mnt/lfs

Puis, nous créons le répertoire qui va accueillir toutes les archives des paquets à télécharger. Nous lui donnons les droits d’écriture et sticky. Ce dernier terme signifie que même si de nombreux utilisateurs peuvent écrire dans un fichier, seul le propriétaire du répertoire peut supprimer ce fichier.

mkdir -vp /mnt/lfs/sources
chmod -v a+wt $LFS/sources

Ensuite, nous téléchargeons les sources. Pour ce faire, nous copions le contenu de cette page et nous le collons dans un fichier nommé wget-list.

wget --input-file=wget-list\
--continue\
--directory-prefix=/mnt/lfs/sources

C’est le moment de vérifier si les archives ont été correctement téléchargées. Pour effectuer cette opération, nous créons le fichier md5sums dans lequel nous rajoutons ces instructions. Puis, nous exécutons les lignes ci-dessous. Le fichier md5sums doit être au préalable déplacé dans le répertoire /mnt/lfs/sources.

mv md5sums /mnt/lfs/sources
pushd /mnt/lfs/sources
md5sum -c md5sums
popd

À ce stade, nous créons différents répertoires nécessaires à la construction de notre système LFS. Pour la version 32-bits, supprimez lib64. Le compilateur croisé sera installé dans le répertoire /mnt/lfs/tools car il doit impérativement être séparé des autres programmes.

mkdir -pv /mnt/lfs/{etc,var,lib64,tools} /mnt/lfs/usr/{bin,lib,sbin}
for i in bin lib sbin
do
  ln -sv usr/$i $LFS/$i
done

Création de l’utilisateur lfs qui devient propriétaire récursif de tout le répertoire /mnt/lfs. Pour la version 32-bits, supprimer lib64.

groupadd lfs
useradd -s /bin/bash -g lfs -m -k /dev/null lfs
passwd lfs
chown -v lfs /mnt/lfs/{usr{,/*},lib,var,etc,bin,sbin,tools,lib64,sources}

Le fichier /etc/bash.bashrc est renommé et rendu inactif pour éviter de fâcheuses interactions avec l’environnement hôte.

[ ! -e /etc/bash.bashrc ] || mv -v /etc/bash.bashrc /etc/bash.bashrc.NOUSE

Nous ouvrons un shell de connexion pour l’utilisateur lfs.

su - lfs

Voilà pour cette première partie. La suite des festivités fera l’objet d’un prochain article.

Mise à jour de mon manuel d’installation d’Archlinux

Je viens de mettre à jour mon manuel d’installation d’Archlinux, toujours intitulé La planète Archlinux. C’est une tradition. Il ne compte plus que 16 pages et je trouve que c’est très bien ainsi. Il est plus concis et par conséquent plus clair. J’ai conservé la partie post-installation. Normalement, elle installe automatiquement un environnement de bureau constitué:

  • d’openbox, pour le menu
  • de nitrogen pour le fond d’écran,
  • et de tint2, pour la barre des tâches

Entre le moment où je presse le bouton d’alimentation de mon ordinateur et le moment où j’arrive sur le bureau, il s’écoule, tenez-vous bien, 42 secondes! Certes, c’est plus qu’avec Windows mais c’est bien moins qu’avec Ubuntu et consorts. Bonne installation, et n’hésitez pas à me remonter des bogues ou des axes d’amélioration.

Benoît

Les distributions Linux que j’ai testées

Linux est une famille de distributions dont le code-source est placé sous licence libre. Cela signifie que tout un chacun peut le modifier comme bon lui semble. Linux compte des centaines de distributions différentes. Pour s’en convaincre, il suffit d’aller faire un tour sur le site distrowatch qui les recensent toutes dans un classement. À ce jour, on en compte 276! Mais le noyau dur est constitué d’une petite vingtaine seulement. Les autres ne sont que des projets plus ou moins farfelus ou confidentiels qui sont la conséquence de la liberté octroyée par la licence.

J’utilise Linux depuis 2010 et je n’ai pas l’intention de revenir en arrière. En onze ans, J’ai eu le temps de tester pas mal de distributions. Permettez-moi donc d’en faire la liste et de donner mon avis sur chacune d’entre elles. C’est parti pour un voyage entre Ubuntu et Archlinux en passant par Emmabuntüs.

Ubuntu

Ma première distribution Linux, celle qui m’a fait avaler la pilule rouge, est Ubuntu 10.10 Maverick Meerkat. Elle est née en Afrique. Lorsqu’elle s’est matérialisée sur mon ordinateur portable, j’ai vécu une expérience presque mystique. Ubuntu est un mot banthou que l’on pourrait traduire par :

Je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous. 

Cela résume remarquablement l’esprit Linux. Il faut savoir qu’Ubuntu sort une nouvelle version tous les six mois, en Avril et en Octobre. Par exemple Ubuntu 10.10 Maverick Meerkat a été publiée en Octobre 2010. La version actuelle est donc Ubuntu 21.04. Son surnom est Hirsute Hippo. Il y a une petite fantaisie avec les versions. Celles-ci portent toujours le nom d’un animal affublé d’un adjectif absurde qui doit commencer par la même lettre que le nom qu’il qualifie. La toute première était Ubuntu 4.10 Warty Warthog, c’est-à-dire Phacoshère verruqueux. La version actuelle, Hippopotame Hirsute, a succédé à Groovy Gorilla qui signifie Gorille sensationnel. Tous les deux ans, sort une version dite LTS, c’està-dire supportée à long terme (Long Term Support).

Points positifs

Ubuntu est une distribution accessible au grand public. Toutes les opérations de maintenance sont effectuées par interface graphique. L’utilisation de la ligne de commande est réduite à son strict minimum. Je la conseillerais aux débutants, d’autant plus que la documentation est fournie et mise à jour par une communauté de bénévoles passionnés. Si vous avez besoin d’aide, il y aura toujours quelqu’un pour vous dépanner ou vous conseiller.

Points négatifs

Je trouve que c’est une distribution qui stagne. C’est mon ressenti personnel. J’aurais attendu de la part d’Ubuntu plus d’innovations. Plusieurs de ses projets ont échoué:

  • L’environnement de bureau Unity,
  • La version destinée aux smartphones Ubuntu Touch.

J’ai un rapport ambigu avec Ubuntu, car c’est elle qui m’a introduit dans l’univers Linux mais elle n’a pas su me convaincre de lui rester fidèle.

DEBIAN

Debian est la distribution qui a donné naissance à Ubuntu. Elles ont beaucoup de choses en commun, comme par exemple le gestionnaire de paquets apt (advanced packaging tool). Celui-ci permet de mettre à jour la distribution. Il permet également d’installer ou de supprimer des logiciels en utilisant une interface de lignes de commande qu’on appelle plus communément le terminal.

Points positifs

Si je devais choisir un adjectif pour qualifier Debian, ce serait fiable. Avec Debian, vous ne serez jamais déçu. C’est du solide. C’est du sérieux. Pas de mauvaise surprise à attendre avec cette vénérable distribution qui a une réputation de grande stabilité particulièrement appréciée par les administrateurs réseau.

Points négatifs

Debian privilégie la stabilité ET la sécurité, ce qui a pour conséquence que les logiciels installés ne sont pas toujours à la dernière version. Debian a la réputation d’être austère et il faut bien reconnaitre qu’on n’est pas en présence d’une distribution de clowns. Elle est également moins grand public qu’Ubuntu car elle nécessite d’avoir davantage recours à la ligne de commande.

Linux Mint

Linux Mint est une distribution basée sur Ubuntu. Jje la conseillerais aux débutants car tout comme Ubuntu, la maintenance s’effectue en mode graphique. Elle truste toujours les premières places dans le classement de distrowatch, ce qui est normal car elle est complètement tournée vers l’expérience utilisateur.

Points positifs

Linux Mint est une belle distribution, agréable à regarder, et avec un degré de personnalisation élevé. Je la conseille avec l’environnement de bureau Cinnamon.

Points négatifs

Linux Mint ne communique pas toujours efficacement lorsqu’elle sort une nouvelle version, ce qui fait que certains utilisateurs oublient de mettre à niveau leur distribution. Cela peut avoir de fâcheuses conséquences.

Lubuntu

Lubuntu signifie Light Ubuntu. C’est la version légère de sa grande soeur. Elle est appropriée pour les vieux ordinateurs dotés d’une configuration modeste. Si vous avez par exemple un petit netbook avec un processeur cadencé en 32 bits, ce qui est mon cas, Lubuntu devrait faire l’affaire.

Points positifs

Légère.

Points négatifs

Les fonds d’écran sont affreux. C’est un cauchemar pour les yeux. À remplacer si possible par Xubuntu destinée elle aussi aux ordinateurs dotés d’une configuration légère.

Mageia

Ah! Mageia… Divine surprise. Mageia est une distribution française (Cocorico!) maintenue par une communauté entièrement bénévole. J’avais des a-prioris sur cette distribution qui se sont très vite dissipés après l’avoir installée. Mageia, c’est la classe et ça tient la route en terme de stabilité. Le gestionnaire de paquets est DNF. Mageia peut très bien convenir aux débutants.

Points positifs

Portée par une association de bénévoles, c’est une belle distribution, qui a de la gueule et qui donne une impression de qualité. On est indubitablement dans l’esprit Linux.

Points négatifs

La communauté m’a semblé froide. J’ai remonté deux bugs et j’avais vraiment le sentiment de discuter avec des cyborgs. Pas de bonjour, ni d’au-revoir. Même si mes bugs ont été pris en compte, j’avais le sentiment de déranger. Cela a été pour moi une expérience particulièrement désagréable. Un « Bonjour », c’est gratuit et ça fait plaisir.

openSuse

openSUSE nous vient d’Allemagne. Je l’ai installée et utilisée quelques semaines. Suse signifie Software und System-Entwicklung (développement de logiciels et de systèmes).

Points positifs

Deutsche Qualität. Ça tient la route. On n’est pas chez des guignols, et la distribution est plutôt jolie.

Points négatifs

Une impression de lourdeur… Entre le moment où vous pressez le bouton d’alimentation de votre ordinateur et le moment ou le bureau se matérialise, votre barbe pousse.

Archlinux

Ma distribution préférée… Archlinux n’est pas conseillée pour les débutants. Elle est clairement réservée aux geeks. L’installation s’effectue en lignes de commande. C’est assez effrayant la première fois mais au bout du compte, vous vous retrouvez avec une distribution unique. Le gestionnaire de paquets s’appelle Pacman et le site s’appelle archlinux.org. Si vous voulez une Archlinux qui s’installe et se configure aussi facilement qu’une Ubuntu, tournez-vous vers ses deux distributions-filles : Manjaro et surtout EndeavourOS. Cette dernière est de plus en plus populaire et c’est parfaitement mérité.

Points positifs

Archlinux est personnalisable à outrance. Son installation a un côté pédagogique puisqu’elle vous permet de comprendre comment fonctionne une distribution Linux. Le partitionnement, le montage des partitions et le chroot n’auront plus de secret pour vous. Je n’ai jamais réussi à trouver une distribution qui démarre aussi vite qu’Archlinux.

Points négatifs

La documentation officielle (archlinux.org) est un boui-boui d’hyperliens qui complique notoirement la recherche d’informations.

Ma distribution Archlinux avec son menu fait maison

Emmabuntüs

Voilà bien une distribution qui sort de l’ordinaire. Basée sur Debian, elle a vu le jour dans les ateliers d’Emmaüs. Sa mission est claire : ressusciter des ordinateurs frappés d’obsolescence programmée et lutter contre la fracture numérique, notamment en Afrique, en proposant un système d’exploitation très complet permettant de travailler hors-ligne et par conséquent de ne pas être à la merci d’une connexion plus qu’aléatoire. Le projet est de plus en plus populaire. J’ai été bénévole une année au sein du collectif, avant que des problèmes de santé ne m’obligent à arrêter, mais j’en garde un très bon souvenir.

Points positifs

Pour communiquer entre eux, Les membres du collectif utilisent des mots tombés en désuétude dans le monde informatique comme par exemple Bonjour ou Amitiés. Bonjour signifie qu’on souhaite à son interlocuteur tout le meilleur pour la journée en cours. C’est un mot-valise formé avec l’adjectif bon et le nom jour. Amitiés ou cordialement sont des mots utilisés à la fin des messages pour prendre congé de son interlocuteur.

Emmabuntüs défend la nécessité de replacer l’être humain au coeur de notre contrat économique et social. Tout ne peut pas s’acheter et se vendre.

Points négatifs

La profusion d’applications donne à Emmabuntüs un côté un peu chargé mais qui s’explique par le fait que cette distribution est amenée à fonctionner dans des environnements où la connexion réseau est fragile. Par conséquent, elle embarque du lourd. On peut tout de même s’interroger sur la nécessité d’avoir Abiword à côté de Libreoffice.

Je n’ai jamais trop compris la numérotation des versions, du style Emmabuntus DE 3 10.1 3.05… C’est assez obscur et cela mériterait sans doute d’être repensé, peut-être en remplaçant ces chiffres par des êtres humains ayant contribué à aider leur prochain.