Chroniques terriennes – 5. Le grand silence

Il y a près de dix ans, je me souviens avoir visionné un documentaire très intéressant sur les moines de la Grande Chartreuse. Réalisé par Philipp Gröning, un Allemand, Le grand silence nous transporte dans un lieu de réclusion volontaire, où le quotidien est rythmé par la contemplation. Très attachés à leur solitude, les moines prient dans leur cellule. Les journées et les nuits sont toutefois ponctuées de cérémonies à la chapelle, où alternent chants grégoriens et lectures des textes sacrés. Une fois par semaine, lors d’une promenade commune appelée spaciement, ils sont autorisés à parler. Ce documentaire est fascinant car la vie des ces moines silencieux semble se dérouler hors du temps. Il faut savoir que Philipp Gröning, le réalisateur, a demandé une autorisation de tournage en 1984. Il a reçu une réponse positive seize ans plus tard…

Ces hommes de foi qui respectent la règle de Saint Bruno ont fait le choix radical de se retirer du temps. À l’intérieur du monastère, dans les limites de ce qu’ils appellent la clôture, la dimension temporelle a laissé place à une bulle d’éternité. J’ignore si, grâce à la contemplation, la Grande Chartreuse est un lieu propice à l’établissement d’un dialogue intime avec Dieu, mais ce qui me frappe, c’est le fait que depuis des siècles, le temps ne parvient pas à modifier les rituels et les activités quotidiennes de ces moines. Je me demande si pour eux, le temps s’écoule à la même vitesse que pour nous. Tous leurs gestes sont empreints de lenteur. Toutes les actions de la vie quotidienne semblent être accomplies dans un état de pleine conscience. Le temps semblent couler plus lentement et le fait que depuis la création de l’ordre, presque rien n’a changé, nous donne le sentiment que les eaux du passé et du futur se mélangent. Ils s’amalgament pour créer un présent persistant, c’est-à-dire une bulle d’éternité. Dieu s’est fait homme et les moines contemplatifs mettent tout en œuvre pour se faire Dieu, c’est-à-dire pour être à son image et pouvoir se connecter à sa conscience. C’est un choix de vie radical mais qu’ils ont fait librement et auquel ils sont libres de renoncer à tout instant. Il ne m’appartient pas de les juger.

Il existe d’autres hommes qui vivent dans une solitude extrême. Totalement coupés de la société et même de la nature, ils sont enfermés vingt-trois heures sur vingt-quatre dans une minuscule cellule sans fenêtre et sans lumière naturelle. Une heure par jour, ils sont autorisés à se dégourdir les jambes dans un puits en béton de cinq mètres de longueur, trois de large et environ quatre mètres de profondeur. Cette structure est ouverte sur le ciel. Ces hommes ne sont pas des moines mais des prisonniers incarcérés au SHU (Security Housing Unit), l’unité d’isolement de la prison d’état de Pelican Bay en Californie. En cherchant bien, vous trouverez des vidéos sur Internet. Ce régime extrême s’apparente clairement à de la torture. Certains prisonniers n’ont pas vu un seul arbre depuis plus de dix ans. L’absence de lumière naturelle et l’isolement total provoquent chez nombre d’entre eux des troubles psychiques très graves. Les plus fragiles sombrent dans la folie. Ils passent leur journées à se balancer d’avant en arrière jusqu’à ce que leur conscience se débranche et qu’ils s’éteignent. Tous ces prisonniers ignorent s’ils retrouveront un jour, un régime carcéral normal. Ils ne peuvent parler à personne. Ils échangent juste quelques mots avec les gardiens qui leur livrent trois fois par jour des plateaux repas. Les prisonniers mangent avec les doigts car les couverts sont interdits.

Ces hommes sont complètement enlisés dans l’instant présent. Sans activités et sans stimuli, les journées se suivent et se ressemblent. Ils ne sont pas capables de se projeter dans le futur car ils n’en ont plus. L’insaisissable instant présent devient leur ultime horizon. Il sont prisonniers non pas de l’éternité, mais d’une boucle temporelle codée pour ne jamais prendre fin. Cette construction informatique est semblable à celle-ci :

Tant que 0 est inférieur à 1, que la souffrance t’accompagne…

La condition est toujours vraie… Ce temps qui s’écoule en boucle pour l’éternité, ce n’est pas le carpe diem qui nous invite à profiter de l’instant présent et des petits bonheurs qu’il nous offre, c’est la définition même de l’Enfer. Les prisonniers du centre de détention de Pelican Bay ne sont pas encore morts mais ils ne font déjà plus partie des vivants. Aucun n’a jamais réussi à s’évader. Compte tenu du niveau de sécurité, ce n’est même pas la peine d’y songer. Pire encore ! Imaginez que dans le futur, la transplantation de conscience, dont je vous ai parlé au premier chapitre, devienne un acte parfaitement maîtrisé, ces hommes condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité se verraient peut-être retirer le droit de mourir. Ils seraient condamnés à vie, ce qui est un châtiment encore plus cruel que la peine capitale.

Chroniques terriennes – 4. Qui a écrit la toute première ligne de code?

Lorsqu’on y réfléchit bien, cette métaphore du DVD-Univers est assez angoissante car elle nous laisse à penser que tout est déjà écrit d’avance et que par conséquent, il n’y a pas de place pour le libre-arbitre. On ne peut pas complètement exclure d’être dans une simulation virtuelle. C’est même très probable mais cela ne signifie pas forcément que notre libre-arbitre est aboli. Tout dépend de la manière dont l’Univers a été codé. Si nous sommes capables de modifier et d’optimiser le code “à chaud”, alors nous sommes libres. En revanche, si le code s’exécute tout seul, alors tout est écrit d’avance. Comment savoir si nous sommes les personnages d’un jeu vidéo ? Peut-être en nous intéressant à la manière dont les développeurs codent. Si votre mision est d’investir un bâtiment où se sont retranchés des soldats ennemis, vous allez inspecter une pièce après l’autre. Mais lorsque vous sortez d’une pièce pour entrer dans celle d’à côté, la pièce précédente disparait, car seules s’affichent ce qui tient dans les limites de votre écran et de votre champ d’observation visuel. Un développeur ne va pas inclure dans son code des blocs d’instructions qui ne servent à rien.

La question que je me pose est la suivante. Si je sors de ma cuisine pour aller dans la salle de séjour et que je referme la porte derrière-moi, est-ce que ma cuisine qui n’est plus à l’intérieur de mon champ d’observation visuel, est toujours là, avec ses meubles, sa table et ses chaises, la vaisselle sale qui s’empile sur le plan de travail ? Ou bien s’est-elle évaporée ? En clair, est-ce que la réalité reste la même lorsqu’on ne l’observe plus ? Ici, toute la difficulté consiste à observer un phénomème qui ne peut pas être observé. Si tout a disparu, alors on peut supposer que nous vivons dans une simulation virtuelle programmée par des développeurs qui maîtrisent leur art. En revanche, si tout reste en place malgré l’absence d’observateur, alors l’univers est peut-être la réalité originelle, celle qui n’a pas forcément eu besoin de Dieu pour élever le zéro à sa propre puissance et créer ainsi le langage binaire.

Qui a écrit la toute première ligne de code ? Peut-on concevoir que cette ligne se soit exécutée toute seule et qu’elle soit à l’origine du Big Bang ? Nous ne sommes pas capables de remonter avant cette explosion primordiale car physiquement, nous ne pouvons pas traverser la frontière de notre espace-temps. Si vous écoutez un CD de Bruce Springsteen, je ne prends pas trop de risques en affirmant que le chanteur et ses musiciens vont rester bien sagement dans les limites de leur espace-temps, c’est-à-dire dans le CD. Ils ne peuvent pas s’en extraire et se matérialiser dans votre séjour !

La source du Big Bang, c’est le zéro représenté par un cercle. Il s’agit d’un nombre aux propriétés surnaturelles puisqu’il est le seul à être à la fois réel, positif, négatif et imaginaire pur. Or, il faut savoir que zéro élevé à la puissance zéro est égal non pas à la tête à Toto mais à 1

00 = 1

Qu’est-ce que cela signifie ? Ça veut tout simplement dire que du néant, a jailli la matière. Faites l’essai avec une calculatrice et vous constaterez que ce que je dis est vrai. C’est d’ailleurs le cas pour n’importe quel nombre élevé à la puissance 0. Par exemple :

20 = 1,

150 = 1.

Petite démonstration :

24 = 23 x 2

23 = 22 x 2

22 = 21 x 2

21 = 20 x 2

20 = 1

À partir de là, on peut hardiment supposer que le Big Bang n’est rien d’autre que le résultat du zéro primordial élevé à sa propre puissance. Notre univers existe parce qu’il n’avait pas le choix. Par la force du 0 (le néant), il ne pouvait que donner naissance au 1 (la matière). Les implications de cette théorie sont déstabilisantes puisqu’il n’est pas exclu que notre univers ait pu se passer de Dieu pour voir le jour. Cela ne signifie pas que Dieu n’existe pas mais cela signifie que ce dernier n’est peut-être pas à l’origine de notre espace-temps. Ce n’est pas sa création et il n’a aucune emprise sur cette dernière. Après que le 0 eut engendré le 1, les deux se sont accouplés pour donner naissance au 2 (c’est-à dire 10 en langage binaire). Puis le 3 a vu le jour suivi du 4, etc. Tout s’est enchaîné dans une fulgurante inflation à l’origine de l’explosion primordiale.

Nous vivons dans un univers rempli de petits univers. Observez votre ordinateur. Lorsqu’il est éteint, il est hors du temps, et il n’est pas capable d’interagir avec une entité biologique. Vous ne pouvez pas lui demander d’ouvrir votre navigateur préféré. Vous avez beau taper frénétiquement sur les touches de votre clavier, il ne réagit pas. C’est seulement en pressant le bouton d’alimentation que vous déclenchez un afflux d’énergie qui va le sortir de sa torpeur, activer sa mémoire et le connecter à la dimension du temps. Nous allons pouvoir communiquer avec lui et ce, quel que soit le fuseau horaire, car ce dernier n’est qu’un découpage arbitraire du temps. Nous venons de nous transformer en Dieu et nous avons le contrôle absolu sur notre création. Nous partageons avec notre ordinateur, la même dimension temporelle. Cela nous permet de l’utiliser pour nous connecter au passé, c’est-à-dire à tout ce que nous avons précédemment enregistré. Notre ordinateur n’a pas accès à nos pensées, ce qui est logique puisque nous ne sommes pas interconnectés. Mais le jour ou nous pourrons brancher notre conscience sur notre ordinateur et échanger des données avec son disque dur, grâce à ce que j’appelle une interface cyberébrale, alors notre ordinateur accédera à un statut supérieur puisqu’il sera en mesure d’évoluer en dehors des limites de son univers. Il faut donc que l’humanité trouve le moyen de se connecter à Dieu.

Mise à jour de mon manuel d’installation d’Archlinux

Je viens de mettre à jour mon manuel d’installation d’Archlinux, toujours intitulé La planète Archlinux. C’est une tradition. Il ne compte plus que 16 pages et je trouve que c’est très bien ainsi. Il est plus concis et par conséquent plus clair. J’ai conservé la partie post-installation. Normalement, elle installe automatiquement un environnement de bureau constitué:

  • d’openbox, pour le menu
  • de nitrogen pour le fond d’écran,
  • et de tint2, pour la barre des tâches

Entre le moment où je presse le bouton d’alimentation de mon ordinateur et le moment où j’arrive sur le bureau, il s’écoule, tenez-vous bien, 42 secondes! Certes, c’est plus qu’avec Windows mais c’est bien moins qu’avec Ubuntu et consorts. Bonne installation, et n’hésitez pas à me remonter des bogues ou des axes d’amélioration.

Benoît

Les distributions Linux que j’ai testées

Linux est une famille de distributions dont le code-source est placé sous licence libre. Cela signifie que tout un chacun peut le modifier comme bon lui semble. Linux compte des centaines de distributions différentes. Pour s’en convaincre, il suffit d’aller faire un tour sur le site distrowatch qui les recensent toutes dans un classement. À ce jour, on en compte 276! Mais le noyau dur est constitué d’une petite vingtaine seulement. Les autres ne sont que des projets plus ou moins farfelus ou confidentiels qui sont la conséquence de la liberté octroyée par la licence.

J’utilise Linux depuis 2010 et je n’ai pas l’intention de revenir en arrière. En onze ans, J’ai eu le temps de tester pas mal de distributions. Permettez-moi donc d’en faire la liste et de donner mon avis sur chacune d’entre elles. C’est parti pour un voyage entre Ubuntu et Archlinux en passant par Emmabuntüs.

Ubuntu

Ma première distribution Linux, celle qui m’a fait avaler la pilule rouge, est Ubuntu 10.10 Maverick Meerkat. Elle est née en Afrique. Lorsqu’elle s’est matérialisée sur mon ordinateur portable, j’ai vécu une expérience presque mystique. Ubuntu est un mot banthou que l’on pourrait traduire par :

Je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous. 

Cela résume remarquablement l’esprit Linux. Il faut savoir qu’Ubuntu sort une nouvelle version tous les six mois, en Avril et en Octobre. Par exemple Ubuntu 10.10 Maverick Meerkat a été publiée en Octobre 2010. La version actuelle est donc Ubuntu 21.04. Son surnom est Hirsute Hippo. Il y a une petite fantaisie avec les versions. Celles-ci portent toujours le nom d’un animal affublé d’un adjectif absurde qui doit commencer par la même lettre que le nom qu’il qualifie. La toute première était Ubuntu 4.10 Warty Warthog, c’est-à-dire Phacoshère verruqueux. La version actuelle, Hippopotame Hirsute, a succédé à Groovy Gorilla qui signifie Gorille sensationnel. Tous les deux ans, sort une version dite LTS, c’està-dire supportée à long terme (Long Term Support).

Points positifs

Ubuntu est une distribution accessible au grand public. Toutes les opérations de maintenance sont effectuées par interface graphique. L’utilisation de la ligne de commande est réduite à son strict minimum. Je la conseillerais aux débutants, d’autant plus que la documentation est fournie et mise à jour par une communauté de bénévoles passionnés. Si vous avez besoin d’aide, il y aura toujours quelqu’un pour vous dépanner ou vous conseiller.

Points négatifs

Je trouve que c’est une distribution qui stagne. C’est mon ressenti personnel. J’aurais attendu de la part d’Ubuntu plus d’innovations. Plusieurs de ses projets ont échoué:

  • L’environnement de bureau Unity,
  • La version destinée aux smartphones Ubuntu Touch.

J’ai un rapport ambigu avec Ubuntu, car c’est elle qui m’a introduit dans l’univers Linux mais elle n’a pas su me convaincre de lui rester fidèle.

DEBIAN

Debian est la distribution qui a donné naissance à Ubuntu. Elles ont beaucoup de choses en commun, comme par exemple le gestionnaire de paquets apt (advanced packaging tool). Celui-ci permet de mettre à jour la distribution. Il permet également d’installer ou de supprimer des logiciels en utilisant une interface de lignes de commande qu’on appelle plus communément le terminal.

Points positifs

Si je devais choisir un adjectif pour qualifier Debian, ce serait fiable. Avec Debian, vous ne serez jamais déçu. C’est du solide. C’est du sérieux. Pas de mauvaise surprise à attendre avec cette vénérable distribution qui a une réputation de grande stabilité particulièrement appréciée par les administrateurs réseau.

Points négatifs

Debian privilégie la stabilité ET la sécurité, ce qui a pour conséquence que les logiciels installés ne sont pas toujours à la dernière version. Debian a la réputation d’être austère et il faut bien reconnaitre qu’on n’est pas en présence d’une distribution de clowns. Elle est également moins grand public qu’Ubuntu car elle nécessite d’avoir davantage recours à la ligne de commande.

Linux Mint

Linux Mint est une distribution basée sur Ubuntu. Jje la conseillerais aux débutants car tout comme Ubuntu, la maintenance s’effectue en mode graphique. Elle truste toujours les premières places dans le classement de distrowatch, ce qui est normal car elle est complètement tournée vers l’expérience utilisateur.

Points positifs

Linux Mint est une belle distribution, agréable à regarder, et avec un degré de personnalisation élevé. Je la conseille avec l’environnement de bureau Cinnamon.

Points négatifs

Linux Mint ne communique pas toujours efficacement lorsqu’elle sort une nouvelle version, ce qui fait que certains utilisateurs oublient de mettre à niveau leur distribution. Cela peut avoir de fâcheuses conséquences.

Lubuntu

Lubuntu signifie Light Ubuntu. C’est la version légère de sa grande soeur. Elle est appropriée pour les vieux ordinateurs dotés d’une configuration modeste. Si vous avez par exemple un petit netbook avec un processeur cadencé en 32 bits, ce qui est mon cas, Lubuntu devrait faire l’affaire.

Points positifs

Légère.

Points négatifs

Les fonds d’écran sont affreux. C’est un cauchemar pour les yeux. À remplacer si possible par Xubuntu destinée elle aussi aux ordinateurs dotés d’une configuration légère.

Mageia

Ah! Mageia… Divine surprise. Mageia est une distribution française (Cocorico!) maintenue par une communauté entièrement bénévole. J’avais des a-prioris sur cette distribution qui se sont très vite dissipés après l’avoir installée. Mageia, c’est la classe et ça tient la route en terme de stabilité. Le gestionnaire de paquets est DNF. Mageia peut très bien convenir aux débutants.

Points positifs

Portée par une association de bénévoles, c’est une belle distribution, qui a de la gueule et qui donne une impression de qualité. On est indubitablement dans l’esprit Linux.

Points négatifs

La communauté m’a semblé froide. J’ai remonté deux bugs et j’avais vraiment le sentiment de discuter avec des cyborgs. Pas de bonjour, ni d’au-revoir. Même si mes bugs ont été pris en compte, j’avais le sentiment de déranger. Cela a été pour moi une expérience particulièrement désagréable. Un « Bonjour », c’est gratuit et ça fait plaisir.

openSuse

openSUSE nous vient d’Allemagne. Je l’ai installée et utilisée quelques semaines. Suse signifie Software und System-Entwicklung (développement de logiciels et de systèmes).

Points positifs

Deutsche Qualität. Ça tient la route. On n’est pas chez des guignols, et la distribution est plutôt jolie.

Points négatifs

Une impression de lourdeur… Entre le moment où vous pressez le bouton d’alimentation de votre ordinateur et le moment ou le bureau se matérialise, votre barbe pousse.

Archlinux

Ma distribution préférée… Archlinux n’est pas conseillée pour les débutants. Elle est clairement réservée aux geeks. L’installation s’effectue en lignes de commande. C’est assez effrayant la première fois mais au bout du compte, vous vous retrouvez avec une distribution unique. Le gestionnaire de paquets s’appelle Pacman et le site s’appelle archlinux.org. Si vous voulez une Archlinux qui s’installe et se configure aussi facilement qu’une Ubuntu, tournez-vous vers ses deux distributions-filles : Manjaro et surtout EndeavourOS. Cette dernière est de plus en plus populaire et c’est parfaitement mérité.

Points positifs

Archlinux est personnalisable à outrance. Son installation a un côté pédagogique puisqu’elle vous permet de comprendre comment fonctionne une distribution Linux. Le partitionnement, le montage des partitions et le chroot n’auront plus de secret pour vous. Je n’ai jamais réussi à trouver une distribution qui démarre aussi vite qu’Archlinux.

Points négatifs

La documentation officielle (archlinux.org) est un boui-boui d’hyperliens qui complique notoirement la recherche d’informations.

Ma distribution Archlinux avec son menu fait maison

Emmabuntüs

Voilà bien une distribution qui sort de l’ordinaire. Basée sur Debian, elle a vu le jour dans les ateliers d’Emmaüs. Sa mission est claire : ressusciter des ordinateurs frappés d’obsolescence programmée et lutter contre la fracture numérique, notamment en Afrique, en proposant un système d’exploitation très complet permettant de travailler hors-ligne et par conséquent de ne pas être à la merci d’une connexion plus qu’aléatoire. Le projet est de plus en plus populaire. J’ai été bénévole une année au sein du collectif, avant que des problèmes de santé ne m’obligent à arrêter, mais j’en garde un très bon souvenir.

Points positifs

Pour communiquer entre eux, Les membres du collectif utilisent des mots tombés en désuétude dans le monde informatique comme par exemple Bonjour ou Amitiés. Bonjour signifie qu’on souhaite à son interlocuteur tout le meilleur pour la journée en cours. C’est un mot-valise formé avec l’adjectif bon et le nom jour. Amitiés ou cordialement sont des mots utilisés à la fin des messages pour prendre congé de son interlocuteur.

Emmabuntüs défend la nécessité de replacer l’être humain au coeur de notre contrat économique et social. Tout ne peut pas s’acheter et se vendre.

Points négatifs

La profusion d’applications donne à Emmabuntüs un côté un peu chargé mais qui s’explique par le fait que cette distribution est amenée à fonctionner dans des environnements où la connexion réseau est fragile. Par conséquent, elle embarque du lourd. On peut tout de même s’interroger sur la nécessité d’avoir Abiword à côté de Libreoffice.

Je n’ai jamais trop compris la numérotation des versions, du style Emmabuntus DE 3 10.1 3.05… C’est assez obscur et cela mériterait sans doute d’être repensé, peut-être en remplaçant ces chiffres par des êtres humains ayant contribué à aider leur prochain.

Chroniques terriennes – 3. La forteresse du temps

Quelle que soit la forme géométrique de notre univers, Nous avons toujours l’impression que nous pouvons évoluer sans contrainte dans trois dimensions spatiales. Nous pouvons avancer, faire demi-tour, tourner à droite puis à gauche… Elles ne sont pas un carcan mais un espace de liberté. À contrario, nous avons le sentiment que nous subissons le temps. Notre existence est prisonnière de cette dimension dont l’unique mission, nous semble-t-il, est de nous accompagner jusqu’à la mort. Le temps est un tapis roulant unidirectionnel que nous ne pouvons pas prendre à contre-sens. Notre ressenti est que la dimension du temps, contrairement aux trois dimensions spatiales, n’est pas un espace de liberté multidirectionnel.

Mais arrêtons-nous un instant et prenons le temps de réfléchir. Est-ce que les trois dimensions spatiales sont vraiment multidirectionnelles ? Je n’en suis pas convaincu. J’ai le sentiment qu’à l’instar de la dimension temporelle, elles sont unidirectionnelles. C’est le fait que nous nous déplacions sur la surface fermée et sans bord d’une sphère, qui nous donne cette impression de multidirectionnalité. Nous pensons que nous pouvons revenir en arrière mais en fait, nous nous déplaçons toujours vers l’avant. Nous n’avons pas besoin de marche arrière puisque la surface sur laquelle nous évoluons est fermée et sans bord. Si j’ai oublié mon portefeuille à la maison, je fais un demi-tour et je reviens sur mes pas mais toujours en marche avant. Je ne rembobine pas la séquence ! Curieusement, mon demi-tour est une marche avant, pas une marche arrière. Je sais que c’est difficile à conceptualiser mais avec un peu d’effort, on y parvient.

Vous allez me rétorquer qu’il y a tout de même une différence entre l’espace et le temps puisque lorsque nous sommes plongés dans les bras de Morphée, nous ne nous déplaçons pas. Les dimensions spatiales sont donc neutralisées, mais pas la dimension temporelle qui continue sa route. Le temps ne dort jamais… Nous nous couchons à vingt-deux heures pour nous réveiller à sept heures. Ce raisonnement est faux. Lorsque nous dormons, nous sommes en mouvement. Même au fond de notre lit, nous nous déplaçons autour du soleil. Et Dieu merci, il nous est impossible d’arrêter la révolution de notre planète-mère, sous peine de voir cette dernière précipitée vers le soleil avec tout ce qu’elle porte. Il n’y a donc aucune différence avec la dimension temporelle. Les dimensions spatiales se comportent de la même manière. elles ne connaissent que le mouvement. Nous sommes toujours en mouvement, et c’est parce que nous sommes toujours en mouvement que le temps s’écoule de tΑ (t-Alpha) à tΩ (t-Omega). Si toutes les structures de notre cosmos s’arrêtaient de tourner autour de leur axe respectif (les satellites autour de leur planète, les planètes autour de leur soleil, etc.), est-ce que le temps s’arrêterait ? Oui, car ce dernier est lié aux trois dimensions spatiales. L’une d’entre elles ne peut pas être à l’arrêt alors que les autres sont en mouvement. C’est comme un corps. Si vous voulez vous déplacer, vous avez besoin de vos deux jambes. Sans le mouvement synchrone de toutes les dimensions qui le constituent, le cosmos se figerait dans un état non pas d’éternité mais d’atemporalité.

J’aime bien la métaphore du DVD car elle nous explique clairement le fonctionnement de notre univers. Imaginez un instant que vous êtes Dieu et que vous vous êtes amusé à coder et graver votre propre univers sur un DVD. Lorsque vous appuyez sur la touche Lecture de votre DVD-Univers, celui-ci se met à tourner. Il tourne du point temporel  au point temporel tΩ, déroulant une histoire. Le DVD tourne encore et toujours et si vous décidez d’appuyer sur la touche Stop, l’univers que vous avez gravé ne disparaît pas mais il se transforme ou plutôt il redevient un support de stockage d’informations inerte. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, si vous arrêtez le mouvement, vous arrêtez le temps…

Chroniques terriennes – 2. Quelle est la forme de notre univers ?

Notre Univers est une bulle gouvernée par la vie et la mort. Mais quelle est sa forme ? Malgré tous nos efforts, notre esprit ne parvient pas à modéliser celle-ci. Et s’il s’agissait d’une hypersphère à quatre dimensions spatiales ? Nous savons tous ce qu’est une sphère. Il s’agit d’une forme géométrique composée de tous les points situés à égale distance d’un point nommé centre, dans un espace tridimensionnel. La sphère est une figure géométrique finie et infinie que l’on retrouve partout dans notre univers, à commencer par notre planète. Elle est absolument fascinante car bien que sa surface soit fermée, elle est sans bord ! c’est-à-dire que rien ne nous empêche de toujours nous diriger droit devant. La surface d’une sphère n’a pas de bord et pourtant, sans l’aide d’un engin spatial, il est impossible de nous en évader. Nous sommes dans une prison sans barreaux et sans murs d’enceinte.

Notre pouvons penser que notre Univers est une sphère et que nous vivons à l’intérieur de cette dernière. Mais si c’était le cas, cela signifierait que nous pourrions atteindre son bord extérieur. Cela signifierait également que la Lune ou la planète Mars seraient plus ou moins enfoncées que la Terre par rapport à un point central de référence. Or, tout comme la surface d’un cercle ou d’une sphère, notre univers n’a pas de point central de référence… Quel est le centre de la surface de la Terre ? Washington, Caracas ou Mesnard-La-Barotière ?

Si notre Univers n’a pas de point central de référence, c’est peut-être parce que nous vivons DANS sa surface, et que celle-ci est fermée et sans bord. Les galaxies, les planètes, les étoiles, les astéroïdes, tout ce que nous connaissons est prisonnier de la surface d’une hypersphère, figure géométrique spatio-temporelle que nos sens sont incapables de conceptualiser, faute de vivre à l’extérieur et d’en avoir une vision globale. Tout ce que nous voyons, c’est l’intérieur d’une surface. Pour rejoindre la Lune, les astronautes du programme Apollo se sont déplacés dans la surface de notre Univers ! Ils ne se sont pas enfoncés vers la Lune ! Pourquoi les planètes sont-elles sphériques ? Parce que si elles étaient en forme de cube, elles resteraient immobiles à la surface du cosmos. Elles ne pourraient pas se déplacer autour du soleil. Les planètes, les lunes et les étoiles sont des galets polis par la matière noire de l’univers.

Revenons à la sphère. Si nous empruntons le chemin appelé diamètre, nous nous enfonçons à l’intérieur de l’objet géométrique, et cet intérieur est fermé par un bord qui représente la surface de la sphère. Si, à l’instar du Professeur Lidenbrock, personnage créé par Jules Verne, nous nous enfonçons dans les entrailles de la Terre en empruntant la cheminée volcanique du Snæfellsjökull, et que nous suivons scrupuleusement le chemin de randonnée appelé diamètre, nous entrerons dans un objet fermé dont le bord est la surface. Alors la question qu’on peut se poser est la suivante : est-il possible de descendre à l’intérieur de notre Univers ? Est-il possible de rejoindre plus rapidement un point de la surface de notre hypersphère situé à l’autre extrémité du chemin appelé diamètre ? Où sont les volcans spatiotemporels qui nous permettraient de nous lancer dans une pareille aventure ? Est-ce que ce sont les trous noirs ? Et qu’y-a-t-il à l’intérieur de notre Univers. Que trouvera-t-on dans ses entrailles si nous avons un jour la possibilité d’effectuer ce voyage ? Dans la mythologie grecque, le Royaume d’Hadès, également appelé les Enfers, est l’endroit où séjournent les âmes après la mort. Les Enfers sont circonscrits par le Royaume de la Nuit, lequel s’étend peut-être jusqu’a la surface de notre univers.

Chroniques terriennes – 1. Mort et transplantation de conscience

La mort marque l’instant précis où un être vivant n’est définitivement plus en capacité d’assurer l’équilibre de ses fonctions physiologiques. Dans notre espace-temps, cette rupture entropique provoque chez l’organisme en question, un effondrement brutal de son architecture biologique et une extinction immédiate de sa conscience. D’un point de vue médical, la mort est l’arrêt irréversible de l’activité cérébrale. Par conséquent, un cœur qui cesse de battre n’est pas synonyme de mort. Une conscience altérée ou abolie ne l’est pas non plus. Le sommeil est une perte de conscience qui n’est pas mortelle, et une transplantation cardiaque n’altère ni l’activité cérébrale, ni la personnalité du patient qui en bénéficie.

En revanche, si la science était capable de transplanter un cerveau, elle tuerait le receveur puisqu’elle lui offrirait une autre conscience avec d’autres souvenirs. En fait, dans l’éventualité où cette opération serait réalisable, les rôles seraient inversés. Le donneur se transformerait en receveur. Au réveil, en plus d’un nouveau corps, il retrouverait sa conscience et ses souvenirs. Cela signifie que nous pouvons seulement transplanter des corps, mais pas des cerveaux. Donner un nouveau cerveau à un être humain, c’est le condamner à mort. Pourquoi ? Parce que le rapport à l’existence est intimement lié à la conscience bien sûr, mais aussi à la mémoire, faculté qui permet de situer les événements sur la flèche du temps passé et de se projeter dans le temps futur. Sans la mémoire, la conscience serait comparable à un disque dur détruisant ses données juste après les avoir enregistrées ! La mémoire, c’est la vie. Même les virus en possèdent une. Cela leur permet de muter. Nous avons le sentiment d’être en vie car notre conscience est capable de stocker le passé dans une mémoire persistante, laquelle est accessible à partir du présent. Nous nous connectons à la dimension du temps grâce à la mémoire. Une personne frappée d’amnésie est toujours vivante biologiquement, mais s’il ne lui reste plus aucun souvenir, elle est morte.

À présent, imaginons que dans un futur plus ou moins proche, les progrès de la science nous autorisent à faire une sauvegarde de notre conscience et de notre ADN sur un support de stockage externe. Sait-on jamais… Une puce implantée dans notre cerveau effectuera tous les jours un backup de notre système sur deux disques durs. Ces derniers seront conservés dans des bunkers ultrasécurisés situés sur le continent antarctique et sur la planète Mars. À l’âge de trente ans, notre conscience sera transférée dans le cerveau vierge d’un corps de vingt ans codé et cultivé en laboratoire grâce à notre sauvegarde ADN. Nous aurons des capacités cérébrales de plus en plus développées dans une enveloppe corporelle qui ne dépassera jamais les trente ans. En cas d’accident grave entrainant une incapacité permanente ou, dans le pire des cas, notre décès, nos sauvegardes nous permettront de recouvrer toutes nos facultés. Bien que morts, nous serons en mesure de revenir à la vie. Mais ce miracle ne sera pas synonyme de résurrection, et nous ne pourrons toujours pas savoir ce qui se cache derrière la frontière de l’au-delà, car la sauvegarde qui nous permettra de revivre, aura été faite avant de mourir. Tant que la nature de l’âme échappera à notre science, l’observation directe de la mort à partir de notre espace-temps nous sera interdite. Le jour où nous serons capables d’exécuter des sauvegardes et des transplantations de conscience, nous pourrons indéfiniment repousser la mort. Cela dit, indéfini n’est pas synonyme d’infini ! Cette succession de backups ne nous permettra pas de nous évader de l’espace-temps.

Nous n’aurons plus besoin de faire des enfants. Ce sera une humanité de trentenaires complètement figée, dotée d’une capacité cérébrale toujours plus puissante mais incapable de s’émerveiller et de se poser des questions pleines de naïveté sur l’univers. Ce sera un monde qui pourra se passer de Dieu mais qui n’échappera pas à l’enfer, car la vie sans cette fragilité qui la rend si précieuse, perdra toute sa saveur.

La vie, c’est la capacité à conserver l’équilibre dans un état de perpétuelle instabilité qu’on appelle le présent. Être en vie, c’est marcher sur le fil ténu de l’instant présent. Lorsque l’équilibre est rompu, nous tombons dans le passé, et au terme de notre chûte, c’est la mort qui nous accueille dans ses bras. Mourir, c’est être définitivement chassé du présent. Si nous sommes en vie, c’est parce que nous parvenons à conserver l’équilibre entre le passé et le futur. Pourquoi avons-nous besoin de boire et de manger, d’aller aux toilettes, de dormir ? Pourquoi devons-nous respirer ? Eh bien parce que nous sommes des déséquilibrés… Or, pour compenser ce déséquilibre et continuer notre numéro de funambule, nous n’avons pas d’autre choix que de trouver des sources d’énergie externes. Ce sont l’air, l’eau, la nourriture et le sommeil qui nous permettent de tarer correctement la balance de la vie. Si mes explications vous paraissent obscures, arrêtez de respirer. Dans trois minutes, ça deviendra plus clair dans votre esprit…