3-Dan’iel (récit d’anticipation)

– Les cavaliers de l’Apocalypse?

– Oui… Les cavaliers de l’Apocalypse… Est-ce que tu as déjà lu la Bible mon petit?

– Non, jamais. Je me souviens en avoir vu un exemplaire chez un ami d’enfance. Le poids et l’épaisseur de l’ouvrage m’avaient étonné. Son père le conservait dans un tiroir fermé à clé mais mon ami avait réussi à localiser la cachette et lorsqu’il était tout seul à la maison, il se plongeait dedans. Il prétendait que la Bible racontait l’histoire du monde.

– C’est exact. Elle raconte l’histoire du monde de ses origines jusqu’à la Grande Extinction.

Dan’iel me fixait intensément, sans prononcer un mot. Je me suis redressé sur mon siège afin de pouvoir fouiller mes poches de pantalon plus facilement. J’en ai sorti un trousseau de clés que je lui ai tendu en prenant soin de lui montrer celle dont il avait besoin:

– Va dans ma chambre et ouvre le second tiroir de mon bureau. À l’intérieur, tu trouveras une Bible. Apporte-la moi, s’il te plaît.

Dan’iel s’est levé de sa chaise sans hésitation. Apparemment, sa curiosité était plus forte que la pesanteur terrestre. Au bout d’une minute, il est réapparu tenant fermement entre ses mains le précieux ouvrage, comme s’il avait peur que celui-ci se brise en mille morceaux si par malheur il le laissait tomber. J’ai écarté mon assiette et mon verre et je lui ai demandé de poser la Bible sur la table. Puis, je lui ai dit:

– Cet ouvrage, qui compte deux mille pages, commence par le livre de la Genèse et se termine par l’Apocalypse. Les premiers versets décrivent l’instant primordial. Je me souviens qu’avant la Grande Extinction, on utilisait plutôt le terme Big Bang pour décrire cette naissance cosmique. Mais cette expression laissait croire que tout avait commencé par une gigantesque explosion, ce qui n’est pas le cas. Notre univers est issu d’une dilatation rapide à partir d’un instant dit zéro. Il a eu un commencement et comme il se refroidit inexorablement, il aura une fin. Tout ceci a d’abord été calculé par des scientifiques, puis confirmé par des observatoires spatiaux tels que WMAP… Et curieusement, cela correspond au récit de la création du monde tel qu’il est décrit dans la Genèse. Certes, dans la Bible, le processus a duré six jours, alors que dans la réalité, cela a pris treize milliards d’années. Mais il ne faut pas oublier que le récit biblique s’adressait à des êtres humains qui n’avaient pas de connaissances en astrophysique et encore moins de télescope spatial à leur disposition! C’est la raison pour laquelle il est largement imagé… mais pas imaginaire. Il raconte exactement la même histoire!

Dan’iel m’a demandé s’il pouvait voir le livre de plus près. Je lui ai répondu par un signe de tête affirmatif. Il a pris la Bible et l’a pivoté à l’endroit. Il tournait les fines pages avec une extrême précaution, comme s’il se trouvait dans la salle d’archives d’un musée en train de feuilleter un fragile manuscrit du moyen-âge. Mais ma Bible n’avait que cent un ans. Je me l’étais offerte pour Noël 2021.

Dan’iel a pris le temps de lire à haute voix le chapitre 1 du livre de la Genèse. J’aurais pu l’écouter pendant des heures. Douce et grave à la fois, sa voix enveloppait chaque mot. Sa lecture terminée, il referma lentement la Bible avant de fermer les yeux et de poser ses mains sur la couverture, dans un geste qui ressemblait à une bénédiction. Puis, il a dit:

– Tu m’as parlé des Cavaliers de l’Apocalypse, dont l’arrivée a précédé la Grande Extinction. Qui étaient-ils au juste?

– Ils étaient au nombre de quatre. Ils se sont d’abord attaqué à notre sommeil.

– Comment ça?

– Nous étions de plus en plus nombreux à faire des cauchemars. Ils étaient en nous, enfouis dans notre esprit depuis la nuit des temps, et nous les avons réveillés. Ils ne sont pas descendus du ciel. Ils sont remontés à la surface de notre réalité.

– Mais, le livre de l’Apocalypse est un récit très imagé.

– Cela s’est passé conformément aux écritures. Le premier cavalier montait un cheval dont la robe était d’un vert pâle indéfinissable. Il a libéré le Covid-19 du laboratoire P4 de Wuhan. Puis, à la faveur du réchauffement climatique, il a réveillé plusieurs virus gelés dans le permafrost sibérien… des organismes contre lesquels l’être humain n’était pas immunisé. Le second cavalier montait un cheval rouge sang. Il a déclenché la troisième guerre mondiale et les bombardements nucléaires qui ont transformé une grande partie de l’hémisphère nord en un champ de ruines inhabitable. Le troisième cavalier montait un cheval blanc. Il a détaché l’immense glacier Thwaites de l’Antarctique. Le grand continent blanc s’est disloqué. Les côtes les plus basses ont été submergées par la montée des océans. Le quatrième cheval était noir. Il était monté par la mort et il a emporté presque toute l’humanité. Il n’est pas possible de déterminer précisément combien d’êtres humains ont survécu. Nous n’étions probablement plus que quelques dizaines de millions.

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