15. Jésus ou la Parole de Dieu sous licence libre

Le personnage de Jésus, dans son impénétrable mystère, a toujours exercé sur moi une profonde fascination. Aucun être humain n’a autant marqué l’histoire de l’humanité que ce prédicateur galiléen, charpentier de formation et vagabond sur les bords. Il est fort probable qu’il savait lire et écrire. Pourtant, Il a choisi de ne laisser aucune trace écrite de son passage sur la Terre, au risque de voir son enseignement s’évaporer et disparaître à tout jamais dans le trou noir du passé.

Heureusement, ses apôtres ont pris soin de consigner ses paroles par écrit pour faire en sorte qu’elles nous parviennent, intactes. Mais que cache ce choix de communication particulièrement risqué? Qui de nos jours, à l’heure de la toute puissance des réseaux sociaux prendrait le risque de baser tout son enseignement sur la tradition orale, sans prendre soin de conserver celui-ci sur un support de stockage? Personne… Cela signifie qu’avant même de diffuser la Parole de Dieu, Jésus savait que celle-ci était assez puissante pour traverser le temps sans se dissoudre. Elle allait germer naturellement dans la conscience humaine et se disperser au gré des interactions sociales, non pas comme un virus, mais comme un médicament.

Jésus aurait très bien pu suivre une autre voie. Il aurait pu opter pour la sédition et convaincre ses disciples de le suivre sur le chemin de la violence. Il avait pour cela, suffisamment d’ascendant sur les esprits de ses contemporains. Mais si tel avait été son choix, on ne parlerait plus de lui aujourd’hui. Il aurait sombré dans l’oubli et le souvenir de ses miracles également. Au lieu de cela, il a choisi de nous délivrer un message simple, accessible à tous mais d’une immense sagesse et contre lequel les balles des fusils d’assaut sont impuissantes. Le Verbe n’appartient pas à notre dimension, il n’est pas soumis aux lois physiques de notre espace-temps. Aujourd’hui encore, après avoir traversé deux millénaires, les mots de Jésus restent incroyablement modernes et pertinents. Le temps, vecteur de la mort, semble impuissant face à la force du Verbe. Il est tout aussi étrange de constater que l’enseignement de Jésus ne s’impose pas à nous par la contrainte mais par la liberté. Certaines de ses paroles sont un étonnant exercice de réponse quantique à des questions qui attendaient un oui ou un non ferme. Souvenons-nous de cette femme adultère promise à la mort par lapidation.

Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre.

Jésus nous place devant nos responsabilités. Nous sommes libres de choisir entre la violence et/ou le pardon. Cette décision nous appartient. Elle est le fruit de notre conscience d’être humains libres. Personne ne nous force la main, et il n’est pas exclu que nous devions répondre de nos actes devant la justice terrienne, au cas où, sains de corps et d’esprit, nous prêterions allégeance à la violence voire à la barbarie, ou tout simplement si nous embrassions en toute bonne foi une mauvaise cause. Mais nous avons l’intuition qu’au fond de notre cellule, il ne sera jamais trop tard pour implorer le pardon. Pour peu que nous laissions le Verbe imprégner notre esprit, alors notre cachot mental s’ouvrira directement sur le salut.

Sans tenir un long discours, mais seulement en une phrase, Jésus réussit à convaincre tous ceux qui s’attendaient de sa part à une condamnation sans équivoque de la femme adultère, à se retirer sans exercer sur cette dernière le moindre acte de représailles. Fort logiquement, c’est le plus âgé des accusateurs qui s’est retiré le premier. Le dernier était le plus jeune. Jésus a-t-il exercé sur eux la moindre pression? Non… Il s’est juste contenté de répondre à la terrible question qu’on lui posait, par une phrase dont la sagesse est si puissante qu’elle en est surnaturelle. Au bout du compte, ces pharisiens prisonniers de leur certitude ont pris librement la décision d’ouvrir la porte de leur cachot mental. Ils se sont sauvés en même temps qu’ils sauvaient la vie de la femme adultère. Leur fuite a été leur salut.

Dans cet épisode rapporté par les évangiles, on voit pour la première fois Jésus qui trace quelques signes dans le sable avec son doigt. Aucune de ses actions n’est inutile. S’il a fait ça, ce n’est pas par hasard ou parce qu’il s’ennuyait. Peut-être a-t-il voulu nous faire comprendre que la loi n’était pas gravée dans la pierre par un Dieu autoritaire mais qu’elle était écrite dans le sable, une matière dont la nature granulaire confère à l’être humain le pouvoir d’effacer et de réécrire. Là encore, Jésus nous parle de liberté. Par ces quelques signes dans le sable, le charpentier de Nazareth nous invite à abandonner notre burin et notre marteau pour un outil directement connecté à notre esprit, l’un de nos dix doigts en l’occurrence. Il nous suggère de réécrire en permanence non pas une loi qui fera de nous des esclaves mais bien une loi qui se mettra à notre service. Est-ce qu’il a écrit dans le sable les premiers mots de ce contrat social ou bien s’est-il contenté de tracer un cadre pour bien signifier que la loi ne devrait jamais être celle du plus fort mais toujours celle du plus faible?

Si Jésus était l’un de nos contemporains et qu’il décidait de protéger son enseignement, il choisirait sans doute une licence libre, par exemple la version CC-BY-SA. Voici le premier paragraphe de l’article de Wikipédia consacré aux licences libres:

Une licence libre est une licence s’appliquant à une œuvre de l’esprit par laquelle l’auteur concède tous les droits ou une partie des droits que lui confère le droit d’auteur, en laissant au minimum quatre droits considérés fondamentaux aux utilisateurs :

  1. usage de l’œuvre,
  2. étude de l’œuvre pour en comprendre le fonctionnement ou l’adapter à ses besoins,
  3. modification (amélioration, extension et transformation) ou incorporation de l’œuvre en une œuvre dérivée ,
  4. redistribution de l’œuvre, c’est-à-dire sa diffusion à d’autres usagers, y compris commercialement.

Le premier point correspond à la pratique de la foi, laquelle doit être la conséquence d’un choix libre et éclairé. C’est le cas dans le christianisme. Le deuxième point nous invite à étudier l’œuvre pour en comprendre le fonctionnement et l’adapter à nos besoins. Pour cela, nous devons nous transformer en exégètes. Le troisième point est celui qui a permis à Jésus d’apporter aux êtres humains la Bonne Parole que les apôtres ont pris soin de compiler dans le nouveau testament. Couplé à la version précédente 1.0, ils forment la Bible. Le quatrième point nous invite à évangéliser, c’est-à-dire à diffuser la Parole de Jésus. Elle est libre et gratuite, ce qui n’est pas forcément le cas des supports pédagogiques sur laquelle elle est fixée, par exemple la Bible.

En conclusion, on peut dire que Jésus a sans doute été le premier disciple de la licence libre car il nous a offert une œuvre open source qu’aucun être humain n’est en droit de s’accaparer. Son enseignement appartient pour toujours à l’humanité toute entière.

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