Chroniques terriennes – 10. Si l’humanité s’évaporait

En trois millions d’années, un laps de temps très court par rapport à l’âge de notre espace-temps, la famille des hominidés est passée du premier outil de pierre taillée au grand collisionneur de hadrons capable, en désintégrant la matière, de percer ses secrets les plus intimes.

La famille des hominidés comprend le genre homo, dont le dernier représentant est l’homo sapiens, c’est-à-dire l’être humain. Tous les autres se sont éteints. Imaginons maintenant qu’à cause d’un virus extrêmement agressif échappé d’un laboratoire, toute l’humanité disparaisse en quelques jours. Que se passerait-il ? La planète serait plongée dans un silence que nous n’avons jamais connu, pas même au cœur du confinement anti-Covid. Il n’y aurait plus de circulation automobile, plus de passants arpentant les trottoirs des grandes villes, plus de musique dans les magasins, plus de tondeuses à gazon annonçant l’arrivée du printemps. Nous sommes les enfants de la civilisation des décibels. Pour nous, le bruit est synonyme de vie. Il est partout.

Si l’humanité disparaissait brutalement, Dieu pourrait entendre le silence. La Terre continuerait sa révolution autour du soleil mais sans faire de bruit. Les rues seraient jonchées de cadavres en décomposition, la main crispée sur leur téléphone portable. Ce symbole de notre civilisation serait sans doute le premier appareil à s’éteindre définitivement, faute de charge dans la batterie. Les centrales nucléaires continueraient de produire de l’électricité pour un monde qui n’en aurait plus besoin. Les animaux de compagnie mourraient de faim ou seraient dévorés par des animaux sauvages s’appropriant les territoires urbains dans une triomphante reconquista. Très vite, les plantes pousseraient dans les moindres anfractuosités des bâtiments et des routes. Elles écarteraient les pierres, perceraient le bitume pour permettre à d’autres plantes de se développer et de devenir des arbres. Elles se décomposeraient sur place et au fil des années, finiraient par former une épaisse couche d’humus recouvrant les rues et les routes. Faute d’entretien et rongés par une végétation qui n’aurait plus d’ennemis, les bâtiments humains, aussi imposants soient-ils, finiraient par s’écrouler. Seules subsisteraient les pyramides d’Égypte parfaitement intégrées à leur environnement. La Tour Eiffel ne recevrait plus sa couche de peinture septennale. Rongée par la rouille, ce symbole de l’orgueil humain, ce sexe en érection depuis des siècles, au cœur de ce qui fut la plus belle ville du monde, finirait par s’écrouler dans un fracas assourdisant. Les forêts se lanceraient à la reconquête des territoires perdus il y a bien longtemps. Elles envahiraient lentement les grandes plaines agricoles péniblement défrichées par l’être humain. La nature finirait par tout recouvrir et tout digérer, à son rythme. Main dans la main avec la mort, la vie pullulerait. Après quelques centaines de millions d’années, toute trace de la civilisation des homo sapiens, derniers représentants du genre homo sur la planète Terre, aurait disparu… Et tout ceci, dans le plus grand des silences…

Nous appartenons peut-être à la dernière génération, celle qui écrit l’ultime chapitre de l’aventure humaine, en l’occurrence son suicide. Il y aura sans doute des survivants, fragiles traits d’union entre le monde d’avant et celui d’après. Mais au bout du compte, nous allons tous mourir et abandonner notre enveloppe corporelle dans un cimetière enveloppé de silence. Nous avons peur de la mort car celle-ci nous prive de tout. Mourir, c’est abandonner tous ses biens, c’est laisser derrière soi tout ce que l’on possède pour emprunter tout nu, un chemin qui conduit vers l’inconnu.

Tous les hommes meurent libres et égaux en droits.

Il n’y a plus de milliardaires et plus de sans-logis. L’incorruptible mort nous déshabille tous. La boucle est bouclée. C’est le retour au jardin d’Eden, avant qu’Adam et Eve, conscients de leur nudité, ne la dissimule au regard de Dieu, provoquant le courroux de ce dernier. La nudité est un symbole qui signifie que Dieu nous aime tels que nous sommes. Que nous soyons beaux ou laids, athlétiques ou difformes, quels que soient nos talents ou nos tares, nous sommes tels que nous sommes. La nudité, c’est l’absence de jugement. Les animaux ne se couvrent pas et jamais ils ne se permetttent le moindre jugement sur nous. Ils peuvent avoir peur de nos intentions mais ils ne nous font jamais de reproches. L’église chrétienne universelle ne s’interroge pas suffisamment sur le rôle des animaux dans le plan de Dieu. Elle se contente d’enseigner que l’homme est supérieur et qu’à ce titre, il doit les dominer. Pas de promesses de vie éternelle pour nos animaux de compagnie, encore moins pour les animaux d’élevage qui ne sont qu’une source de protéines. Manger de la viande me pose un problème de conscience non pas à cause du fait que ce qui est dans mon assiette est le résultat de la mise à mort d’un être vivant, mais à cause du fait que cette mise à mort n’est accompagnée d’aucun rite.

Avant de manger, nous devrions toujours remercier Dieu ou la nature pour le sacrifice accompli dans le but d’assurer notre survie. En outre, qu’ils soient issus de la faune ou de la flore, nous ne devrions jamais faire la différence entre les êtres vivants. Se définir comme végan, c’est adhérer à une idéologie ségrégationniste qui considère que les mammifères sont supérieures aux autres animaux, et surtout aux plantes. Or, sur quels critères se basent ces spécistes pour affirmer qu’un légume ne souffre pas lorsqu’on l’arrache de sa terre ? Qui donne aux végans le droit de couper des fleurs pour les mettre dans un vase et jouir de leur lente agonie ? Comment savent-ils que les plantes ne pensent pas ? Refuser de manger de la viande pour des raisons idéologiques, c’est établir une hiérarchie des êtres vivants et par conséquent reconnaitre implicitement la supériorité de l’homme puisque lui seul est en mesure d’établir cette hiérarchie.

Manger de la viande, c’est reconnaître que tous les êtres vivants sont égaux. C’est voir dans le requin qui dévore mon semblable, dans le lion qui dévore une gazelle, ou dans l’araignée qui dévore une mouche, des frères et sœurs partageant un objectif commun, celui de rester en vie. En revanche, ce qui est terrifiant et qui constitue un crime dont l’humanité se rend coupable, c’est l’élevage et la mise à mort industrielle de millions d’êtres vivants dans des structures concentrationnaires appelés abattoirs. Ce crime à grande échelle nous déshumanise. C’est la raison pour laquelle j’ai fortement réduit ma consommation de viande. En m’approvisionnant exclusivement auprès de chasseurs de mon village, je connais l’identité de ceux qui ont mis à mort l’animal dont la chair va me permettre de rester en vie. Prenez et mangez-en tous,car ceci est mon corps livré pour vous et pour la multitude. Ces mots de Jésus nous invitent à respecter la nourriture plus que tout. Avec les animaux et les plantes, nous ne formons qu’un seul corps. La mise à mort industrielle des animaux n’a pas sa place dans le plan divin.

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