Chroniques terriennes – 8. L’univers est un jardin

Je vais maintenant vous parler de l’un de mes nombreux centres d’intérêt, en l’ocurrence le jardinage. Cela fait plusieurs années que dans mon petit village du centre-nord de l’Allemagne, je prends soin d’un jardin potager, biologique cela va sans dire. Je cultive des salades, des tomates, des potirons, des carottes, des courgettes, des concombres et même des poivrons ! J’ai beaucoup de plaisir à jardiner. Chaque saison, je me réjouis de pouvoir donner vie à des légumes simplement en dispersant des graines dans un sillon ou dans des pots. Le jardin, c’est un peu comme l’univers. Mettre une graine en terre et l’arroser, c’est déclencher un big bang. À l’origine, la graine est inerte. Certes, elle contient tout le code nécessaire pour devenir par exemple un beau potiron, mais sans un dieu pour l’amorcer, elle reste inerte, comme hors du temps. C’est l’action du jardinier qui, en enrichissant la terre avec du compost et en arrosant la graine, démarre l’espace-temps biologique de cette dernière. Très vite, la graine s’ouvre et devient une plante, laquelle reconnait le jardinier comme son Dieu créateur.

Lorsque je jardine, j’ai conscience que la mort et la vie sont inséparables. Sans la mort, pas de vie, sans la vie pas de mort. Sans me poser de questions, j’arrache les légumes arrivés à maturité et je les dévore vivants. Je n’ai pas le choix. Pour moi, c’est une question de vie ou de mort. J’ai besoin de manger les légumes à qui j’ai donné vie pour compenser mon déséquilibre entropique et ne pas mourir. Le reste, les parties non-comestibles (tiges, feuilles, pépins…) sont jetées sur le tas de compost. Et curieusement, elles se transforment en un substrat d’une richesse telle qu’il devient une source de vie pour les nouveaux légumes. Les tomates ont besoin de cet apport organique issu de la mort et de la décomposition végétale. La mort nourrit la vie qui en retour, nourrit la mort. Vie et mort se promènent main dans la main. C’est en dévorant des légumes et aussi des animaux, que nous pouvons nous reproduire avant que notre activité cérébrale s’arrête définitivement. Pour assurer la survie et la dispersion de nos gènes, nous donnons la vie avant de mourir. En agissant ainsi, nous nous croyons immortels… Alors que c’est tout le contraire ! En nous reproduisant, nous assurons la pérénité de la mort. Je n’ai jamais compris pourquoi l’Église Catholique défendait la croissance et la multiplication de notre espèce. Si notre planète ne comptait plus que quelques centaines de milliers d’âmes, toutes regroupées en Nouvelle-Zélande, ce serait parfait. La nature pourrait se régénérer et l’être humain ne pourrait pas la déséquilibrer.

Notre univers spatiotemporel est un immense centre de recyclage mais ce n’est pas un organisme qui vit en circuit fermé. Il a besoin d’un apport extérieur qui est Dieu ou le jardinier. Peu importe ! Il a besoin qu’une entité supérieure prenne soin de lui. Si le Dieu-Jardinier n’arrose pas ses créatures végétales, alors celles-ci vont se déséquilibrer et mourir… Et si elles meurent, le Dieu-Jardinier qui n’aura plus rien à manger va se déséquilibrer et mourir à son tour, sauf si son Dieu intervient pour le sauver. Tout est lié et tout se tient. On peut alors légitimement se poser la question suivante : Est-ce que le Dieu qui nous a créés, va se déséquilibrer et disparaître s’il nous laisse mourir ? A-t-il tout autant besoin de nous, que nous avons besoin de la puissance de son verbe ? Est-ce que Dieu est mortel ? C’est une idée qu’on ne peut pas écarter… Ce qui expliquerait qu’il se soit fait Homme pour nous sauver, et qu’il ait besoin de nous, pour ne pas perdre l’équilibre. Il est peut-être là le mystère. Pour ne pas mourir, l’être humain ne peut faire autrement que de puiser à la source du Verbe… Et Dieu qui est peut-être beaucoup plus fragile qu’on ne le pense, a besoin non pas de notre verbe mais de notre amour. Tout est lié et tout se tient.

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