Chroniques terriennes – 6. Regain (Jean Giono)

À présent, j’ai envie de vous parler d’espoir et de vous présenter Regain, un livre de Jean Giono qui m’a profondément marqué. C’est un court roman dont l’action se situe à Aubignane, un village fictif de haute-Provence au bord de l’abandon. Après le départ de Gaubert et de la Mamèche, il ne reste plus qu’un seul habitant, Panturle. Ce dernier se retrouve prisonnier de sa solitude. Entouré d’une nature âpre et sauvage et n’ayant plus de contact avec autrui, il passe ses journées à chasser et il se dépouille peu à peu de son humanité.

Et puis un jour, guidée par une force mystérieuse, une femme toute simple prénommée Arsule va croiser son chemin. Grâce à sa présence bienveillante, la vie va renaître dans le petit village d’Aubignane. Panturle va recommencer à travailler la terre abandonnée aux ronces, tandis qu’Arsule va redonner vie au foyer. Ce roman nous parle de la solitude qui peut déshumaniser et rendre fou mais aussi de l’amour tout empreint de simplicité et de respect qui unit deux êtres. Cet amour leur donne la force de panser leurs blessures et de retrouver le goût de la vie. C’est l’histoire d’un homme et d’une femme qui tirent un trait sur leur passé douloureux et qui décident tout naturellement de prendre un nouveau départ. C’est l’histoire d’une résurrection.

C’est également un roman profondément féministe. La femme, source d’équilibre, devient l’égale de l’homme. Avant de rencontrer Panturle, Arsule vivait dans un état d’infériorité par rapport aux hommes qui assuraient sa subsistance. Aux côtés de son nouveau compagnon, elle accède pleinement à la liberté. Il est à noter que bien que l’action se déroule il y a un siècle, il n’est pas question de mariage dans tout le roman. J’ai le sentiment que celui-ci est vu par l’auteur, comme un carcan. Dans ce roman, la nature est omniprésente, non pas celle transformée en sanctuaire et par conséquent interdite d’accès à l’humanité, mais une nature qui s’offre à l’homme. Ce livre exalte le rapport simple de l’homme à la nature qui l’entoure. L’auteur, Jean Giono, nous rappelle que cette dernière n’est pas une déesse, que la terre n’est pas un sanctuaire intouchable. L’être humain devient le gardien d’une nature qui a besoin d’être soignée et dont on ne doit pas en tirer plus qu’il est nécessaire. En contrepartie, celle-ci lui offre tout ce dont il a besoin pour vivre. C’est ce qu’on appelle l’écologie humaine.

Enfin, dans ce livre, le travail n’est pas synonyme d’aliénation. Il a un sens et il permet à l’homme et à la femme de s’émanciper. C’est au fond, un livre où l’être humain retrouve la foi parce qu’elle le rend libre. Je n’ai pas le sentiment que l’auteur exalte des valeurs conservatrices, bien au contraire. Cette histoire de renaissance est pleine de modernité et elle devrait nous interroger sur le chemin que l’humanité est en train de prendre, car nous sommes assurément en route pour des âges sombres. Lisez Regain. Ce livre qui vient du passé est à la fois un manuel de survie et une constitution pour le monde qui s’annonce. Et puis, au détour d’une page, vous allez peut-être ressentir la présence bienveillante de Dieu.