Qui a tué la liberté d’expression

Hier, j’ai regardé une vidéo que j’ai trouvée particulièrement inquiétante. Elle donne la parole à un personnage qui s’appelle Edouard Louis. Originaire d’Hallencourt dans la Somme, ce jeune homme a, selon ses dires, grandi dans un milieu défavorisé. Il a connu le succès avec un premier roman largement autobiographique intitulé En finir avec Eddy Bellegueule.

Dans la vidéo, iI donne son point de vue sur la liberté d’expression, et le moins qu’on puisse dire, c’est que l’apparence fragile de ce jeune homme, par ailleurs agréable à écouter, cache un radicalisme dénué de toutes nuances. Dans le souci de ne plus perdre de temps à discuter avec des gens qui ne partagent pas ses idées, Edouard Louis s’autorise à redéfinir la liberté d’expression selon l’étalon de sa pensée :

La démocratie, c’est aussi la capacité à clore des sujets. La liberté d’expression, ça ne veut pas dire : On vient là et on dit tout ce qu’on veut. La liberté, le progrès, la démocratie, c’est de dire : Il y a des choses qu’on ne peut plus dire. Il y a des choses qu’on ne peut pas dire. On ne peut pas dire : Est-ce qu’il faut tuer les juifs ou pas? On ne peut pas dire : Est-ce que le mariage gay est un problème pour notre civilisation, et pour nos pays? Pourquoi il y a des questions qu’on pose et d’autres qu’on ne pose pas. Ce que ça veut dire c’est qu’il y a des questions qui ne sont pas des questions, il y a des questions qui sont des insultes (…) Est-ce que l’islam est un problème? (…) La question est déjà une insulte.

Le problème, c’est qu’Edouard Louis semble confondre liberté d’expression et incitation à la haine en raison de l’origine ou de l’appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée. Il est juste d’affirmer qu’on ne peut pas tout dire dans une démocratie. Se poser la question de savoir s’il faut tuer les juifs ou bien faire ses courses avec un uniforme de Waffen-SS en saluant la caissière d’un Sieg Heil retentissant vous conduiront à coup sûr devant un juge. On n’est plus dans le cadre légal de la liberté d’expression fixé par la loi. On est dans l’incitation à la haine, laquelle peut conduire à la violence. Il est donc normal que l’exercice de la liberté d’expression soit strictement encadré par une loi que le peuple s’est librement prescrite.

Est-ce que c’est aussi le cas lorsqu’on est contre le mariage gay ? Personnellement, j’y étais favorable au moment de son adoption et je le suis encore. Mais je ne vois pas où est l’incitation à la haine dans le fait d’être contre le mariage gay. C’est l’expression d’une opinion partagée par des concitoyens qui ont une autre vision de la société. Est-ce que le fait de dire je suis contre le mariage hétérosexuel conduit devant un tribunal ? Bien sûr que non. Ça n’aurait aucun sens !

Dans le cas de l’Islam. En quoi est-ce que le fait de se demander si cette religion ne serait pas un problème, est-il une insulte ? Premièrement, le délit de blasphème n’existe pas encore en France. Deuxièmement, on n’a pas le droit de se taire devant certains comportements qui sont une atteinte à la dignité humaine. Je suis catholique et il me semble que le clergé de ma religion a un problème avec la pédophilie, un problème qu’il va bien falloir finir par régler, sous peine de voir les bancs des églises, déjà bien clairsemés, se vider complètement. Ne pas le dire serait de la complicité. Ne pas le dire serait une insulte envers les prêtres qui n’ont rien à se reprocher et qui sont attentifs aux gens qui ne sont plus rien, les malades, les personnes âgées, les détenus…

Or, il me semble que l’Islam a un problème avec la violence et qu’une partie de ses adeptes a un problème avec le fanatisme. Ne pas le dire serait manquer de respect envers toutes les musulmanes et tous les musulmans qui se désolent de voir leur religion prise en otage. Ce que je viens d’écrire n’est pas une insulte. C’est un signe de respect. C’est sans doute aussi une prise de position qui n’est pas anodine, car critiquer l’Islam est plus dangereux pour son intégrité physique que de critiquer le catholicisme ou le protestantisme. Je n’ai pas besoin de peser mes mots lorsque je donne mon point de vue sur la pédophilie dans le clergé catholique. Je sais que je ne risque rien. La probabilité de finir sur un bûcher de l’Opus Dei est insignifiante. Ce n’est pas le cas lorsque je m’exprime sur l’Islam. Je choisis mes mots avec prudence et je ne me sens pas libre d’écrire ce que je veux. Je me permets de rappeler à Edouard Louis, cette citation de Jean-Jacques Rousseau :

L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté.

Vous noterez que Rousseau ne dit pas la liberté ou ma liberté. Il dit Liberté. Ma liberté est une expression qui n’a aucun sens. La liberté n’appartient à personne. Elle se partage. Il n’est donc pas possible d’en imposer à autrui sa propre conception. Le seul qui est autorisé à définir précisément ce qu’est la liberté, est le législateur car il en a reçu la mission par le peuple souverain. Par conséquent, c’est nous-même tous ensemble, qui décidons des limites de la liberté d’expression dans notre pays. Aux États-Unis, le champ d’application de cette dernière est beaucoup plus large. C’est le choix souverain du peuple américain. Mais ce qui est curieux et inquiétant, c’est que depuis la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, la France a petit à petit limité la liberté d’expression au point d’être devenu dans ce domaine, le pays occidental le plus restrictif.

Et ce qui est encore plus inquiétant, c’est que nous assistons à la radicalisation de toute une génération, celle née entre 1990 et 2005, pour qui les mots débat, dialectique, modération et vivre ensemble sont complètements étrangers, une génération à l’orthographe de plus en plus bancale, qui voit des fascistes et des islamophobes à tous les coins de rue. Ce phénomène est sans doute la conséquence de l’effondrement total de la gauche modérée. La nature ayant horreur du vide, le champ de ruines laissé par cette débâcle intellectuelle a immédiatement été investi par les troupes de l’ultra-gauche. Ce phénomène est aussi la conséquence d’une éducation nationale qui a fait le choix de baisser le niveau des examens au nom d’une illusoire équité plutôt que de mettre en place des structures éducatives permettant à chaque élève de progresser à son rythme et de s’épanouir. Ce ne sont pas les professeurs qui sont responsables de ce naufrage, ce sont les politiques… Le résultat de cette lâcheté à visée électoraliste est que les lycéens de terminale ne savent même plus orthographier correctement le mot baccalauréat et ne sont pas capables d’intégrer des concepts tels que la liberté d’expression. Il faudrait pour cela, qu’ils sachent lire.

Est-ce si grave d’être titulaire d’un CAP de boulangerie plutôt que d’un baccalauréat ? Non, car le niveau du CAP de boulangerie est clairement plus haut que celui du baccalauréat. Outre le fait qu’il sache lire et écrire, le boulanger a un métier entre les mains et un avenir. Mais il aura peut-être à se battre contre des étudiants en sociologie complètement déboussolés qui lui interdiront de vendre du pain blanc parce que c’est rassisse. La liberté d’expression est en train de perdre la guerre. Elle ne cesse de reculer, et lorsque le dernier bastion, celui du droit au blasphème, sera tombé, les chasseurs-bombardiers de l’obscurantisme s’attaqueront à ce qui fait de nous des hommes libres, même au fond d’un cachot obscur. Ils bombarderont notre liberté de conscience.

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