La Vendée en Nouvelle-Aquitaine ? Pourquoi pas ?

On dit de La Vendée qu’elle est le seul département qui s’est transformé en province historique. Son acte fondateur, c’est la Révolution Française. Sans elle, ce territoire du Far West serait resté le Bois-pas-tout Bas-Poitou, et aujourd’hui peut-être porterait-il encore ce nom ridicule.

  1. Petit résumé historique
  2. La Vendée est plurielle
  3. L’origine du nom Vendée
  4. L’importance du nom dans la construction d’une identité locale
  5. Les Pays-de-la-Loire, une région sans âme
  6. La Nouvelle-Aquitaine, une région puissante et cohérente

1. Petit résumé historique

Si la révolution fut la sage-femme de la Vendée, c’est une guerre sanglante qui lui a donné une âme, une guerre qu’il faut taire car elle écorne le mythe fondateur de notre nation. En 1793, la France est devenue un régime totalitaire, et comme tous les totalitarismes, elle a fêté ça en se payant un crime de grande ampleur sanctionné par un changement de nom ne laissant aucun doute sur la nature radicale du projet révolutionnaire. Le 18 Brumaire An II, La Vendée fut officiellement rebaptisée le département Vengé. Tout au long du XIXème siècle, les Vendéens ont vécu comme des parias, presque en autarcie, dans un département transformé en zone de non-droit… Mais leur isolement leur a permis de se reconstruire, de panser leurs blessures, de ne plus compter que sur leur forces pour continuer à vivre malgré tout. Ils ont pardonné, car sans le pardon, pas de résurrection.

La Vendée a offert à la France Georges Clémenceau, l’homme qui lui a permis de sortir vainqueur de la première guerre mondiale, et le Maréchal Jean de Lattre de Tassigny, témoin le 8 mai 1945 de la capitulation sans conditions de l’Allemagne nazie. Tous les deux étaient originaires du même village, Mouilleron-en-Pareds. Le premier était un homme de gauche, radical-socialiste, nourri aux idéaux de la révolution française, né d’une mère protestante mais élevé dans l’athéisme. Le second était issu d’une famille apparentée à la grande bourgeoisie française. Blessé cinq fois durant la grande guerre, il s’est également illustré pendant la seconde guerre mondiale dans les rangs de la France Libre. Il a été le seul général français autorisé à commander des grandes unités américaines.

2. La Vendée est plurielle

La Vendée est fidèle mais également non-conformiste, plurielle et difficile à dompter. Dans l’imaginaire collectif, ses habitants sont tous catholiques, conservateurs et royalistes. Mais la plupart des Français ignorent qu’on trouve au coeur du Haut-Bocage quelques temples de l’église réformée qui témoignent d’une présence protestante multiséculaire, que le chef-lieu du département était un bastion de la gauche avant que celle-ci ne disparaisse, que le Sud-Vendée n’est absolument pas porté sur la religion, et que le principal journal est le Sans-Culotte 85, un canard impertinent qui aime les mogettes sans pour autant jouer les fayots.

Un Vendéen, ça peut aussi ressembler à cet hurluberlu…

3. L’origine du nom Vendée

La Vendée a connu des drames mais elle a eu également une chance de cocu. À la création des départements, pour remplacer la dénomination Bas-Poitou, les révolutionnaires ont hésité entre la Vendée, un affluent de la Sèvre Niortaise qui arrose Fontenay-le-Comte, et les Deux-Lays, à cause du petit-Lay et du Lay, deux rivières locales. Cela aurait fait écho aux Deux-Sèvres, département limitrophe issu lui aussi du Poitou. Les Bas-Poitevins seraient devenus des Deux-Laysiens et la guerre de Vendée… La guerre des Deux-Lays ? Non, ça ce n’est pas possible! Dieu merci, dans un souci de ne pas froisser deux représentants locaux jugés particulièrement laids, le choix des révolutionnaires se porta finalement sur la « Vendée ».

4. L’importance du nom dans la construction d’une identité locale

Si je vous raconte tout ça, c’est d’abord parce que je suis Vendéen et que j’ai envie de déconstruire les clichés sur mon département d’origine. Mais c’est aussi pour vous montrer qu’un nom et la sonorité qu’il porte, sont des critères qui entrent en ligne de compte dans la perception négative ou positive que peuvent avoir les habitants sur leur ville ou leur collectivité territoriale. Prenons deux départements fictifs: La Gueuze-Inférieure et la Haute-Sylvanie. Lequel des deux fait naître en vous des envies de vacances, et lequel des deux vous fait penser à un ciel gris, chargé de nuages dissimulant les sommets des terrils ?

5. Les Pays-de-la-Loire, une région sans âme

Ce n’est pas un hasard si la Loire-Inférieure est devenue la Loire-Atlantique, si les Basses-Alpes sont devenues les Alpes de haute-Provence, si le département des côtes du Nord qu’on s’imaginait tous frontalier avec la Flandre belge, a été repositionné en Bretagne en devenant les Côtes d’Armor… Et ce n’est pas un hasard si la région des Pays-de-Loire ou des Pays-de-la-Loire (personne n’est capable de dire laquelle des deux versions est correcte) est une collectivité territoriale qui, malgré d’excellents résultats économiques et un cadre de vie agréable, va éclater et sombrer dans l’oubli. Cette région est une farce! Elle rassemble un bout de la Bretagne (la Loire-Atlantique) avec un bout du Poitou (la Vendée), deux morceaux du Maine (la Sarthe et la Mayenne) et enfin l’Anjou. La Loire qui lui donne son nom, n’arrose que deux des cinq départements. Le drapeau n’a pas coûté cher puisqu’il n’existe pas. Quant aux armoiries, on peut faire les mêmes en cinq minutes sur un site gratuit de création de logos que je vous laisse le soin de googueliser :

Mais je suis sûr que le conseil régional a payé une agence de communication bretonne pour obtenir un tel résultat. La plaisanterie n’a que trop duré et tout le monde sent bien que le les pays de la la Loire est sont en phase terminale :

  • La Loire-Atlantique trépigne d’impatience à l’idée de réintégrer enfin la Bretagne.
  • Le Maine-et-Loire, la Sarthe et la Mayenne lorgnent discrètement vers le Centre-Val-de-Loire et vont partir sans rien dire, au beau milieu de la nuit.

Quant aux Vendéens, leurs regards se tournent vers la Nouvelle-Aquitaine, région dont ils sont historiquement originaires et qui, c’est un détail qui a son importance, s’est doté d’un drapeau qui a fière allure.

La messe est dite… C’est sous l’impulsion de la Loire-Atlantique que le les pays de la la Loire va vont disparaître, mais je ne suis pas persuadé que le Pays Nantais à tout à y gagner. Je m’explique. Les Vendéens seront partis en Nouvelle-Aquitaine et ne tiendront plus le rôle du cousin un peu benêt qui fait rire tout le monde aux fêtes de famille avec son français mâtiné de patois. Ils ne tiendront plus le rôle du Tonton Gustave, rond comme une queue de pelle, s’obstinant à vouloir grimper sur la table avec son déambulateur pour chanter, sous les encouragements moqueurs de tous ses neveux, Rikiiiiita, jolie fleur de Javaaaaaa!

Il va bien falloir que les Bretons se trouvent un autre clown, pour ne pas dire un autre bouffon. Le Maine-et-Loire ? la Sarthe ? la Mayenne ? Non, Ils seront partis eux aussi. Ce sera qui les derniers arrivés en Bretagne ? Les Sous-Bretons de l’ex-Loire-Inférieure… Rajoutez-y l’inévitable guéguerre entre Nantes et Rennes pour savoir laquelle des deux mérite le titre de capitale de la Bretagne unifiée… Et à mon avis, ça va couiner du biniou! Je le dis à nos amis Bretons, faites attention de ne pas vous enfermer dans une région « ethniquement » homogène avec des frontières figées. Répondez à la question suivante : Si par exemple, la Vendée Mayenne demandait à intégrer votre belle région, l’accepteriez-vous? Si la réponse est non, alors ce n’est pas normal.

6. La Nouvelle-Aquitaine, une région puissante et cohérente

Et les Vendéens, qu’ont-ils à gagner ou à perdre dans cette histoire? Les Vendéens, c’est bien simple, tant qu’on ne touche pas au nom de leur département ou qu’une décision politique ne remet pas en cause l’existence même de la province historique la plus jeune de France, alors les fourches à fumier resteront dans les granges. Où qu’elle soit de toute façon, la Vendée sera toujours au bout. Question de géographie! Mais à mon avis, elle n’a rien à perdre à rejoindre la Nouvelle-Aquitaine, région tournée vers la mer, ouverte aux influences extérieures, d’une grande diversité de paysages et de culture mais avec tout de même une certaine unité historique, une région qui, malgré son riche passé, se qualifie de nouvelle, donc dynamique et tournée vers l’avenir.

Si, en Nouvelle-Aquitaine, l’innovation est une tradition, alors nul doute que les Vendéens s’y sentiront bien dans leurs sabots.

3 commentaires sur « La Vendée en Nouvelle-Aquitaine ? Pourquoi pas ? »

  1. D’ici que les régions soient stabilisées la dénomination d’appartenance sera Terre Lune, Mars etc… Cheux nous la basse Normandie n’a trouvée son salut que dans l’union avec la haute pour refaire la Normandie

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