La planète Archlinux (partie 1)

Sommaire

1 – Les distributions à versions et celles à publication roulante (rolling release)
1.1 – Les distributions à versions
1.2 – Les distributions à publication roulante (rolling release)
2 – La spécificité d’Archlinux
3 – Installer l’image *.iso sur un support amovible (clé USB)
3.1 – Se procurer l’image *.iso
3.2 – Installer l’image *.iso sur une clé USB
4 – Booter (= démarrer) sur le support d’installation
5 – Bienvenue sur les Terres de Messire Arcolinus de Cartemère dit « Root le dingue »
5.1 – loadkeys fr-pc, ma toute première commande
5.2 – Tester sa connexion au réseau et vérifier l’heure système

Bonjour,

Mon fidèle Kompüteur tournait depuis plusieurs années sous Debian. La solidité et le sérieux de cette distribution ne sont plus à démontrer. De fait, Volgor ne s’est jamais retrouvé en arrêt cardio-respiratoire. Nul besoin de défibrillateur pour le ramener à la vie après une mise à jour toxique.

Debian est une distribution que je qualifierais de conservatrice, mais dans le bon sens du terme. L’excentricité et l’innovation ne sont peut-être pas sa marque de fabrique mais l’austère Debian est fiable et ne vous laissera pas tomber.

Cela dit, le conservatisme finit toujours par générer de l’ennui… Malgré tout mon respect pour cette distribution, je crois bien que j’en ai fait le tour. Pour pimenter un peu ma vie numérique, j’ai décidé de me lancer à l’assaut de la ténébreuse Archlinux. Je veux, moi aussi, emprunter les chemins escarpés de cette mystérieuse distribution. J’en avais déjà eu un aperçu il y a deux ans, avant de déclarer forfait. Il faut dire qu’à cette époque, je n’avais que 45 ans et je manquais sans doute de maturité.

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Supreme Headquarters Archlinux Expeditionary Force

L’on dit que ce système d’exploitation n’est pas fait pour les débutants, qu’il est réservé aux forces spéciales du libre, farouches commandos portant fièrement leurs attributs virils en étendard. Je ne souscris pas à ce point de vue. Je trouve au contraire qu’Archlinux possède un fort potentiel pédagogique. Son installation, particulièrement exigeante,  permet de mieux appréhender l’architecture d’un système d’exploitation.

Dans cette série d’articles, je vais vous conter de manière détaillée, mon installation d’Archlinux, les joies que cela a pu me procurer mais également les déboires qui m’ont poussé au bord du suicide auxquels j’ai fait face avec beaucoup de courage.

Il ne s’agit nullement d’un tutoriel. Je veux simplement partager avec vous une installation que j’ai kiffé grave, comme disent les loubards des faubourgs.

Les documents de référence se trouvent ici. Tout au long de ce cheminement, je vous inviterai à les consulter.

1 – Les distributions à versions et celles à publication roulante (rolling release)

Il existe deux types de distribution :

1.1 – Les distributions à versions

Elles sont soumises à un rythme bien précis qui les fait passer par différents stades avant leur mise en production.

  • alpha : c’est la première mouture, le prototype en quelque sorte. Elle est encore entre les mains des développeurs et par conséquent, inaccessible au grand public.
  • bêta : accessible à ceux qu’on surnomme les bêta-testeurs. Ces derniers sont en charge de pourchasser les bugs, tout en se glissant dans la peau du client final de base.
  • release : c’est la version jugée assez élaborée pour être lâchée en production et finir dans le disque dur du client final, sans que cela se termine par un lamentable crash.

Les versions sont souvent dotées d’un identifiant et d’un numéro. Par exemple, la dernière version d’Ubuntu est  Disco Dingo 19.04. Elle est donc sortie en Avril 2019 et porte, comme le veut la tradition, le nom d’un animal affublé d’un adjectif absurde. La dernière version de Linux Mint est 19.2 Tina. Linux Mint attribue toujours un prénom féminin à ses versions. Par contre 19.2 n’a aucun rapport avec l’année 2019. La distribution antiX donne toujours à ses versions le nom d’un personnage ou d’un événement lié à une rébellion. On trouve donc l’antiX Spartacus, l’antiX Intafada. Curieusement, on ne trouve pas de version Mélenchon. Sa longue carrière de sénateur ne lui a pas encore conféré le statut de rebelle. Quant à la vénérable Debian 10, elle a été baptisée Buster. Ne me demandez pas pourquoi. Je n’en ai aucune idée.

1.2 – Les distributions à publication roulante (rolling release)

Elles ne sont pas soumises au rythme des versions. Leur mise à jour est perpétuelle et s’effectue par petites touches. C’est le cas d’Archlinux par exemple et c’est ce qui explique que cette dernière ne soit affublée d’aucun prénom annonçant l’imminence d’un cyclone. Archlinux est Archlinux, tout simplement. Il n’existe pas de version Erika ou Günther.

Petite précision : le système de rolling release n’est pas moins sérieux que le système à versions. Il existe tout de même une phase de test avant l’envoi sur les dépôts finaux. je vous invite à lire ce commentaire à la suite de l’article. Il vous donne plus de détails sur le système rolling release.

2 – La spécificité d’Archlinux

Archlinux a ceci de différent qu’elle installe le minimum. Ensuite, débrouillez-vous! Contrairement à Ubuntu, il ne suffit pas de booter sur le support d’installation et de répondre gentiment aux questions. Avec Archlinux, il faut :

  • partitionner le disque dur qui va accueillir la distribution,
  • monter les partitions
  • configurer le fuseau horaire, la langue (qu’on appelle locale) , le clavier etc…
  • chrooter,
  • installer un environnement de bureau ou au moins, un gestionnaire de fenêtres tel qu’Openbox.
  • installer tous les logiciels de votre choix.

Tout ceci, bien sûr en ligne de commande et sans l’aide d’une interface graphique! Je vous vois déjà fuir courageusement vers des contrées moins austères. Mais je vous exhorte à ne pas céder à la panique. Suivez-moi et agrippez-vous fermement au bout en évitant de regarder en bas. Ça va bien se passer.

N’hésitez pas à consulter le site francophone consacré à Archlinux. Vous y trouverez tout un tas d’informations qui vous permettront d’avancer vaille que vaille.

3 – Installer l’image *.iso sur un support amovible (clé USB)

3.1 – Se procurer l’image iso

Pour installer Archlinux, il faut d’abord se procurer l’image iso la plus récente. Rendez-vous au bas de cette page qui répertorie tous les miroirs classés par pays. Moi, par exemple, j’habite non loin de Hanovre. C’est donc tout logiquement que j’ai cliqué sur le lien du miroir de l’Université de Hanovre :

http://ftp.uni-hannover.de/archlinux/iso/2019.07.01

 Ensuite, j’ai sélectionné l’image *.iso et je l’ai téléchargée.

http://ftp.uni-hannover.de/archlinux/iso/2019.07.01/archlinux-2019.07.01-x86_64.iso

Si vous tenez absolument à installer la version 32 bit d’Archlinux, c’est ici que ça se passe. En ce qui me concerne, je ferai uniquement référence au site basé sur la version 64 bit. La 32 bit est de toute façon condamnée à plus ou moins long terme.

3.2 – Installer l’image iso sur une clé usb

L’image pèse 615 Mo. C’est peu et cela permet de l’installer sur n’importe quelle clé usb. Supposons que vous avez téléchargé l’image *iso dans le répertoire Downloads. Il vous suffit d’enfourner la clé dans une prise usb, d’ouvrir l’application gparted ou gnome-disks pour repérer à quoi correspond la clé. Chez moi, elle correspond à /dev/sdc.

15_7_2019_22:40:36

Puis ensuite, vous ouvrez un terminal et vous entrez cette commande en utilisant le chemin absolu, c’est-à-dire celui qui part de la racine de votre système et qui remonte jusqu’à l’image *.iso à flasher sur la clé usb.

sudo dd bs=4096 if=/home/benoit/Downloads/archlinux-2019.07.01-x86_64.iso of =/dev/sdc status=progress&&sync

Personnellement, je vous conseille d’utiliser plutôt le chemin relatif. C’est tout aussi rapide et ça permet de se familiariser avec la commande cd qui permet de se déplacer dans l’arborescence des répertoires. cd signifie change directory (changer répertoire). Si le fichier téléchargé se trouve dans Downloads, déplacez vous dans ce répertoire en entrant cette commande :

cd Downloads

Désormais, votre répertoire courant est /home/benoit/Downloads. Il vous suffit alors de flasher  l’image iso sur la clé en entrant simplement le chemin relatif :

sudo dd bs=4096 if=archlinux-2019.07.01-x86_64.iso of =/dev/sdc status=progress&&sync

4 – Booter (= démarrer) sur le support d’installation

Avant toute chose, assurez-vous que votre ordinateur est connecté en filaire au réseau.

Vous voici donc en possession d’un support d’installation qui est une clé usb contenant l’image iso d’Archlinux. Il va maintenant falloir modifier l’ordre d’amorçage pour que votre ordinateur boote non pas sur votre disque dur actuel mais sur la clé usb Archlinux.

Pour ce faire, il suffit de redémarrer son ordinateur et de presser la touche d’accès au boot menu. Ça varie d’un ordinateur à l’autre. Sur cette capture d’écran, c’est la touche F12. Parfois, c’est F9.

mon_bios

Au final, il faut que votre clé USB soit tout en haut de la pile, de telle sorte que le BIOS, c’est-à dire le micrologiciel de démarrage, « allume » d’abord votre clé USB. Si tout se déroule comme prévu, une page d’accueil va s’afficher.

boot_arch

Sélectionnez la première ligne et validez en cliquant sur Entrée, vous allez vous retrouver d’abord devant un écran noir, avec en haut à gauche une invite de commande :

archiso login : root (automatic login)
root@archiso ~ #

5 – Bienvenue sur les Terres de Messire Arcolinus de Cartemère dit « Root le dingue »

Sans savoir si vous êtes le fils spirituel d’Hitler ou de José Garcimore, cette invite de commande vous confère d’emblée le statut de root, c’est-à-dire qu’elle vous octroie les pleins pouvoirs. Rien que ça! Vous n’avez même pas besoin d’entrer un mot de passe (automatic login).

Lors de l’installation, ce statut de dictateur est nécessaire mais par la suite, lorsque le système sera installé, il vous faudra créer un profil utilisateur. Si vous êtes l’administrateur du nouveau système d’exploitation, vous serez toujours habilité à utiliser les pouvoirs du root mais avec parcimonie et discernement… Et si possible à jeûn pour éviter d’effacer des fichiers de configuration nécessaires au bon fonctionnement de votre distribution.

5.1 – loadkeys fr-pc, ma toute première commande

Je vous laisse maintenant rentrer la commande loadkeys fr-pc (ou tout simplement loadkeys fr, ça fonctionne aussi). Vous allez vite vous rendre compte de quelque chose de fort ennuyeux… Les touches de votre clavier sont ensorcelées!

Non, je vous rassure tout de suite. Votre clavier est en mode qwerty par défaut. La commande loadkeys fr-pc est justement là pour le basculer sur le mode azerty. Seulement le problème, c’est qu’il faut rentrer celle-ci en utilisant un clavier configuré en qwerty. Il va donc vous falloir entrer ceci loqdkeys fr)pc pour afficher à l’écran ceci loadkeys fr-pc. Pressez la touche Entrée et le tour est joué!

5.2 – Tester sa connexion au réseau et vérifier l’heure système

Nous allons à présent vérifier que nous sommes bien connectés au réseau. Pour cela, entrez la commande ping suivie d’une adresse quelconque. c’est comme un écho, en fait.

ping cia.gov

Hein? L’adresse?… Non, ça veut dire Confédération Internationale des Accordéonistes… Si vous voyez des lignes défiler, c’est que vous êtes connectés. Un petit Ctrl + C arrêtera le processus.

Vérifions l’heure du système avec la commande timedatectl. C’est très important! Vous vous imaginez bien qu’un ordinateur dont l’heure est en 1974 ne risque pas d’installer des paquets de toute première fraîcheur!

timedatectl

Si vous détectez une anomalie spatio-temporelle, avant de tomber dans un univers parallèle où Mélenchon aurait été élu Président,  je vous suggère de mettre votre système à l’heure en utilisant cette commande :

timedatectl set-ntp true

Nous allons donc pouvoir passer aux choses sérieuses mais pour aujourd’hui, ça suffit. La suite au prochain numéro…

25 commentaires sur “La planète Archlinux (partie 1)

  1. On peut considérer Debian Sid (version instable) comme une rolling release, son nom ne change jamais, contrairement à la version testing qui devient ensuite la version stable (cf. https://www.debian.org/releases/).

    En poussant le bouchon on pourrait dire qu’Ubuntu est entre alpha et bêta à sa sortie, étant donnée qu’ils se synchronisent avec Debian Sid „instable“ pour chaque nouvelle version …

    Mais ceci n’est que mon opinion.

    Le point de vue de ce premier article est intéressant, j’attends la suite !

    1. Nope. Présenté comme ici, ça fait souvent peur, puisqu’on dit « les distributions à version ont une alpha, une bêta et les releases, pas les rollings ». Du coup les gens se disent que les rollings sont pas testées.

      Pas du tout : ArchLinux a des dépôts testing, et tout est testé avant l’envoi sur les dépôts normaux. Firefox mets en général 24 à 48h pour passer de l’un à l’autre, par exemple. Ça dépends du paquet et de la mise à jour, je me souviens d’une màj de VLC qui a passé 3 semaines en testing.

      Du coup c’est plutôt stable, en terme de fiabilité. Je saurais pas dire lequel des deux est le mieux, les deux modèles tournent bien, selon les besoins qu’on a.

      Faut juste faire gaffe qu’avec la rolling, une màj d’un soft peut être cassante pour ta conf à tout moment (genre changement de version majeure) donc faut les faire sous surveillance, alors qu’avec Debian ça ne cassera normalement qu’à la release suivante.

      Maintenant à toi de voir si tu préfères réparer un peu de temps ou tout d’un coup :p (et encore, perso sous Arch j’ai jamais eu de réelle casse, j’ai pu tout anticiper, mais je connais quelques personnes qui ont été surprises par un changement de PATH du fichier de conf d’un soft).

      1. Bonjour,
        Merci pour toutes ces précisions qui sont importantes. Je crois que ça valait la peine d’être dit car mon paragraphe sur ce sujet pouvait laisser croire que le système de versions est beaucoup plus sérieux. Je me suis donc permis de rajouter un paragraphe dans l’article, avec un lien vers ton commentaire, si tu n’y vois pas d’inconvénient.

    1. Peut-être mais le but de cette série d’articles n’est pas d’installer une Arch en deux temps trois mouvements. Le but est de se servir de l’installation d’Archlinux pour mieux comprendre comment tout cela fonctionne (partitionnement, montage, configuration réseau etc… )
      En outre, Anarchy Linux ne me semble pas être un projet d’une grande vitalité.

  2. Je partage complètement ton avis sur Archlinux, et plus particulièrement sur ta façon de voir ceux pour qui c’est une distro compliquée, tord-cerveau, réservée à une élite rompue au terminal et ses commandes laborieuses… j’ai commencé à l’utiliser en passant par Antergos il y à deux ou trois ans, puis par ach anywhere et depuis peu avec le très bon script ArchFi de Matmoul qui simplifie beaucoup son installation tout en conservant une Arch de base sans bloatware intempestifs. Arriver à l’installer et voir son bureau booter est relativement jouissif, l’utiliser, constater sa rapidité et sa stabilité, même en noyau standard et base-devel, l’est encore plus ! Bonne aventure !

    1. Merci pour ton mail. Ce n’est pas une distribution pour un vrai débutant, ça c’est sûr, mais comme je le dis en introduction, son installation a un fort potentiel pédagogique. On peut aborder pas mal de sujets différents. Et comme tu le dis, partir d’une simple invite de commande, tout installer et finalement voir son bureau se matérialiser provoque une immense satisfaction. Le prochain article parlera du partitionnement.

  3. Extrême attention avec la commande dd…!
    On peut rapidemment faire des orphelins (disque dur effacé à tord) avec cette commande diabolique(ment définitive).
    Sinon, je veux pas spoiler, mais ce travail de fond a déjà été accompli, et de main de maitre par le ténébreux et tenace Fred Bezies, qui en est à la 68e édition de son guide d’installation et de paramétrage d’Archlinux, alias « son précieux »… 😉
    http://frederic.bezies.free.fr/blog/?p=18896

    1. Oui, pour dd, il faut peut-être que je rajoute une mise en garde. Pour ce qui est du guide d’installation, ce que je fais n’en ai pas un, car je digresse quand-même beaucoup. Le vrai guide d’installation détaillé et officiel, il est sur le site d’archlinux.fr. Si je ne raconte pas de bêtises, il me semble que le guide d’installation de Juillet 2019 de Frédéric Bezies, était son dernier.

      1. Ah oui, mince : http://frederic.bezies.free.fr/blog/?p=18915
        Bon, dommage, même si ça devait bien arriver un jour ou l’autre.
        Au cas où il repasserait*, il ne me reste plus qu’à le remercier ici, vu qu’il a fermé les commentaires (à juste titre). -et désolé pour ce HS-

        * Il a mis en lien ta série sur Archinux dans son dernier billet du 20/07.

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