Le détail qui tue?

Bonjour,

Je n’ai pas l’habitude d’écrire ce genre d’article un peu critique envers Linux mais il est parfois nécessaire d’exprimer sa frustration. Ça fait neuf ans que je me suis converti à la religion du Libre et que j’ai reçu le sacrement du Grand-GNU-à-tête-de-Linux. Aucun regret. Il n’est pas question pour moi de revenir en arrière. Depuis cette date, j’ai croisé quelques personnes qui utilisent Linux au quotidien mais pas beaucoup à vrai dire. Je peux les compter sur les doigts de la main. Linux est très présent sur les serveurs, les supercalculateurs et les systèmes embarqués mais sur les postes clients et les ordinateurs personnels, il a du mal à s’imposer. Ça reste un truc de geek.

Lorsque dans mon entourage, j’évoque ma passion pour les distributions libres et que je commence à expliquer quels en sont les avantages et les avantages, je vois bien que je saoule mon monde. Mes interlocuteurs m’opposent un silence indifférent et attendent que je me taise pour vite embrayer sur un autre sujet. Et si je leur dis que ça fait neuf ans que je vis sans antivirus, ils me regardent avec de grand yeux affolés avant de s’écarter discrètement  de moi.

On peut se consoler en se disant qu’on fait partie d’une minorité. On sort un peu du lot… Mais la frustration de ne pas convaincre n’est jamais bien loin. J’ai parfois le sentiment que Linux, c’est un peu comme l’espéranto. Voilà bien une langue dont l’apprentissage est d’une facilité déconcertante. Elle fonctionne très bien. Elle est soutenue par une importante communauté dans le monde réel ou sur internet. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à regarder le nombre d’articles sur Vikipedio, la wikipédia espérantophone. À l’heure ou j’écris ces lignes, elle compte 257297 « artikoloj ». Le contenu de l’artikolo de la semaine est riche. Et pourtant, essayez donc de faire la promotion de cette langue construite proche des idées de la culture libre… Vous n’obtiendrez que cette réponse lapidaire : « M’enfin, personne ne la parle ». 

Revenons à Linux. Dans la boite où je bosse, on m’a demandé si je voulais un ordinateur équipé du système d’exploitation Windows ou bien si je préférais un macOS… J’ai bien essayé d’expliquer que j’avais l’habitude de travailler sous Linux. Peine perdue… J’ai donc choisi Windows alors qu’il existe des distributions libres dédiées au monde de l’entreprise.

Linux fonctionne de manière tout à fait satisfaisante. Alors qu’est-ce qui explique cette indifférence? Si ce n’est pas le fond, peut-être s’agit-il d’un problème de forme? Cette idée d’article m’est venue il y a quelques jours, lorsque j’ai mis mon GRUB en PLS. Rien de bien méchant. J’ai voulu me dépanner avec une clé USB Live sur laquelle j’avais installé au préalable la dernière iso de Lubuntu. J’aime beaucoup Lubuntu. c’est à mon avis la meilleure distribution pour un débutant Linux. Son installation est d’une grande simplicité. Elle est rapide, légère et l’environnement de bureau LXQT est une vraie réussite. la seule difficulté pour un débutant, c’est de modifier l’ordre d’amorçage du BIOS pour le faire booter sur le support contenant l’image iso. Mais avec un peu de persévérance et de recherche sur Internet, on y arrive.

Il y a cependant quelque chose qui me pique les yeux dans cette distribution, ce sont les papiers peints de bureau, les fonds d’écran si vous préférez. Manifestement, celui qui les a pondus n’a pas fait les Beaux-Arts. Et moi personnellement, je trouve que c’est le détail qui tue! La barbe de trois jours et les cheveux gras pour un entretien d’embauche. Alors, vous allez me rétorquer : « Qu’est-ce que tu viens nous emmerder avec ta tapisserie? T’as qu’à la changer! » Bien sûr que je peux la changer et la remplacer par une photo des gens que j’aime : mon ordinateur de bureau, mon VTT, mon sac à dos ou bien ma caisse à outils. Mais il n’empêche que cet horrible papier peint est la première chose que l’on voit. Un débutant ne saura pas changer le fond d’écran de la session de login et à chaque connexion, il sera confronté à ça :

1804-lubuntu-default-wallpaper

« Des goûts et des couleurs, on ne discute pas! », allez-vous me répliquer. Eh bien si! justement! On en discute! À mon avis, Lubuntu y gagnerait à proposer des fonds d’écran qui ne ressemblent pas à des habillages de  sites pour des charlatans diplomés de l’Institut International de Psychothérapie Galactique de Vesoul. 

Et les autres papiers peints proposés par Lubuntu sont du même acabit. Regardez-moi ce chantier :

lub

Pour s’imposer sur le marché des ordinateurs personnels et des postes clients, les distributions Linux auraient peut-être tout intérêt à injecter une dose de design et à ne pas négliger le marketing. Cela dit, je le répète : Lubuntu est à mon avis la meilleure distribution pour les débutants. C’est juste qu’aujourd’hui, je me suis levé du pied gauche et que je ressentais le besoin d’exprimer une certaine frustration.

@+

Benoît

 

21 commentaires sur “Le détail qui tue?

  1. Hello,

    Ce que je me dis, c’est que Linux c’est bien aussi parceque c’est pas trop populaire. Il n’y a pas de virus, spiware et co : car il n’y a pas assez de gogo à cibler. Puis pas trop de mec qui comprenne rien à la philosophie libre sur les forums en prenant Linux comme un produit, comme Windows et Mac Os ce qu’il n’est pas

    Pour les wallpaper j’ai installé variety : https://peterlevi.com/variety/ ça me convient parfaitement. Pour info, j’utilise en perso (depuis plus 15 ans) et pro (depuis 2 ans) et ça marche bien. Dell supporte Ubuntu sur la majorité de ces machines, ça peut être un bon argument pour faire avancer la réflexion. Les doc office je les ouvres avec openoffice et quand ça marche pas office365 online (mais c’est rare).

    1. « Ce que je me dis, c’est que Linux c’est bien aussi parceque c’est pas trop populaire. »

      Et en 2019, il y en a qui croient toujours au mythe du linux pas populaire. Je l’accorde pour linux sur les bureaux, on n’en voit rarement comparé à Windows et Mac.

      « Il n’y a pas de virus, spiware et co : car il n’y a pas assez de gogo à cibler. »

      Je reprends une partie de l’article anglais de wikipedia que je cite

      ——-
      In the past, it has been suggested that Linux had so little malware because its low market share made it a less profitable target. Rick Moen, an experienced Linux system administrator, counters that:

      [That argument] ignores Unix’s dominance in a number of non-desktop specialties, including Web servers and scientific workstations. A virus/trojan/worm author who successfully targeted specifically Apache httpd Linux/x86 Web servers would both have an extremely target-rich environment and instantly earn lasting fame, and yet it doesn’t happen.

      ——-

      Imaginer le dégat si les serveurs qui tournent sous linux se font infectés par quoi que ce soit

      1. Bien sûr que je parlais de Linux pour Bureau (ce qui est le sujet de base de cet article). En prod on installe pas n’importe quel applicatif… (quoique avec les Ansible Galaxy, docker truc muche on ne sait plus rop ce qui s’y passe et dépot apt externe…). Sur de l’embarqué, il faut déjà arriver à avoir les clés de la maiso pour accèder à la ligne de commande et sous Android et bien je ne considère pas que se soit un « vrai » linux mais plutôt une déclinaisons : je te mets au défis de faire marcher facilement une application distribuée en apk sous une distribution Linux de ton choix.

  2. Bon jour,
    Cela fait au moins quinze ans que je suis sur Linux (et je ne suis pas un geek, je connais quelques commandes et quelques trucs) et impossible de convertir le moindre bipède sauf ma femme qui a « tourné » un temps avec trisquel 🙂
    Max-Louis

    1. La conversion je pousse pas… les gens intéressés je leur pose les questions suivante :
      – est-ce que tu joues sur PC ?
      – est-ce que tu utilise office (et tu ne veux pas utiliser libreoffice ) ?
      – est-ce que tu utilises un logiciel métier (autocad, archi cad par ex) ?

      Si une des réponses à ces question est oui, j’abandonne à part si il sont chaud patate et la je les oriente vers wine.

  3. En fait je viens de me rendre compte que cela fait maintenant plus de 12 ans que je n’utilise que Linux sur les PC successifs de la maison et environ 5 ans au boulot (autour de moi : de rares Linux, quelques Macs et une immense majorité de Windows customisés par ma – grosse – boîte).
    Toute la famille s’y est mise facilement. Mon épouse, qui se moque de savoir comment ça marche, dispose d’applications satisfaisant ses besoins, y compris pour sa musique.
    Les enfants, maintenant équipés de leur propre PC portable (études supérieures) n’imaginaient pas un autre système que Linux. On a choisit ensemble l’environnement de bureau, et roule…

    Tu vas donc devoir lâcher ce que tu as dans la main droite pour continuer à compter avec plus d’une main 😉

    Benoît.

    1. Je ne pense pas que le problème de linux soit la forme. Il existe des centaines de distribution et certaines ont un design et un marketing poussé. Prenez Deepin par exemple ou plus simple Elemantary. En terme d’UX c’est juste parfait.

      Le problème de linux (et plus globalement n’importe quel système autre que Mac ou Windows) c’est qu’il ne conviennent qu’à deux frange de la population. Soit les débutants et ceux qui font de la bureautique basique, soit les experts ayant des besoins précis.

      Mais pour les « amateurs éclairés » ou les utilisateurs avancés, c’est là où Linux coince.

      J’ai testé quasi l’intégralité des distributions listé sur distrowatch et sur chacune d’entre elles, il y a toujours quelque chose qui foire. Pour l’une c’est l’UEFI qui n’est pas pris en charge, pour une autre y’a pas assez de drivers propriétaire, une autre encore elle propose un environnement du bureau complètement instable et il est difficile d’en faire fonctionner un autre.

      Les environnements de bureau d’ailleurs sont pour moi presque tous raté. La majorité des Gnome like ne sont pas vraiment adapté à un usage avancé, les Kde-like sont des usines à gaz beaucoup trop lourde, les Xfce-like (lxde, lxqt etc…) sont des patchwork d’outils mal intégré et qui sont même parfois en conflit entre eux etc…

      Et lorsque l’on arrive à trouver des distributions qui passent ces points là (j’en ai trouvé que deux, Rosa et pop!_os, bien que je n’aime pas leur environnement de bureau, l’implémentation est suffisamment réussi pour être agréable) vient le problème des logiciels.

      Beaucoup d’utilisateurs avancé utilisent des logiciels qui n’existe que sous Windows ou Mac. Et là comment fait-on ? Les alternatives ? Ça n’existe pas. Ceux qui argumente sur ce point n’ont jamais dû utiliser les logiciels qu’ils veulent remplacer. Une machine virtuelle ? Ça n’a pas les performances requises. Un dual boot ? Tout les utilisateurs ne sont pas capables d’en faire un, certaines machines ne peuvent pas en faire, et c’est pas la panacée non plus.

      La seule solution viable que j’ai trouvé pour ces logiciels c’est d’utiliser un PC dans le Cloud comme Shadow.

      Tout ces points font que Linux n’est pas vraiment utilisable pour des utilisateurs avancés. Donc est-ce vraiment un problème de forme ?

      Et je ne dis pas tout ça dans le but de déglinguer Linux, mais parce que c’est une réalité que personne n’est capable de changer pour le moment.

      La solution viendrait peut être de Microsoft. Ils ont développé les sous système Linux pour Windows, qui permet de faire fonctionner quasi nativement des logiciels linux (pour l’instant seulement en ligne de commande). Si ils développent un sous système Windows pour Linux qui peut permettre de lancer des applications graphiques, alors enfin la barrière du logiciel sera tombée ! On aurait plus besoin de Windows. (Mais je doute que Microsoft fasse ça, ce serait se tirer une balle dans le pieds).

      1. C’est exactement ça, j’applaudis des deux mains !

        Le libre marche bien quand il s’agit de besoin très commun :
        – un os (Linux, BSD)
        – un navigateur (Firefox, Chrome)
        – une suite bureautique (libreoffice)

        Après pour des logiciels métiers c’est beaucoup plus compliqué et il faut être patient (pas de grosse communauté)… il falloir attendre longtemps avant que librecad arrive au même niveau qu’autocad 🙂 Mais il y a des exceptions qgis est top, qelectrotec, dolibar fait le job et il y en a certainement plein d’autre que je ne connais pas…

  4. Au niveau du fond d’écran « moche » je ne dirai pas qu’il l’est mais simplement pas mal inspiré de celui par défaut de MacOS Leopard: https://512pixels.net/projects/default-mac-wallpapers-in-5k/
    Apple étant reconnu pour son « bon goût » on peut supposer que ce type d’image plaît à pas mal de gens.
    Pour la plupart des distributions majeures le thème par défaut n’est pas choisi à la légère, car nombre ont compris l’importance de l’aspect cosmétique par défaut. Par exemple Debian a un processus bien défini avec un vote https://wiki.debian.org/DebianDesktop/Artwork/Buster

  5. Je suis d’accord avec toi sur Lubuntu, c’est vraiment une distribution adaptée aux débutants, en tout cas c’est celle que j’installe pour ceux qui veulent tester Linux dans mon entourage 🙂

  6. Il est certainement pas évident de se tourner vers Linux, quand on ne l’a pas testé et sans savoir quelle distributions adopter. La plupart des utilisateurs Windows et Mac se disent surement : « Vu le nombres d’utilisateurs qui utilisent mon OS, je suis sûre que je trouverais un logiciel pour faire ce que je veux ». Comme pour d’autres choses de la vie si ça ne brasse pas de la monnaie les gens ne comprennent pas. Alors que d’être heureux en ayant parfois moins de moyen c’est quand même important.Linux est populaire quand il faut quelque chose d’optimisé, on le voit pour Android, les systèmes embarqués les cartes SBC… Quand la grande distribution livrera des ordinateurs avec Linux ça changera. La plupart des gens utilisent d’autres OS parce que c’est livré avec. Et puis si Linux était 50 fois plus rapide dans tous les domaines, ça deviendrait vite un argument commercial. Si l’AI en cluster pouvait améliorer Linux pendant les heures creuses, que les fabricants livraient des pilotes Linux, que des contrats juteux n’étaient pas signés à l’avance avec les prestataires informatique pour les migrations de postes… On serait passé à autre chose.

  7. Je ne comprends pas pourquoi tu voudrais à tout prix que les gens se mettent à linux. Si cela te convient, ça change quoi que les autres utilisent un OS plus cher et moins bien ?

    Same pri esperanto, mi tute komprenas kial vi deziras esperantigi la tutan homaron ? Chu vere vi deziras babili en esperanto kun personoj kiuj estas nek parolema, nek scivolema, nek interesa ? Mia flanke, mi uzas linukson de pluraj jaroj kaj tre kontentas pri ghi. Same, mi eklernis esperanton antaù dudek jaroj kaj estas chiam granda plezuro babili kun interesaj homoj. Sed mi certas ke se ni devigus lerni esperanton al chiuj, ni renkontus tute ne interesaj personoj.

    1. Bonjour,

      Désolé pour la réponse tardive mais ton message était tombé dans les spams ): Je viens juste de m’en rendre compte.
      Pour répondre à ton commentaire, je ne veux pas que les gens se mettent à tout prix à Linux. J’apprécie le fait d’utiliser un outil informatique qui sort de l’ordinaire. Mais je trouve simplement que 2 à 3 % d’utilisateurs de PC sur Linux, c’est un peu juste et ça peut mettre en danger les distributions libres qui, faute de moyens, risquent de se faire distancer par les OS propriétaires. C’est mon avis et j’ai juste exprimé un ressenti.

      Concernant l’espéranto, j’ai une toute autre vision des choses. Même si j’aime beaucoup l’anglais et que j’utilise cette langue tous les jours, je ne vois pas pourquoi cette dernière devrait être la langue de l’Union Européenne alors qu’elle n’est parlée, en tant que langue maternelle, que par les Irlandais! Je rappelle que la Grande-Bretagne est en train de quitter l’Europe.
      Alors quelle langue commune choisir? Trois choix s’offrent à nous :

      1. Aucune langue commune : Pourquoi pas? Cette solution a le mérite de nous obliger à apprendre la langue d’autrui et à nous intéresser à sa culture. L’on se rend compte par exemple, que derrière la gutturalité de la langue allemande, se cache une forte proportion de gens tout à fait sympathiques et qui ne feraient pas de mal à une mouche. J’en sais quelque chose puisque je vis dans ce pays depuis cinq ans et que je n’ai aucunement l’intention de le quitter.
      2. L’espéranto, langue qui a l’avantage d’être très facile à apprendre parce que complètement régulière.
      3. Le latin, parce qu’il faut le reconnaître, ça aurait plus d’allure que l’espéranto. Malheureusement, son apprentissage reste assez ardu et il s’agit d’une langue soi-disant morte, je dis « soi-disant » car il existe un cas de résurrection de langue : l’hébreu. Cette langue est revenue à la vie à la faveur de la création de l’état d’Israël. Donc, le latin n’a peut-être pas dit son dernier mot…

      Je ne partage pas ta vision de l’espéranto cantonnée à une communauté que je trouve trop restreinte mais c’est ta vision des choses et je la respecte. Pas de souci. Je te remercie en tout cas d’avoir initié le débat.

      Benoît

  8. J’ai installé Linux sur le netbook de ma soeur car Windows prenait 95 % de l’espace libre dès le déballage de la machine… Mais pour ma part j’ai toujours Windows chez moi et je n’ai pas à m’en plaindre. Sinon au boulot j’ai un Mac et c’est juste horrible, c’est bugué, l’ergonomie n’est pas si incroyable, et vu le prix les problèmes matériels récurrents sont inadmissibles.

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