« Ne deviens pas un boche! »

« Ne deviens pas un boche! ». Ce sont les mots que l’ancien résistant Favrelière a dit à son fils quelques secondes avant le départ, sur le marchepied du train à destination de Mont-de-Marsan . Son fils s’appelait Noël. Militaire du contingent, Il venait tout juste d’être rappelé pour participer aux « opérations de pacification » en Algérie. Il avait choisi de devenir parachutiste, pour le goût du risque et par aventure.

Le destin de cet homme d’une grande bonté qui s’exprimait avec une voix pleine de douceur, est exceptionnel. C’était un vrai soldat, je veux dire par là, un homme d’honneur. Pourquoi donc? Parce qu’il a déserté.  Ce jeune soldat a été le témoin de toutes sortes d’exactions dignes des Waffen-SS, telles que l’exécution de résistants algériens embarqués dans un hélicoptère et poussés dans le vide, ou bien l’exécution gratuite d’une enfant, juste pour se marrer. L’armée française qui, quelques années auparavant, avait lutté contre l’occupant nazi, était devenue un ramassis de tortionnaires commandés par des généraux dont la lâcheté n’avait d’égal que la cruauté. C’est, sans nul doute, une des pages les plus noires de notre histoire.

C’en était trop pour le sergent Favrelière… Alors qu’il avait la garde d’un résistant algérien de dix-neuf ans prénommé Mohammed et qui devait subir le lendemain la corvée de bois,  c’est-à-dire une exécution sommaire, il prit une décision qui allait bouleverser sa vie et faire de lui,  bien des années plus tard, un héros. En pleine nuit, il déserta accompagné du jeune prisonnier de guerre qu’il venait tout juste de libérer et qui se demandait bien ce que ce militaire français allait faire de lui. Tous deux entamèrent une longue marche et réussirent à rejoindre les troupes de l’ALN, l’Armée de Libération Nationale.

Sous le nom de Nordine, Noël Favrelière a été incorporé dans l’ALN et a combattu l’armée des lâches pendant dix mois. Pour cet acte de courage, il a été deux fois condamné à mort par contumace. À cette époque, le ministre de la justice s’appelait François Mitterrand, récipiendaire de l’Ordre de la Francisque et partisan ultra convaincu de l’Algérie française.

En écoutant ce récit bouleversant, je défie quiconque normalement constitué de ne pas verser des larmes. Les miennes étaient des larmes de rage car je suis Français et ces actes ont été commis par des soldats de mon pays.

Le plus triste dans cette histoire, c’est que le sergent Favrelière, lorsqu’il combattait au sein de l’ALN, a été le témoin de l’exécution d’un traître algérien. Il pensait que ce dernier allait passer devant un peloton d’exécution mais en fait, le bourreau lui a scié la nuque! Cet acte de cruauté perpétré par la résistance algérienne, l’a profondément marqué. Comment croire encore au genre humain lorsque toutes les victimes finissent par se transformer en bourreaux ?

Il ne faut surtout pas en vouloir aux appelés du contingent qui ont été, bien malgré eux, complices de ces actes et qui n’ont pas trouvé la force de déserter ou de refuser d’exécuter des ordres qui allaient  à l’encontre des conventions de Genève. Le courage est une vertu qui implique parfois de mettre sa propre vie en jeu et ce n’est pas donné à tout le monde. Qu’aurais-je fait moi-même? J’aurais tout probablement suivi le troupeau, la peur au ventre… Puis, je serais rentré au pays avec des images dans la tête qui auraient sans doute fini par me rendre fou. Tous ces jeunes nés dans les années trente et qui n’ont connu que la guerre, ont été arrachés à leur terroir et envoyés dans un pays qui n’était pas le leur. Désormais, je comprends mieux pourquoi ils se sont tous réfugiés dans le silence. Pour ceux qui sont encore de ce monde, leurs nuits doivent être hantées par les cauchemars…

Par contre, je n’éprouve qu’un sentiment de haine envers tous ces généraux, tous ces officiers qui avaient fait du métier des armes leur vocation. Par l’usage de la torture et des exécutions sommaires, ils ont déshonoré notre armée et déshonoré le drapeau. Ce ne sont que des criminels de guerre comparables à des Waffen-SS. Il en va de même de certains hommes politiques de l’époque, je pense en particulier à François Mitterrand, ce triste personnage qui, toute sa vie, n’a jamais eu le courage de prendre parti pour une cause. Je vous le dis, cette guerre absente de nos livres d’histoire, cette guerre enfouie dans le silence, continuera de hanter notre inconscient collectif tant que nous n’aurons pas le courage de reconnaître que nous avons commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Après une vie bien remplie, le sergent Noël Favrelière est mort en 2017, à l’âge de 83 ans. Entre temps, il avait été gracié par le Général de Gaulle. Ultime pied de nez de cet homme qui a sauvé l’honneur de notre pays, il est décédé le 11 Novembre, jour de l’hommage annuel aux morts pour la France. C’était un soldat rempli d’humanité. Il s’appelait Noël Favrelière. N’oubliez jamais son nom.

Extrait du code d’honneur du Légionnaire :

Article 7 – Au combat, tu agis sans passion et sans haine, tu respectes les ennemis vaincus, tu n’abandonnes jamais ni tes morts, ni tes blessés, ni tes armes.

Extrait de l’article de Wikipedia sur la Convention de Genève relative au traitement des prisonniers de guerre

Le terme « prisonnier de guerre » est défini dans cette convention: c’est un combattant qui a été capturé. Cela peut être un soldat d’une armée, un membre d’une milice, ou encore certains civils comme les résistants. C’est cette convention qui permet au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) de rendre visite à tous les camps de prisonniers de guerre sans aucune restriction. Le CICR peut également s’entretenir, sans témoin, avec les prisonniers. Cette convention fixe également les limites sur le traitement général des prisonniers comme l’obligation de traiter humainement les prisonniers, la torture et tous les actes de pression physique ou psychologique sur ces derniers sont strictement interdits, les obligations sanitaires, que ce soit au niveau de l’hygiène ou de la nourriture et le respect de la religion des prisonniers.

4 commentaires sur “« Ne deviens pas un boche! »

  1. Merci @ toi pour le partage.
    Je ne connaissais pas du tout. Je vais faire en sorte de Hack le cerveau pour que Noël rime avec Favreliere, qui représentera plus que Noël la fête commerciale x)

    Le silence autours de ce conflit n’aide en tout cas certainement pas notre société française.

  2. Bonjour,

    Merci pour ton commentaire. Je vis en Allemagne et je trouve que ce pays a accompli un véritable travail de mémoire sur les crimes du troisième Reich, la période la plus noire de son histoire. Nous n’avons pas fait cette « thérapie » en France. Nous ne voulons pas regarder notre histoire en face. Les algériens non plus d’ailleurs… Mais l’Algérie n’est pas mon pays. Ce qui m’intéresse, c’est ce que mon pays fait. S’il commet des crimes de guerre, alors il le fait en mon nom, car en tant que Français, je suis l’héritier de ses forfaits. Il n’est pas question que je me défausse en disant que je suis né en 1972 et que je ne suis donc aucunement responsable de ces faits.
    On n’embarque pas des prisonniers dans un hélico pour les balancer dans le vide. On ne descend pas une fillette, histoire de rigoler. Et si l’ennemi commet des crimes de guerre, on ne se comporte pas comme lui.
    Je reste persuadé que si nous continuons à nous enfermer dans le déni, l’histoire va nous envoyer sa facture avec des pénalités de retard…

  3. C’est certain … D’ailleurs pour les Allemands, ce regard qu’ils ont eut sur leur histoire montre bien que ça leur a pas était néfaste. Après j’ai plus l’image de leur politique étrangère que la manière dont ils vivent la politique en interne.

    En France on serait près a faire cette thérapie et ce serait vraiment profitable a tout les citoyens car des conflits il n’y a pas que le France-Algerie malheureusement. Dans la douleur sûrement vu notre situation, mais quand il y a déjà aucune volonté politique quel que soit le sujet …

    Perdurons dans les fractures du passée, sans même comprendre notre histoire et en la tapissant de C@c@, mais a l’inverse ne pas reconnaître le passe nous permet de continuer une politique étrangère digne d’une ancienne colonie avec l’aval majoritaire.

    (merci les politiques quand même) ( Je finis toujours finement..)

    Gute Nacht 🙂

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