L’espéranto, une langue de libriste?

Introduction

Sur ma page de présentation, je précise que l’un de mes centres d’intérêt est l’espéranto. Cette langue a été construite et offerte à l’humanité sous le nom de langue internationale par L.L Zamenhof en 1887. Cet ophtalmologiste polonais né dans une famille juive a publié ses travaux sous le pseudonyme de Doktoro Esperanto (le docteur qui espère). C’était son avatar en quelque sorte. Dès sa naissance, l’espéranto s’est donné pour but de faciliter la communication entre les peuples et par conséquent, de rapprocher les hommes.

Malgré tout l’intérêt que je porte à cet idiome, je dois reconnaître que je n’ai pas trop le temps de le pratiquer. Et c’est fort regrettable… J’ai découvert l’espéranto il y a une dizaine d’années grâce à Wikipédia et j’ai été très surpris de constater que certains articles francophones avaient leur traduction dans cette langue.

J’ai appris l’espéranto grâce à ces deux excellents cours en ligne :

drapeau_esp

Points communs entre Linux et l’espéranto

Comme Miamondo est un site qui  gravite autour de la culture libriste, j’avais envie d’aborder le thème de l’espéranto dans cette optique particulière. J’avais envie de démontrer qu’il existe des points communs entre cette langue construite et Linux. J’ai le sentiment que Zamenhof, s’il avait été notre contemporain, aurait été enthousiasmé par Linux et les logiciels libres. Il a offert SA langue internationale à l’humanité tout comme Linus Torvald a offert SON noyau Linux. Il faut être réaliste, l’espéranto peine à s’imposer comme langue internationale. Ça reste un truc de geek linguistique. Il en est de même pour les distributions Linux qui peinent à s’imposer sur les ordinateurs de monsieur Tout-Le-Monde. Ça reste un truc de de geek!

L’apprentissage de l’espéranto est d’une désarmante simplicité. On dit que c’est une langue propédeutique dans le sens où sa structure régulière, notamment sa grammaire, permet d’apprendre d’autres langues plus facilement. J’ai fait mon service militaire dans les transmissions et je me souviens que la devise de cette arme était « L’arme qui unit les armes ».  Eh bien, je vais la détourner et l’adapter à l’espéranto… « La langue qui unit les langues »

Si l’espéranto facilite l’apprentissage des langues étrangères, j’ai le sentiment que Linux facilite l’apprentissage de l’informatique. J’ai installé Ubuntu Maverick merkaat en 2010 sur ma bécane. Eh bien, avec son système de fichiers et son interface en ligne de commande, cette distribution linuxienne m’a permis de mieux comprendre comment fonctionnait un ordinateur. J’ai pu arpenté les rivages de ce que j’appelle la conscience-machine. Tout comme l’espéranto, Linux a donc un caractère propédeutique qui est évident.

Pour l’anecdote, on dit parfois qu’une distribution a « forké » et donné naissance à une nouvelle… Sachez, pour votre gouverne personnelle, que l’espéranto a « forké » lui aussi pour donner naissance à l’ido, une variante tombée dans l’oubli (ou presque).

Diffusion de l’espéranto

Je trouve regrettable que l’espéranto n’ait toujours pas réussi à véritablement s’imposer comme langue internationale. Il ne sert à rien de faire porter la responsabilité de cet échec à l’anglais, largement répandu dans les échanges internationaux. L’anglais est une belle langue que j’utilise presque tous les jours sur Internet. Elle m’est utile et je n’ai nullement envie de la dézinguer. Plutôt que de se lamenter sur cette situation, restons optimiste et réjouissons-nous du fait que l’avènement d’Internet a largement contribué à l’expansion de l’espéranto. Internet a peut-être sauvé l’espéranto… ou du moins, il lui a donné une nouvelle impulsion. Quelques exemples à l’appui de mes assertions :

  • Vikipedio (la Wikipédia espérantophone) : 241382 articles
  • Duolingo (site d’apprentissage de langues) : 987000 apprenants pour le cours d’espéranto réservé aux anglophones . Il n’en existe pas encore pour les francophones. Je suis allé au bout de ce cours et je le conseille vivement car cela permet de faire d’une pierre deux coups : apprendre l’espéranto et réviser son anglais.
  • I-Kurso, Libera Folio, Le Monde diplomatique etc.

Passons à la pratique!

Avec le verbe « être », je vais vous apprendre les temps simples en moins de deux minutes. C’est parti mon kiki!

  • Infinitif : esti
  • Présent : estas
  • Passé : estis
  • Futur : estos
  • Conditionnel : estus
  • Impératif : estu

Il n’y a aucune exception.

  • Mi manĝas : je mange
  • Vi manĝas : tu manges
  • Li/ŝi/oni manĝas : Il/elle/on mange
  • Ni manĝas : nous mangeons
  • Vi manĝas : vous mangez
  • Ili manĝas : Ils mangent

Le fond lexical est clairement indo-européen et plutôt emprunté aux langues romanes. Il n’y a qu’un seul article défini (« la ») et pas d’article indéfini. Tous les verbes ont un infinitif en « i ». Tous les noms communs se terminent en « o », tous les adjectifs se terminent en « a », tous les adverbes en « e » ou en « aŭ ». Quant au pluriel, cette fonction est remplie par le « j » (artikoloj par exemple).

On rencontre un cas qui est l’accusatif et qui, pour simplifier, « marque » le complément d’objet direct. Pour ce faire, on rajoute un « n » au nom commun et à l’adjectif :

  • Mi manĝas la bonan Panon : Je mange le bon pain

C’est une langue agglutinante :

  • la viro : l’homme
  • la virino : la femme
  • la virineto : la petite femme

Extrêmement flexible, on peut la malaxer comme de l’argile et façonner la phrase de son choix. Par exemple, je vais traduire : « Il a fait une petite erreur ».

  • Li faris erareton
  • Li faris etan eraron
  • Li faris malgrandan eraron
  • Li eraris ete.

Quatre possibilités de traduction même si la dernière est un peu tirée par les cheveux, je vous l’accorde!

Il existe toute une palanquée de suffixes pour exprimer par exemple :

  • l’idée de contenant : ujo  >> Mono + ujo donne monujo (porte-monnaie)
  • l’idée d’ensemble, de groupe : aro  >> Arbo + aro donne arbaro (forêt)
  • l’idée d’enfant, de descendant : ido >> Kato + ido donne katido (chaton)

Conclusion

Il ne manque pas grand chose à l’espéranto pour qu’il prenne son envol mais ça ne viendra certainement pas des sommets de l’état. Trop de résistances par rapport à cette idée révolutionnaire. Mais l’avènement d’Internet a tout changé et si un jour, l’espéranto se diffuse largement, ce sera de manière naturelle, grâce à celles et ceux qui la pratiquent déjà, grâce à chacun(e) d’entre nous… dans un processus comparable au développement des distributions Linux.

 

Auteur : Ordinosor

Bienvenue sur Miamondo, mon blog personnel. "Mia mondo", c'est de l'espéranto et ça signifie "Mon monde" en français. Je m'appelle Benoît alias Ordinosor, Français expatrié en Allemagne. Mes centres d'intérêt sont les distributions GNU/Linux, le langage de programmation Python, la science-fiction et l'espéranto.

16 réflexions sur « L’espéranto, une langue de libriste? »

  1. Bon jour,
    Article fort intéressant 🙂 Et je retiens cette phrase : « Tout comme l’espéranto, Linux a donc un caractère propédeutique qui est évident. »
    Merci à vous de cet éclairage.
    Max-Louis

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  2. Bonjour,
    Merci pour cet article très intéressant que j’ai découvert via la réseau social Diaspora*.
    En tant que « linuxien » je trouve le parallèle avec l’espéranto plutôt bien vu, même si j’y mettrais pour ma part un léger bémol. En effet, si l’on ramène les choses au plan du secteur informatique, les distributions GNU+Linux ne me semblent pas aussi inusitées que l’espéranto.
    Par ailleurs, deux passages de l’article me piquent un peu les yeux. Celui où il est question d’avatar pour « Doktoro Esperanto » alors que c’est un pseudo comme précisé juste avant. Ensuite celui où il est question de Linus Torvalds offrant au monde son noyau Linux, alors même qu’une distribution Linux c’est aussi un grand nombre d’éléments du projet GNU. Historiquement, c’est même plutôt Richard Stallman qui offre au monde son système GNU et convainc Linus Torvalds de libérer son noyau afin d’obtenir le système GNU+Linux. Parler de système Linux, même si l’expression est largement passée dans le langage courant, c’est résumer le système au noyau, un peu comme si je me contentais de désigner les pays par leur capitale.
    A part ça, l’article est quand même agréable à lire et la petite initiation à l’espéranto plutôt sympa.

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    1. Bonjour Cédric,

      Merci beaucoup pour votre commentaire et les précisions qu’il apporte notamment concernant le système GNU/Linux. Je reconnais avoir fait preuve d’approximation sur ce point. Je précise tout de même que je n’ai pas écrit que l’espéranto et les distributions GNU/linux étaient inusités. J’ai écrit que ça restait des « trucs de geek ». Il y a une petite nuance. Avec plus de 900 000 apprenants sur Duolingo, il est évident qu’Internet contribue au développement de cette langue mais il y a encore un long chemin à parcourir.
      Bonne journée,
      Benoît.

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      1. Bonjour Benoît,

        Oui c’est vrai que le terme inusité est un peu trop fort. Je voulais plutôt dire « d’un usage aussi peu courant ».
        En tout cas, je partage votre point de vue sur le fait qu’il n’y a pas grand chose à attendre des sommets de l’État pour que des alternatives, si louables et sources de progrès soient-elles, arrivent à se diffuser plus largement parmi nos concitoyens.
        Bonne soirée à vous et longue vie à votre blog. 🙂
        Cordialement.

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  3. L’Etat français fait de l’open bar avec Microsoft dans un secteur aussi peu important que la Défense alors si on attend de lui des décisions « libres », ça va être long 😀
    Ceci dit, je pense que les distributions « courantes » Linux apportent un plus au delà de l’éthique du Libre.
    C’est gratuit, comparé à Windows.
    Ça marche sur un ordinateur de plus de 2 ans, contrairement à Windows (Windows « marchotte en ramant sur du 2 ans sans SSD).
    Donc du concret.
    Linux équipe la grande majorité des serveurs du monde entier.
    L’espéranto apporte une éthique éventuellement (?) mais quoi de concret ?
    Que m’apporterait de concret d’apprendre l’espéranto, que par exemple je ne peux pas accomplir avec l’anglais ?
    Du coup c’est « naturellement » freiné, sans avoir besoin de chercher à mettre en cause l’Etat par exemple.
    Au passage, pour relier le logiciel libre et l’espéranto : RMS est locuteur courant espérantiste 🙂

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  4. Bonjour Gilles,

    Merci pour votre commentaire. Pour répondre à votre question, qu’est-ce que l’espéranto apporte de concret? Je ne peux que vous répondre en m’appuyant sur mon expérience personnelle :
    – la facilité et la rapidité d’apprentissage
    – le plaisir de s’impliquer (plus ou moins) dans un projet qui progresse, quoi qu’on en pense.
    Cela dit, si l’espéranto se diffuse largement, ce sera de manière naturelle et surtout pas en l’imposant.

    RMS, c’est Richard Stallman n’est-ce pas?

    Bonne journée à vous.

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  5. J’aime le liens Espérento-Linux.
    D’une part, je ne parle pas la langue et, d’autres parts, j’en suis aux ba-be-bi-bo-bu sous Linux.
    Ce que j’ai surtout appris, avec Tux, c’est le plaisir et la satisfaction de me libérer de 25 ans de pomme avec, en arrière plan, l’ombre totale de big-bro et, juste un an de son invasion directe dans ma vie: là vint Tux!
    Libération.
    Je m’en souhaite autant, côté langues!

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    1. Il n’est jamais trop tard pour apprendre. Le nombre de personnes qui suivent le cours d’espéranto pour anglophones sur le site duolingo a dépassé le million. Il n’existe pas encore de cours pour les francophones.
      Quant à Linux, c’est un apprentissage sans fin…

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